À quelques heures de la Journée mondiale des enseignants, le fameux tissu censé habiller les « seigneurs de la craie » se fait rare. À Yaoundé et dans ses environs, certains courent les marchés, d’autres courtisent les couturières. Et quelques-uns menacent déjà de rester à la maison.

À Nkongoa, le 2 octobre, Rose, couturière, voit débarquer trois institutrices à la tombée de la nuit. La fête du 5 octobre approche à grands pas. Mais leurs placards, eux, restent désespérément ordinaires. Elles ont cherché le tissu en vain. « En passant la veille, j’ai vu une robe cousue portée par un mannequin. J’ai dit à mes collègues de nous rapprocher de vous », explique l’une d’elles. Leur dernier espoir tient donc dans l’œil et les tiroirs d’une couturière.
Rose n’a pourtant pas de miracle à vendre. Elle dispose seulement de deux pagnes de trois yards appartenant à des clients. Hors de question de les découper sans leur accord. Elle envisage cependant une astuce : convaincre un client de transformer son pagne en chemisette. De quoi récupérer suffisamment de tissu pour confectionner une jupe bicolore. La haute couture pédagogique est parfois une affaire de géométrie.
Le marché
Le lendemain, à 6 heures, Danielle, enseignante de géographie, reçoit l’appel salvateur de sa couturière. Celle-ci se trouve au marché d’Ekounou, derrière le palais de justice. Le tissu aurait enfin été déniché.
Danielle ne discute pas longtemps. Elle demande le prix, puis effectue immédiatement un dépôt de 6 000 FCFA. « Je t’envoie tes 5 000 pour les trois yards et 1 000 FCFA pour ton jus. Pardon, tu connais mon modèle, commence seulement. Je serai là à 11 heures, je suis encore à Ayos », lance-t-elle, soulagée. Le tissu est trouvé. Le prix aussi. La couturière, elle, a manifestement compris que la rareté avait son tarif.
Pour Parfait, enseignant au lycée technique de Mfou, le conte ne connaît pas la même fin. Il écume les points de vente sans succès. Sa sœur, couturière au marché de Mfou, promet de remuer ciel et terre. Rien n’y fait.
Elle explique avoir tenté de convaincre certains clients de réduire la quantité de tissu achetée afin que d’autres enseignants puissent en bénéficier. Refus catégorique. « Ils préfèrent coudre des petites robes à leurs enfants », raconte-t-elle. Le pagne de la fête des enseignants aura donc aussi ses victimes collatérales.
Le boycott
Ayuk, enseignant dans une école primaire publique de Yaoundé, n’a jamais porté la tenue du 5 octobre depuis son intégration. Cette année, il semble décidé à ne plus attendre. « Pourquoi est-il difficile pour les enseignants de trouver leur propre tissu ? En temps normal, le gouvernement devrait nous partager les pagnes du 5 octobre pour nous flatter », peste-t-il dans un atelier de couture au quartier Nkomo. Sa conclusion est radicale : il ne participera pas aux festivités. « De toute façon, je ne sors pas de chez moi lundi. »
Ainsi va la fête des enseignants : certains cherchent le pagne, d’autres cherchent la couturière, et quelques-uns cherchent encore une raison de célébrer. Le 5 octobre approche. La craie est prête. Les élèves aussi. Reste à savoir si les enseignants seront habillés pour la circonstance.