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Jean Mballa Mballa : «L’enjeu est de s’assurer que le profit généré au Cameroun puisse être imposé de manière juste »

Le Centre régional africain pour le Développement endogène et communautaire (Cradec) a adressé lundi une correspondance aux autorités camerounaises en vue de consolider leurs revendications aux discussions de New York. Le directeur général en fait l’exposé dans cette interview. Pourquoi écrivez-vous aux ministres des Finances et des Relations extérieures maintenant, alors que la 5e session de négociation sur la Convention de l’Onunest ouverte à New York?Nous écrivons maintenant au ministre des Finances et au ministre des Relations extérieures parce que nous pensons que le moment est décisif. Bien que les négociations aient déjà commencé, elles iront pratiquement jusqu’à la fin du mois d’août. Nous avons donc encore suffisamment de temps pour que les uns et les autres puissent réagir. La cinquième session des négociations marque une étape importante dans la définition du futur mondial de la coopération fiscale. Les discussions ne portent plus seulement sur les principes généraux, mais sur des choix qui peuvent influencer durablement la capacité des pays en développement, dont le Cameroun, à mobiliser leurs propres ressources. Pour le Cradec, il est donc essentiel que le Cameroun arrive à cette session avec une position claire, ambitieuse et cohérente avec les priorités nationales : par exemple, la lutte contre les flux financiers illicites, la taxation de l’économie numérique, la transparence des multinationales, une meilleure répartition des droits d’imposition et la mobilisation des ressources pour financer les services publics. Notre correspondance vise à encourager une participation du Cameroun, non pas comme simple observateur du processus, mais comme acteur capable de porter les préoccupations de l’Afrique centrale dans une négociation mondiale qui touche directement la souveraineté fiscale des États. Dans votre correspondance, vous évoquez certains points d’attention dans les textes en discussion. Quels sont-ils?Il y a plusieurs points qui méritent une attention particulière du gouvernement dans ces négociations. Le premier concerne la répartition du droit d’imposition entre les pays de résidence des multinationales et les pays de source, c’est-à-dire là où l’activité économique se déroule et où le profit est généré. Pour le Cameroun, l’enjeu est de s’assurer que le profit généré sur son territoire, y compris par les entreprises étrangères ayant une présence physique significative au niveau national, puisse véritablement être imposé de manière juste. Le deuxième point concerne la taxation des services transfrontaliers et numériques. L’économie numérique permet aujourd’hui aux grandes entreprises de réaliser des revenus importants dans nos pays, sans y être nécessairement établies physiquement. Et là, il faut être très attentif à cette notion de présence effective sur le plan national. Le troisième point porte sur la transparence fiscale : l’échange d’informations, la déclaration pays par pays et surtout publique, la transparence sur les bénéficiaires effectifs, les prix de transfert inclusifs auxquels certaines entreprises ont souvent recours ; les conventions fiscales entre les pays sont des points sur lesquels nous pensons que le Cameroun doit être suffisamment vigilant. Enfin, le Cameroun doit être attentif aux mécanismes de règlement des litiges, parce que ce sont des mécanismes qui peuvent fragiliser et nuire à un système dans lequel les pays se sont investis pour imposer justement. Le Cameroun a récemment renforcé son dispositif fiscal, notamment pour le numérique. Comment ces avancées s’articulent-elles avec les discussions en cours au niveau international?Les avancées en matière de fiscalité numérique vont dans le sens des discussions internationales actuelles. Elles montrent que le pays a compris que les modèles fiscaux classiques ne suffisent plus à capter équitablement la valeur créée par les entreprises numériques, les services en ligne et les entreprises gérées à distance. Cependant, une mesure nationale, si pertinente soit-elle, reste limitée si elle n’est pas soutenue par un cadre international juste. Les grandes entreprises numériques opèrent au-delà des frontières, structurent leurs activités entre plusieurs juridictions et peuvent transférer leurs profits dans des pays à faible fiscalité. C’est pourquoi les efforts nationaux du Cameroun doivent être consolidés par des règles internationales qui reconnaissent clairement le droit des pays africains à taxer les revenus générés sur leurs marchés. Et nous pensons que la Convention des Nations Unies représente donc une opportunité de donner une base multilatérale plus solide aux réformes nationales. Elle peut ainsi aider le Cameroun à mieux sécuriser ses recettes, à réduire les risques de non-imposition et à renforcer ses capacités de négociation face aux entreprises multinationales. Le CRADEC avance des estimations sur les recettes potentielles. D’où viennent ces chiffres et quelles pistes suggérez-vous?Les estimations que nous avançons au niveau du Cradec proviennent de travaux d’analyses fondés sur les écarts observés entre les échanges commerciaux, notamment les écarts de facturation et de tarification des échanges. On peut les voir au niveau des valeurs déclarées à l’exportation et à l’importation, et ils peuvent révéler un certain nombre de risques de transferts illicites, de sous-facturation ou de surfacturation, et de fuites de recettes fiscales. Par exemple, l’estimation de 299 millions de FCFA pour le Cameroun doit être comprise comme un signal d’alerte, mais elle n’est pas véritablement un résultat d’audit en tant que tel. Elle ne prétend pas être un audit détaillé, mais elle montre qu’il existe un potentiel de recettes à recouvrer si l’administration possédait de meilleurs outils. Pour donner une référence dans l’actualité nationale, le cas de l’or, sur la base duquel on a arrêté le principe de données miroirs, montre ce que le Cameroun déclare comme exportations vers Dubaï et ce que Dubaï déclare comme importations pour la même matière sur la même période. Vous semblez suggérer au gouvernement camerounais d’être plus offensif. Que manque-t-il pour un impact significatif du Cameroun?Le Cameroun a adressé une note technique le 26 février 2026 au groupe de travail numéro 2 dans le cadre des négociations du comité intergouvernemental. Nous pensons que ce qui manque, c’est une position plus structurée et beaucoup plus politique, et qu’il manque une offensive sur les intérêts fiscaux. Le pays dispose d’arguments solides, mais ceux-ci doivent être formulés de manière claire dans les négociations. Le Cameroun devrait notamment défendre plus explicitement le droit des pays de source à taxer les profits générés sur leur territoire. Le Cameroun devrait

