Quand l’enseignant est méprisé, l’avenir est en danger : anticiper le risque, prévenir le désastre
Le communiqué du BEN-SYNES du 3 septembre 2026 rappelle une situation que nous ne pouvons plus considérer comme ordinaire : des droits dus aux enseignants restent impayés, la dette académique demeure et les réponses attendues tardent à se matérialiser. C’est dans ce contexte qu’est lancé le mot d’ordre de « rentrée académique morte » et de grève illimitée jusqu’à satisfaction des revendications. Mais l’enjeu dépasse notre seule corporationUne Nation qui néglige durablement ses enseignants fragilise son propre avenir.Nul besoin d’être du pouvoir ou de l’opposition, chrétien, musulman ou adepte d’une autre spiritualité, de telle région ou de telle communauté, privilégié ou non privilégié, pour en convenir. L’éducation est un bien commun. Elle mérite d’être protégée et défendue, parce qu’elle demeure l’un des fondements les plus sûrs du progrès collectif.L’enseignant forme le médecin, l’ingénieur, le magistrat, l’officier, l’administrateur, le chercheur et le décideur public. Lorsqu’il est durablement découragé, frustré ou privé de ses droits, ce n’est pas seulement un travailleur qui souffre : c’est tout le système de transmission du savoir qui s’affaiblit.Un pays peut compromettre son avenir sans tirer un seul coup de feu : il suffit que son système éducatif se dégrade durablement. Les conséquences, elles, se transmettent de génération en génération. Nos traditions nous invitent, chacune à leur manière, à relativiser les privilèges et à revenir à l’essentiel. L’Ecclésiaste rappelle : « Vanité des vanités, tout est vanité » (Ecclésiaste 1,2). Le Coran souligne le caractère passager des rivalités de prestige, de biens et de puissance (Coran 57,20). La philosophie africaine enseigne, quant à elle, que « la sagesse est comme un baobab : une seule personne ne peut l’embrasser ».Nos fonctions passeront. Nos nominations passeront. Nos avantages passeront.Mais l’Université que nous transmettrons aux générations futures demeurera.Faire bloc ne signifie pas se dresser contre l’État. C’est, au contraire, agir pour l’Université, pour l’État et pour le Cameroun. Le paiement des droits acquis, l’apurement de la dette académique et l’instauration d’un dialogue social sincère ne constituent pas des faveurs : ils relèvent de la justice, de la dignité professionnelle et de la responsabilité nationale.Cette interpellation doit toutefois s’accompagner d’un regard sur nous-mêmes.Mon grand-père, catéchiste, me répétait : « Lorsque tu pointes quelqu’un du doigt, trois doigts restent tournés vers toi : ils t’invitent à examiner ta propre part de responsabilité. Et ton pouce, tourné vers le ciel, te rappelle Dieu, le Créateur : sois honnête envers toi-même et demeure humble.»Interpellons donc les pouvoirs publics. Mais questionnons aussi nos silences, nos calculs, nos peurs, nos divisions et nos renoncements.Au-delà de nos confessions, de nos appartenances politiques, de nos régions, de nos grades et de nos intérêts particuliers, une même responsabilité devrait nous rassembler :respecter l’enseignant, préserver l’Université et protéger l’avenir du Cameroun.Défendre la dignité de l’enseignant, ce n’est pas défendre une corporation.C’est prévenir aujourd’hui un risque national avant qu’il ne devienne demain un désastre collectif. Joseph BOMDADélégué SYNES-FSE/UN









