Depuis Dakar, Yaoundé défend ses engagements sans éluder les fractures qui persistent.

Le Cameroun a choisi la tribune africaine pour exposer ses convictions, rappeler ses engagements et reconnaître les défis qui jalonnent encore son parcours en matière de droits humains. Le mardi 13 octobre 2026, à Dakar, au Sénégal, Félix Mbayou, ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures, chargé de la Coopération avec le Commonwealth, a porté la voix de Yaoundé devant la 89ᵉ session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Un exercice diplomatique qui oblige autant à défendre les progrès accomplis qu’à regarder en face les difficultés persistantes.
Dans sa déclaration consacrée à la situation des droits de l’homme en Afrique, le représentant du Cameroun a d’abord dénoncé une scène internationale « marquée par des manquements flagrants au Droit international ». Une manière de replacer les préoccupations africaines dans un contexte mondial où les principes juridiques sont parfois mis à rude épreuve. Mais derrière cette critique de l’ordre international, l’intervention camerounaise devait également composer avec une réalité nationale plus complexe : celle d’un pays confronté à des défis sécuritaires, sociaux et environnementaux qui mettent à l’épreuve la protection des populations.
Réalités
Le discours n’a pas fait l’impasse sur les difficultés. Félix Mb ayu a notamment évoqué la multiplication des féminicides, la persistance des crises sécuritaires, les déplacements de populations et les effets des changements climatiques. Ces préoccupations ne relèvent pas de simples lignes dans un rapport administratif. Elles renvoient à des vies menacées, à des familles contraintes de quitter leur lieu de résidence et à des communautés fragilisées par l’insécurité ou les bouleversements environnementaux.
La reconnaissance de ces défis constitue un élément important du discours officiel. Elle rappelle surtout que la défense des droits humains ne se mesure pas uniquement à la qualité des engagements proclamés, mais aussi à leur traduction dans le quotidien des citoyens. Les féminicides, en particulier, interrogent l’efficacité des mécanismes de prévention, de protection des victimes et de lutte contre les violences faites aux femmes. Quant aux crises sécuritaires, elles placent les autorités devant une équation délicate : protéger les populations sans sacrifier les libertés fondamentales.
Équilibre
Sous l’impulsion du président Paul Biya, le gouvernement affirme poursuivre la recherche de réponses conciliant « la protection des personnes, le respect des droits et libertés et les impératifs de sécurité ». Cette formulation résume l’ambition affichée par Yaoundé : maintenir l’ordre public tout en préservant les garanties fondamentales reconnues aux citoyens. Reste que cet équilibre, souvent invoqué dans les contextes de crise, se juge à l’aune des mesures concrètes, de leur application et des résultats obtenus sur le terrain.
La prochaine étape sera donc déterminante. Lors de la prochaine session publique de la Commission africaine, le Cameroun prévoit de défendre son rapport unique au titre de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que de quatre autres instruments africains consacrés aux droits des femmes, des personnes handicapées, des personnes âgées et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
Cette échéance offrira aux représentants du pays l’occasion de présenter les mesures engagées, mais aussi de répondre aux interrogations sur leur mise en œuvre. Car, dans le domaine des droits humains, la diplomatie ouvre des portes, les déclarations fixent des ambitions et les rapports rendent compte des engagements. Mais c’est dans la vie des populations que se mesure, finalement, la portée de l’action publique.
Jean-René Meva’a Amougou