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OCDE et Etats-Unis contre l’Afrique – Caraïbes –Pacifique

Le renforcement des échanges entre les deux blocs régionaux apparaît comme une opportunité économique pour l’Afrique centrale, à la condition cependant d’un déploiement stratégique sur ces marchés. La Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale est la résultante d’action de lobbying des pays du Sud global. Lesquels ont présenté en 2015 leurs insatisfactions face à l’ordre économique mondial. Ils réclament aujourd’hui un système fiscal juste et inclusif, qui soutient le développement au lieu de perpétuer les injustices historiques. Le chemin de l’Afrique vers cet idéal reste semé d’embûches. L’illustration de ces dernières repose sur l’opposition des pays de l’Organisation de coopération et de développement économique, OCDE (38 pays au total répartis principalement en Europe et en Amérique du Nord, ainsi que dans la région Asie-Pacifique et en Amérique latine) et des Etats-Unis d’Amérique. Du côté de l’administration Trump, l’on évoque un processus inefficace dans le fond comme dans cette forme. « Les objectifs d’une future Convention-cadre des Nations Unies sur la coopération fiscale internationale sont incompatibles avec leurs priorités et constituent un abus de pouvoir inacceptable. Nous rejetons la nature même de ces discussions. Le processus adopté aboutira à une convention qui entraverait de manière inacceptable la capacité des nations à mettre en œuvre des politiques fiscales servant les intérêts de leurs citoyens, de leurs entreprises et de leurs travailleurs. Nous avons voté « non » à plusieurs reprises pour exprimer nos inquiétudes quant à l’orientation et à l’évolution du processus décisionnel, qui s’éloigne du consensus, et nous n’avons rencontré en réponse que de l’inflexibilité », déclarait à New York Jonathan Shrier, représentant par intérim des USA auprès du Conseil économique et social des Nations Unies, le 3 février 2025. Cette annonce survient quelques semaines après l’adoption d’une mesure américaine visant à enquêter sur l’application par d’autres pays, d’éventuelles taxes discriminatoires ou extraterritoriales contre les Etats-Unis. Cette posture rejoint celle des pays de l’OCDE sur la forme, par la dénégation, mais elle s’en éloigne dans son esprit. Pour le regroupement des 37 Etats (Hors USA), il est surtout question de restreindre l’accès à la table des négociations à leur seule influence. Pourtant: «Si les gouvernements échouent pour faire adopter cette convention à l’Onu, chaque pays devra mener son propre combat pour augmenter ses revenus fiscaux. Ce qui va créer plus de désordre», alerte Tove Maria Ryding, coordinatrice du Réseau européen sur la dette et le développement (Eurodad).La cinquième session du Comité intergouvernemental de négociation doit aboutir à la présentation des contributions au 28 août 2026. Louise Nsana

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Convention-cadre de l’Onu sur la fiscalité internationale : l’Afrique défend sa souveraineté

Les enjeux pour le continent tournent autour de la répartition équitable des droits fiscaux issus du commerce mondial. Dans le domaine du numérique notamment. Le monde est le théâtre d’un grand bouleversement dans le domaine du commerce mondial. Et la rédaction d’une Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale en constitue la base. La 5e session du comité intergouvernemental de négociation est ouverte à New York du 3 au 13 août 2026. Dans la ligne de mire: le projet zéro de la Convention, et deux projets de protocoles précisant son application. Notamment celui sur la responsabilité sur l’imposition des revenus provenant des services transfrontaliers ; ainsi que celui sur la coresponsabilité sur la prévention et le règlement des litiges fiscaux. L’Afrique entend tirer pleinement profit de ces négociations pour rétablir l’équité qui lui a tant fait défaut dans le cadre du commerce mondial. La privant d’importantes ressources financières liées d’une part à l’exploitation de ses ressources naturelles et d’autre part à l’importation de biens et services la ciblant. « Il est fondamentalement question de reconquérir notre souveraineté économique. Il y a eu des fondations fiscales qui ont été posés quand plusieurs pays n’avaient pas encore d’indépendance politique. Les règles ont été établies par les colons. Ils se sont assis autour de la table et ont défini comment les droits fiscaux allaient être répartis et quels pays vont avoir l’avantage sur les bénéfices générés par les activités économiques internationales. L’Afrique n’était pas sur la table des négociations or les règles ont été établis en faveur des pays qui étaient assis autour de la table. Donc il y’a beaucoup d’inégalités et d’iniquité que nous observons », a expliqué le 30 juillet au cours d’un point de presse virtuel, la directrice exécutive de Tax Justice Network Africa, Chenai Mukumba.Cette dernière de poursuivre : « Le travail, les ressources naturelles et les marchés de l’Afrique ont généré une richesse considérable qui a renforcé l’industrie mondiale. Nous avons contribué aussi à la chaine de valeur internationale pourtant, les règles fiscales internationales ont souvent privé les pays africains de leur juste part de leurs droits d’imposition sur les revenus issus de ces activités. Pour les pays africains, l’enjeu n’est pas simplement une réforme des règles fiscales internationales, mais une étape cruciale vers l’accomplissement définitif du chemin menant de l’indépendance politique à la pleine souveraineté économique. » Le texte de la Convention affiche trois objectifs: une coopération fiscale véritablement inclusive, une gouvernance capable de s’adapter aux défis à venir, et un système fiscal plus équitable au service du développement durable. Le droit souverain de chaque État à fixer sa politique fiscale est explicitement réaffirmé, de même que l’exigence de transparence des contribuables. Plusieurs chantiers inhérents sont posés: une répartition plus juste des droits d’imposition tenant compte de la création de valeur et des marchés ; une coopération renforcée contre l’évasion fiscale des grandes fortunes ; la lutte contre les flux financiers illicites; et l’encadrement des pratiques fiscales dommageables entre juridictions. « La convention a besoin d’avoir un article sur la taxation équitable des multinationales. On doit établir un engagement pour remplacer les prix de transfert. Sous cette approche, les multinationales doivent être reconnues comme des entreprises globales uniques et les bénéfices divisés selon les règles économiques entre les Etats. Les publicités numériques, la propriété intellectuelle peuvent être redistribuées à plusieurs entreprises et plusieurs juridictions. La deuxième réforme essentielle c’est le reporting par pays. Le gouvernement, le Parlement, les travailleurs doivent être en mesure de voir ce que paient les multinationales. Celles-ci doivent déclarer leurs bénéfices et aussi combien d’impôts ils paient sous chaque juridiction. Le groupe africain a déjà proposé cela mais cela n’a pas été inclut. La convention doit avoir une approche nouvelle sur le transfert des bénéfices», énonce dans une liste non exhaustive Charles Santiago, directeur de Monitoring Sustainability of Globalization (MSN), Director et membre du réseau Tax and Fiscal Justice Asia (TAFJA). Taxer les services transfrontaliersCe protocole s’attaque à l’imposition des revenus tirés de services rendus par-delà les frontières, dans une économie numérique où les règles classiques peinent à s’appliquer. Trois catégories de revenus sont ici visées. A l’occurrence, les honoraires de services, les revenus des services numériques automatisés publicité en ligne, plateformes, cloud, jeux en ligne et les primes d’assurance.Le second protocole, le plus étoffé des trois textes, vise à limiter puis résoudre les différends fiscaux transfrontaliers. Il structure une procédure amiable classique entre autorités fiscales, mais y ajoute des options inédites à l’échelle onusienne : médiation et conciliation par des tiers indépendants, puis, en dernier recours, un arbitrage contraignant si aucun accord n’est trouvé dans un délai de trois ans. Louise Nsana

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Tidjane Thiam : quelle politique, finalement ?

Tidjane Thiam, ce « général » qui, selon ses détracteurs, aurait une peur bleue de la prison, que veut-il finalement ? La question mérite d’être posée après la lecture du message qu’il a adressé aux militants du PDCI-RDA à l’occasion du 66e anniversaire de l’accession de la Côte d’Ivoire à la souveraineté nationale. Dans ce message, Tidjane Thiam rend hommage aux anciens chefs d’État ivoiriens, mais Laurent Gbagbo en est curieusement absent. Oubli involontaire ? Oubli volontaire ? Difficile de le savoir. Mais, en politique, les silences parlent parfois autant que les déclarations. Et, lorsqu’un responsable politique choisit de citer certains anciens présidents et d’en passer un autre sous silence, il est légitime de s’interroger sur le message qu’il veut faire passer. Faut-il y voir le signe d’une volonté de renouer avec le RDR et, plus largement, avec le pouvoir actuel ? Certains le pensent. Ce rapprochement serait pourtant lourd de signification pour l’histoire du PDCI. Il faut rappeler que le RDR est issu d’une scission du PDCI en 1994. Plus tard, dans le contexte de la crise politique ivoirienne, les deux formations se rapprocheront. En 2005, la France de droite avait fortement œuvré au rapprochement des forces politiques qui allaient constituer le socle de l’opposition à Laurent Gbagbo. Cette alliance conduira finalement à l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir en 2011. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Le PDCI et le RDR, devenus respectivement les principales composantes de l’alliance RHDP, finiront par se séparer. Le 17 juillet 2018, Henri Konan Bédié annonçait la rupture de l’alliance, estimant notamment qu’Alassane Ouattara n’avait pas tenu l’engagement qu’il lui aurait fait de favoriser une alternance en 2020.Dans ce contexte, l’attitude actuelle de Tidjane Thiam mérite d’être scrutée avec attention. Laurent Gbagbo a dirigé la Côte d’Ivoire de 2000 à 2011. C’est un fait historique, que l’on soit favorable ou hostile à son action politique. L’ignorer dans un hommage aux anciens présidents de la République ne relève donc pas d’une simple omission protocolaire. C’est une faute politique. Pour certains, cela peut même apparaître comme une volonté délibérée d’effacer un adversaire politique de l’histoire nationale. Point n’est besoin d’être pro-Gbagbo pour dénoncer cette attitude. La politique ne devrait pas conduire à réécrire l’histoire en fonction des alliances du moment. On peut combattre Laurent Gbagbo, critiquer son bilan, contester ses choix politiques et ne pas partager ses convictions, tout en reconnaissant qu’il a exercé la fonction de président de la République. Une démocratie adulte exige précisément cette capacité à distinguer l’adversaire politique de l’histoire du pays. Le comportement de Tidjane Thiam interroge d’autant plus qu’il donne l’impression d’avoir multiplié les alliances au gré des circonstances. En mars 2025, il se retrouvait aux côtés de Simone Ehivet dans la Coalition pour l’alternance pacifique-Côte d’Ivoire (CAP-CI). Quelques mois plus tard, le 19 juin 2025, il participait à la mise en place d’un front commun avec Laurent Gbagbo et le PPA-CI. Et, aujourd’hui, son discours semble ouvrir d’autres perspectives. Que faut-il comprendre de ces changements successifs ? S’agit-il d’une stratégie politique mûrement réfléchie ou simplement d’une succession de calculs destinés à parvenir au pouvoir ? Car le problème de Tidjane Thiam n’est peut-être pas seulement celui de ses alliances. Il est aussi celui de la lisibilité de son projet politique. Un homme qui aspire à diriger un pays doit pouvoir dire clairement ce qu’il pense, défendre ses convictions et assumer ses choix, y compris lorsqu’ils sont difficiles.Or, à force de donner le sentiment de s’accommoder de toutes les alliances possibles pour atteindre son objectif, Thiam risque de convaincre ses adversaires qu’il n’a qu’une seule véritable conviction: conquérir le pouvoir. Son discours prononcé à l’occasion de la célébration des 80 ans du PDCI-RDA avait déjà suscité des interrogations. Ce discours ressemblait davantage à un acte de soumission envers Alassane Ouattara qu’à la parole d’un chef de parti déterminé à défendre ses convictions. Si cette attitude avait pour objectif d’obtenir la possibilité de rentrer en Côte d’Ivoire, elle soulève alors une question encore plus grave : peut-on prétendre diriger un pays lorsqu’on doit se prosterner devant celui dont on dénonce pourtant le système pour obtenir le droit de rentrer dans son propre pays ?La scène est, en effet, politiquement troublante: une personnalité politique qui aspire à exercer les plus hautes fonctions de l’État se retrouve contrainte de rechercher la bienveillance de celui qu’elle devrait pouvoir affronter politiquement à visage découvert. Une telle situation peut susciter de la compassion, mais elle peut aussi nourrir le doute sur la détermination et le courage de celui qui veut devenir président. La Côte d’Ivoire n’a pas besoin d’un homme qui change de discours au gré des circonstances. Elle a besoin de dirigeants capables d’assumer leurs convictions, leurs alliances et leurs décisions. Elle a surtout besoin d’hommes et de femmes qui comprennent que la conquête du pouvoir n’est pas une fin en soi. Gouverner, c’est porter une vision, défendre une conception de la société et accepter les sacrifices que cela implique.Tidjane Thiam finira-t-il par donner raison à ceux qui le présentent comme un opportuniste plutôt que comme un homme d’État ? Il lui appartient de démontrer le contraire. Pour cela, il devra clarifier sa ligne politique, expliquer ses choix et surtout montrer qu’il existe, derrière les calculs électoraux et les rapprochements successifs, une véritable conviction.Car la Côte d’Ivoire mérite des dirigeants qui savent où ils vont et pourquoi ils y vont. Jean-Claude Djéréké

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Nominations dans le septentrion : la représentativité confessionnelle au banc d’essai

Les récentes nominations au Sénat et dans certaines entreprises publiques ravivent un débat ancien : celui de la place des différentes composantes religieuses et socioculturelles du Grand Nord dans les hautes fonctions de l’État. « On ne voit jamais nos frères chrétiens ou animistes occuper ces postes », déplore Jean-Benoît, commerçant originaire de l’Adamaoua, assis dans sa boutique du marché central de Yaoundé. Pour lui, la répétition des mêmes profils dans les instances publiques nourrit un sentiment de marginalisation. Du coup, le débat prend une autre tournure. « Les nominations doivent se baser sur la compétence », affirme Halimatou, étudiante en sciences politiques venus acheter des gadgets de sport pour son association. « Mais il est vrai que la diversité de notre région devrait aussi être reflétée. Sinon, cela crée des frustrations inutiles ».Un vieux débatLa question de la représentativité confessionnelle dans le Septentrion remonte aux premières décennies post-indépendance. Des hommes politiques originaires de cette région dont le défunt Daikolé Daïssala, président fondateur du Mouvement Démocratique pour la Défense de la République (MDR), un parti politique dont l’une des missions était de lutter pour une meilleure représentativité des chrétiens et animistes du Septentrion dans les cercles du pouvoir, avait plaidé pour une meilleure prise en compte des populations non musulmanes dans les sphères décisionnelles. Pour le docteur Waldé Enoc, politologue, « les débats actuels traduisent la persistance d’un sentiment de marginalisation. Mais attention : une lecture trop confessionnelle des nominations risque de renforcer les clivages identitaires dans une région déjà fragile. Le Grand Nord est une région de grande diversité religieuse. Depuis 1960 les chrétiens et animistes nordistes sont restés marginalisés dans le pouvoir de nominations ». Pour le chercheur, « La marginalisation dénoncée n’est pas seulement religieuse, elle est sociopolitique. Dans la répartition des postes ministériels ou de directions générales, le pouvoir central privilégie des figures musulmanes pour incarner la représentativité du Nord. Les postes de Gouverneurs, Recteurs, PCA, Préfets, DAG dans des ministères, issus du Nord ont été pendant des années confiés à l’élite musulmane qui à son tour ne promeut que des figures issues de ses cercles. Bien que des progrès soient visibles, le sentiment d’être des citoyens de seconde zone au sein de des régions septentrionales reste un puissant moteur de frustration politique ». Entre exclusion et cohésionPourtant, plusieurs organisations de la société civile estiment que les récentes désignations, notamment celle du Lamido de Maroua au conseil d’administration de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), renforcent l’idée d’une concentration des responsabilités. « Quand les mêmes cercles sociopolitiques monopolisent les postes, cela alimente la défiance », souligne Mariam, membre du Cercle des Élèves et Étudiants de Tokombéré à Yaoundé (CEEATOK). « Dans un contexte où le Septentrion fait face à des défis sécuritaires et économiques majeurs, il est crucial que les institutions soient perçues comme inclusives. La transparence sur les critères de nomination pourrait réduire les suspicions ». Au-delà de la polémique, la controverse révèle une interrogation persistante : comment concilier mérite, représentativité et unité nationale dans un pays marqué par une forte diversité culturelle et religieuse ?Pour beaucoup de jeunes issus du Septentrion, la réponse passe par une meilleure communication des autorités et une attention accrue à la diversité des profils. « Si les critères étaient expliqués clairement, les frustrations diminueraient », estime Jean Hassan, étudiant en droit à l’université de Yaoundé II. En attendant, les conversations continuent de s’animer dans les marchés, les cafés et les campus du Septentrion. Elles traduisent une attente forte : celle d’un équilibre durable, capable de renforcer la confiance des populations dans leurs institutions. Tom

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Journée de la Femme Africaine : Yaoundé, capitale glamour de l’Afrique centrale

Entre étoffes éclatantes, saveurs du bassin du Congo et sacres symboliques, les femmes d’Afrique centrale ont rappelé qu’une culture vivante est aussi un levier de pouvoir. Les podiums ne racontent pas toujours la mode. Parfois, ils racontent un continent. À l’occasion de la 64ᵉ Journée de la Femme africaine, le 31 juillet 2026 à Yaoundé, les talons ont davantage résonné comme des manifestes que comme de simples accessoires. Ici, le wax dialogue avec le raphia, les perles croisent les fibres végétales, les coiffes ancestrales tutoient les silhouettes contemporaines. Pendant une journée, l’esplanade du Conseil régional du Centre et la salle des fêtes Ongola Samba se sont transformées en une immense scène où l’Afrique centrale s’est racontée à travers ses femmes. Originalité Pas de folklore figé sous cloche. Plutôt une démonstration vivante d’un patrimoine qui refuse de devenir une simple carte postale. Les délégations venues des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) ont investi les lieux avec leurs couleurs, leurs rythmes et surtout leurs cuisines. Car les cultures se dégustent autant qu’elles s’admirent.Sous les pavillons nationaux, les visiteurs passaient d’un pays à l’autre sans franchir de frontière. Le manioc se déclinait sous plusieurs formes, les sauces rivalisaient de caractère, les épices racontaient des histoires anciennes de commerce, de migrations et de métissages. Chaque stand devenait une ambassade où la diplomatie s’exerçait à coups de recettes familiales jalousement transmises. Dans un monde où les identités se standardisent à la vitesse des réseaux sociaux, cette exposition avait quelque chose d’une résistance tranquille. Derrière chaque plat, chaque pagne, chaque bijou, se cachait une mémoire collective. Une façon de rappeler que le patrimoine culturel ne se limite pas aux musées ; il continue de vivre dans les gestes quotidiens des femmes.La mode, elle aussi, avait quitté les vitrines pour redevenir un langage. Les étoffes racontaient les terroirs, les broderies évoquaient des appartenances, tandis que les accessoires faisaient dialoguer artisanat traditionnel et création contemporaine. Les stylistes présents n’ont pas seulement habillé des silhouettes ; ils ont donné une nouvelle respiration à des savoir-faire parfois menacés par la production industrielle. Dans les allées, les smartphones immortalisent les tenues, mais les regards s’attardent surtout sur celles qui les portent. Les femmes deviennent les premières conservatrices d’un patrimoine qu’elles continuent d’inventer. Elles prouvent que tradition ne signifie pas immobilisme.Cette célébration culturelle avait également une portée économique. Derrière les tissus, les bijoux ou les produits gastronomiques se dessine tout un écosystème d’artisanes, de couturières, de créatrices, de transformatrices agricoles et de commerçantes. Invisible mais essentielle Une économie souvent invisible dans les statistiques mais essentielle dans la vie quotidienne de millions de familles d’Afrique centrale.Les visiteurs ne venaient pas uniquement acheter ; ils échangeaient des recettes, des techniques de tissage, des secrets de fabrication ou encore des histoires de transmission familiale. Les pavillons devenaient ainsi des espaces où circulaient autant les idées que les produits. Puis vint le moment des distinctions « Place à la Femme ». L’exercice aurait pu sombrer dans la cérémonie protocolaire. Il s’est voulu au contraire un hommage aux parcours féminins qui façonnent discrètement la société. Femmes entrepreneures, responsables associatives, promotrices culturelles ou figures du développement local : toutes rappellent que les transformations profondes commencent rarement dans les grands amphithéâtres. Mais le temps fort de la soirée restait sans doute l’élection de la Reine d’Afrique 2026. Oubliez les concours calibrés où la jeunesse constitue le principal critère. Ici, les candidates ont plus de quarante ans. Elles revendiquent leurs expériences, leurs engagements et leur maturité comme autant d’atouts.Le concept bouscule les codes habituels de la beauté. Il célèbre des femmes dont les parcours racontent la résilience, l’entrepreneuriat, l’engagement communautaire et le leadership. La couronne devient alors moins un accessoire qu’un symbole. Le message est limpide : la beauté ne disparaît pas avec les années ; elle change simplement de langage. Elle s’exprime dans la confiance, dans la capacité à inspirer les autres, dans l’expérience accumulée plutôt que dans les seuls critères esthétiques.Dans une société où les femmes de plus de quarante ans deviennent souvent invisibles dans les campagnes publicitaires ou les concours classiques, cette initiative agit comme un contre-pied. Elle rappelle que l’influence ne se mesure ni au nombre d’abonnés ni à l’âge inscrit sur une carte d’identité.Au-delà du spectacle, cette journée culturelle résonnait avec le thème de la Journée de la Femme africaine : renforcer la place des femmes dans les dynamiques de développement, tout en protégeant les patrimoines matériels et immatériels du continent.Pour les organisateurs, impossible de dissocier culture et autonomisation économique. Derrière chaque objet d’art, chaque pagne tissé ou chaque spécialité culinaire se cache une filière susceptible de créer des emplois, notamment pour les femmes et les jeunes.La culture cesse alors d’être une dépense de prestige pour devenir un investissement productif. Discours Présente à cette célébration, Pr Marie-Thérèse Abena Ondoa, ancienne ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille et figure engagée pour les droits des femmes, a insisté sur cette dimension de transmission.« La culture est notre première richesse. Une femme qui connaît son histoire, qui valorise ses traditions et qui transmet son patrimoine participe pleinement au développement de son pays. Préserver nos cultures, c’est aussi construire l’avenir de nos enfants. »À ses yeux, la Journée de la Femme africaine dépasse largement le cadre commémoratif.« Les femmes d’Afrique centrale portent une immense responsabilité : préserver nos identités tout en accompagnant la modernité. Elles savent concilier héritage et innovation. C’est cette force qui doit être reconnue et encouragée. »Le propos trouve un écho particulier dans une région où les industries culturelles peinent encore à révéler tout leur potentiel économique malgré une créativité foisonnante.Car derrière les défilés et les chants traditionnels se profile une question bien plus sérieuse : comment transformer cette richesse culturelle en véritable moteur de croissance ?L’Afrique centrale possède des textiles, des savoir-faire culinaires, des objets d’art, des danses, des musiques et des récits capables de séduire bien au-delà de ses frontières. Encore faut-il structurer les filières, protéger la propriété intellectuelle des créateurs et

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Interview du Ministre de la Communication : « Le président va bientôt rentrer »

Face aux rumeurs persistantes sur l’absence prolongée de Paul Biya, le ministre de la Communication a accordé une interview à RFI ce lundi 3 aout. Il réfute toute idée de vacance du pouvoir et appelle à une lecture rigoureuse de la Constitution. Interrogé sur les demandes de l’opposition, le ministre tranche : « la question de la vacance à la tête de l’État ne devrait pas se poser d’abord pour la simple raison que cette question est bel et bien encadrée par notre constitution qui précise clairement les conditions à partir desquelles on peut parler de vacance de pouvoir ». Il rappelle que seules les situations de « décès, de démission, d’empêchement définitif » peuvent être constatées par le Conseil constitutionnel. « Nulle part on ne parle de séjour prolongé », insiste-t-il, reprochant aux juristes de l’opposition une « lecture manifestement biaisée » de la loi fondamentale. Sur la question du retour du chef de l’État, le ministre reste prudent : « je ne peux pas vous dire avec exactitude quand est-ce que le président Paul Biya revient. Et même si je le savais, il ne m’appartient pas de l’annoncer ici. Je peux au moins me permettre de vous dire qu’il revient très bientôt ». Une formule qui vise à rassurer, tout en maintenant le flou sur le calendrier.René Sadi insiste sur la continuité de l’État : « même à l’absence du Président de la République, les institutions de notre pays fonctionnent normalement. Les principaux responsables de l’administration vaquent à leurs occupations. Et c’est la preuve que notre pays est stable ». Il reconnaît néanmoins l’inquiétude des citoyens : « Les gens sont contents quand leur président est là. C’est le père de la nation. Et quand le père est absent ça peut préoccuper les membres de la famille ». Mais il relativise : « il peut s’absenter pour des raisons indépendantes de sa volonté… en s’assurant que la famille continue de fonctionner normalement ». Enfin, le ministre clarifie la situation médicale : « j’ai fait une intervention et j’ai bien précisé que le président était bel et bien à Genève mais qu’il n’était pas hospitalisé. J’ai aussi dit que le président peut juger de l’opportunité de saisir la présence de son séjour à Genève pour envisager quelques consultations simples ».Cette interview illustre la ligne de communication officielle : rassurer sans trop dévoiler. En affirmant que « le président va bientôt rentrer », le ministre cherche à couper court aux spéculations sur une vacance du pouvoir. Mais l’absence prolongée, conjuguée au silence sur la date exacte de retour, continue d’alimenter les interrogations. Dans un pays où chaque déplacement présidentiel devient un sujet politique majeur, la parole ministérielle apparaît comme un exercice d’équilibriste : maintenir la confiance tout en préservant l’opacité. Tom

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Bref séjour privé : Paul Biya, comme un serpent de mer

Près de 60 jours que le président de la République du Cameroun a quitté son pays pour un bref séjour privé en Europe. Depuis, des rumeurs les plus folles sur la santé du chef d’État persistent. Le cabinet civil de la présidence de la République et le Gouvernement donnent des assurances. Le concerné, comme à son habitude, ne se montre pas et ne s’entend pas. Les 30 millions de Camerounais attendent sans trop savoir qui croire dans cette guerre de l’information. Depuis le 7 juin, date de son départ pour un « court séjour privé en Europe », l’absence de Paul Biya alimente une floraison de spéculations. Dans les quartiers de Yaoundé, une question revient sans cesse : « Où est passé le président de la République ? » Les réseaux sociaux amplifient les rumeurs, les médias internationaux s’interrogent, et les Camerounais oscillent entre inquiétude et résignation. « Arrêtez de nous mentir »Le cinéaste et intellectuel camerounais Jean Pierre Bekolo jete un pavé dans la mare avec une sortie virulente sur ses réseaux sociaux. « Arrêtez de nous mentir, vous savez où est Paul Biya », écrit-il, dénonçant un théâtre politique où chacun joue un rôle sans jamais dire la vérité. Pour lui, « tout le monde sait que Paul Biya n’est pas simplement en Suisse », mais qu’il serait « dans des vacances dont on ne revient jamais ». Bekolo va plus loin, affirmant que « le poste est vacant », tout en accusant les institutions de fermer les yeux et les citoyens de « faire semblant ».Son propos, radical, traduit une exaspération face à ce qu’il appelle « le mensonge fondateur » de la politique africaine. En filigrane, il dénonce une société habituée à vivre dans le déni, où l’absence du président devient le symbole d’un système figé dans la comédie. « Le président se porte bien »À l’opposé, Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil de la présidence, prend la parole dans Jeune Afrique pour rassurer. « Le président se porte bien, suit normalement les affaires de l’État », déclare-t-il, évoquant des déjeuners à Évian, des nominations à la SNH et des dossiers en cours. Pour lui, il n’y a « pas de vide à la tête de l’État », rappelant que Paul Biya a toujours tenu le gouvernail, même dans les crises les plus graves : Bakassi, les tentatives de coup d’État des années 1980, la crise économique ou encore Boko Haram.Mais Ayolo ne se limite pas au volet sanitaire. Il adresse une mise en garde aux « ennemis de l’intérieur » qui anticipent l’après-Biya. « Certains au sein du sérail attendent ce départ, mais ils partiront peut-être avant lui », lance-t-il, dénonçant les calculs de succession et les manœuvres de déstabilisation. Entre rumeurs et communication officielleCes deux prises de parole illustrent la fracture des récits. D’un côté, des intellectuels et opposants qui voient dans l’absence prolongée du président la preuve d’une vacance du pouvoir. De l’autre, les proches collaborateurs qui insistent sur sa longévité et sa capacité à continuer à gouverner.Dans une vidéo très partagée, le lanceur d’alerte Paul Choute parle d’un président à l’agonie qui ne reviendra plus au Cameroun : « Paul Biya a subi une opération chirurgicale du cœur. Le président camerounais a subi quatre opérations dans la clinique Générale-Beaulieu à Genève en Suisse où il est admis sous soins depuis plusieurs semaines. Parmi ces opérations, une au niveau du cœur appelée pontage coronarien. Au regard de cette situation, il est dans l’incapacité de se déplacer». Une présidence opaqueLa santé du président, sujet tabou depuis des décennies, est devenue un serpent de mer politique. Chaque absence relance les spéculations, chaque retour déjoue les pronostics. Mais cette opacité nourrit la défiance et fragilise la confiance des citoyens dans leurs institutions.Pour le leader d’opinion Tafeu François Bikoro, « cette communication fondée sur le silence est une stratégie de pouvoir ». Elle permet de maintenir l’incertitude, de contenir les ambitions internes et de rappeler que, malgré les rumeurs, Paul Biya reste le maître du temps politique.Au final, la question reste entière : malade, disparu ou bien portant ? Les 30 millions de Camerounais n’ont pas de réponse claire. Entre les « arrêtez de nous mentir » de Bekolo et les « le président se porte bien » d’Ayolo, le peuple navigue dans un océan de contradictions. Entre temps, le serpent de mer continue de hanter la scène politique camerounaise. Paul Biya demeure au cœur des débats, symbole d’un pouvoir qui se nourrit autant de silence que de longévité. Tom

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InReach : donner une voix numérique aux mains

Lauréate du Grand Prix présidentiel de la Digital Innovation Week 2026, l’application InReach ambitionne de rendre Internet enfin accessible aux personnes sourdes grâce à l’intelligence artificielle. Longtemps, le numérique a promis de rapprocher les individus. Mais pour des milliers de Camerounais sourds ou malentendants, cette révolution est restée incomplète. Les sites web, les plateformes administratives, les services en ligne ou encore les contenus éducatifs demeurent largement conçus pour des utilisateurs entendants. Avec InReach, cette fracture numérique pourrait bien commencer à se résorber. Imaginée par Duclaire Fopa Kuete, étudiant de 23 ans à l’Université de Dschang, l’application a décroché le Grand Prix présidentiel de la Digital Innovation Week 2026, organisée par le ministère des Postes et Télécommunications. Une distinction accompagnée d’une enveloppe de 10 millions FCFA, décernée après une compétition ayant réuni 639 projets innovants venus de tout le pays. AmbitionÀ en croire Duclaire Fopa Kuete, celle d’InReach tient en une idée simple mais redoutablement complexe sur le plan technologique : permettre aux personnes sourdes de comprendre instantanément les contenus publiés sur Internet. Grâce à l’intelligence artificielle, l’application analyse les textes affichés sur une page web et les traduit en langue des signes à travers un avatar numérique capable de reproduire les gestes avec fluidité. Une interface pensée pour transformer une navigation souvent frustrante en une expérience réellement inclusive.Au Cameroun, où l’on estime à plus de 265 000 le nombre de personnes sourdes ou malentendantes, l’enjeu dépasse largement la performance technologique. Il touche à l’accès aux droits, à l’éducation, à l’emploi, à la santé ou encore aux services publics dématérialisés. Derrière chaque formulaire administratif inaccessible ou chaque information officielle non adaptée se cache une exclusion silencieuse. L’innovation portée par InReach s’inscrit dans une tendance mondiale consistant à mettre l’intelligence artificielle au service de l’accessibilité. Les progrès récents de la vision par ordinateur, du traitement automatique du langage et de l’animation 3D rendent désormais possibles des traductions plus naturelles et plus rapides qu’auparavant. Reste néanmoins un défi majeur : chaque langue des signes possède sa propre grammaire et sa propre syntaxe. Adapter ces modèles aux réalités linguistiques et culturelles camerounaises constituera l’une des prochaines étapes du projet. PrixCelui obtenu offre désormais au jeune entrepreneur les moyens d’accélérer le développement de sa solution. Les 10 millions de FCFA devraient financer les phases de perfectionnement de l’application, les tests auprès des utilisateurs et les premiers partenariats avec les institutions, les établissements scolaires ou les entreprises souhaitant rendre leurs plateformes accessibles.Au-delà de la récompense, le succès d’InReach envoie un signal fort. Dans un paysage où l’intelligence artificielle est souvent associée aux gains de productivité ou à l’automatisation, le projet rappelle qu’elle peut aussi devenir un puissant levier d’inclusion sociale. Une innovation qui ne cherche pas seulement à faire gagner du temps, mais à faire tomber des barrières que le numérique avait, jusqu’ici, trop souvent laissées intactes. Jean -René Meva’a Amougou

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Intelligence artificielle : le Cameroun érige le « patriotisme numérique » en doctrine

Face aux bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle, le gouvernement camerounais change de ton. Après avoir vanté les promesses de cette technologie, il entend désormais encadrer ses usages pour préserver la cohésion nationale et renforcer la souveraineté numérique. Le Cameroun ne veut plus seulement accompagner la révolution de l’intelligence artificielle. Il souhaite désormais en fixer les règles. C’est le message délivré par la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, lors de la clôture de la cinquième édition de la Semaine de l’Innovation Numérique. Dans un contexte marqué par la multiplication des cyberattaques, de la désinformation et des manipulations numériques, le gouvernement fait du « patriotisme numérique » un nouveau pilier de sa stratégie digitale. Anticipation« Oui, encore l’intelligence artificielle ! », lance d’emblée la ministre, anticipant les interrogations sur le choix d’un thème centré une nouvelle fois sur cette technologie. Pour elle, il est impossible d’ignorer « ce phénomène qui bouleverse radicalement notre rapport aux machines, au travail, à la recherche et au fonctionnement des institutions ». Une manière de reconnaître que l’IA n’est plus un simple sujet d’innovation, mais une transformation profonde de la société. Le discours prend ensuite une tonalité plus politique. La ministre insiste sur les risques d’un cyberespace livré aux usages malveillants. « Le cyberespace est devenu le prolongement de notre vie collective », rappelle-t-elle, avant d’avertir qu’il peut également devenir « un lieu de propagation de la haine, de stigmatisation des communautés, de manipulation des identités et d’amplification des divisions » lorsque les technologies sont détournées de leur vocation. C’est dans ce contexte que le gouvernement introduit la notion de patriotisme numérique. Celui-ci consiste, selon Minette Libom Li Likeng, à utiliser les technologies numériques « dans le respect de la loi, des principes éthiques, de l’intérêt national et des valeurs qui fondent notre société ». L’objectif affiché est de lutter contre les campagnes de désinformation, les discours de haine et les manipulations de l’opinion publique, tout en faisant du numérique « un espace de paix, d’innovation, de responsabilité et de cohésion nationale ». FocusCette orientation s’inscrit dans la continuité de la vision présidentielle. Citant Paul Biya, la ministre rappelle que « l’intelligence artificielle est un multiplicateur de développement, de croissance et de démocratisation, à condition qu’elle soit utilisée de manière éthique ». Une référence qui place l’IA au cœur de la stratégie de développement du Cameroun, tout en soulignant la nécessité d’une gouvernance responsable. Le discours ne s’est toutefois pas limité aux principes. Le concours national du meilleur projet TIC a enregistré un record de 631 candidatures provenant des dix régions du pays. La qualité des projets a conduit le jury à retenir 20 finalistes, contre 15 lors des éditions précédentes. Les jeunes innovateurs ont ensuite suivi un bootcamp intensif consacré à l’entrepreneuriat, à la cybersécurité, à la propriété intellectuelle et à la levée de fonds. À travers ces chiffres, le ministère entend démontrer que l’écosystème numérique camerounais gagne en maturité. « Continuez d’apprendre, continuez de créer, continuez d’oser », a lancé la ministre aux lauréats, tout en promettant un accompagnement renforcé en matière d’incubation, de formation et d’accès au financement.L’ambition est affichée : bâtir une économie numérique souveraine, innovante et compétitive. Mais au-delà des déclarations, le véritable défi reste celui de la transformation des jeunes pousses technologiques en entreprises viables, capables de créer durablement des emplois et de répondre aux besoins du marché. Le patriotisme numérique, désormais élevé au rang de doctrine, sera jugé à l’aune de cette capacité à faire émerger des champions nationaux de l’intelligence artificielle. Jean -René Meva’a Amougou

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