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Jean Luc Mastaki : «la ZLECAf ne doit plus rester un projet institutionnel»

Directeur du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Jean Luc Mastaki revient sur les difficultés qui empêchent encore l’Afrique centrale de tirer pleinement profit de la Zone de libre-échange continentale africaine. La ZLECAf promet de créer un vaste marché africain. Pourtant, en Afrique centrale, les échanges sous ses préférences restent très limités. Pourquoi ce décalage ?Il faut d’abord rappeler que la ZLECAf constitue une transformation majeure de l’architecture commerciale africaine. Mais la signature et la ratification d’un accord ne signifient pas automatiquement que les entreprises vont commencer à commercer sous ses préférences. Il existe toute une chaîne de mise en œuvre qu’il faut rendre opérationnelle.Aujourd’hui, le constat est effectivement préoccupant pour l’Afrique centrale. Dans le cadre de l’Initiative du commerce guidé, le Cameroun demeure le seul pays de la sous-région à avoir réalisé des échanges sous les préférences commerciales de la ZLECAf. Cela montre qu’il existe encore un écart important entre les engagements pris au niveau continental et leur traduction en opérations commerciales.Il ne faut cependant pas interpréter cette situation comme un manque d’ambition des Etats. Le problème est davantage institutionnel, technique et opérationnel. Lorsque les différentes composantes de la chaîne ne fonctionnent pas ensemble, l’entreprise ne peut pas bénéficier concrètement de l’accord. Vous parlez d’une chaîne de mise en œuvre. Où se situent précisément les principaux blocages ?Ils sont multiples et interdépendants. Il y a d’abord les offres tarifaires, les règles d’origine et les engagements spécifiques. Il faut ensuite que les administrations douanières soient capables d’appliquer les procédures correspondantes. Il faut également traiter les normes, les infrastructures qualité, les barrières non tarifaires, la logistique et les questions liées au financement.Il faut ajouter le commerce des services, le commerce numérique, la gestion des frontières et surtout l’information des opérateurs économiques. Une entreprise peut avoir un produit compétitif et souhaiter exporter vers un autre pays africain. Mais si elle ne sait pas qu’une préférence existe, si elle ne connaît pas les règles d’origine ou si elle ne sait pas comment obtenir son certificat d’origine, cette préférence reste virtuelle.C’est pourquoi nous parlons d’une chaîne de mise en œuvre. Un seul maillon défaillant peut empêcher l’ensemble du mécanisme de fonctionner. Les Comités nationaux de mise en œuvre sont justement censés assurer cette coordination. Sont-ils aujourd’hui à la hauteur de leur mission?Il existe une grande diversité de situations en Afrique centrale. Certains pays ont mis en place leurs Comités nationaux, mais leur niveau d’opérationnalisation n’est pas toujours le même. Dans certains cas, les capacités techniques, les moyens disponibles ou les mécanismes de suivi restent insuffisants.Or ces Comités sont essentiels. Ils doivent être capables de réunir les administrations concernées, les organismes techniques et le secteur privé autour d’une même feuille de route. Ils doivent suivre les réformes, identifier les obstacles, accompagner les entreprises et faire remonter les difficultés rencontrées sur le terrain.Notre objectif est donc de contribuer à leur donner les outils nécessaires pour qu’ils deviennent de véritables plateformes opérationnelles et non simplement des structures institutionnelles supplémentaires. N’y a-t-il pas justement un risque de créer encore une structure de coordination alors que l’Afrique centrale souffre déjà d’une multiplication des institutions régionales ?C’est une question légitime. La réponse est dans la fonction du Comité. Il ne doit pas être une institution qui vient se superposer aux autres. Il doit être un mécanisme de coordination et d’exécution.Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de multiplier les réunions, mais de faire en sorte que les décisions déjà prises produisent des résultats. Si un opérateur rencontre une barrière non tarifaire, il faut qu’il existe un mécanisme pour la signaler, la documenter, la suivre et rechercher sa résolution. Si une entreprise veut exporter, elle doit pouvoir obtenir l’information dont elle a besoin. Le Comité doit donc être jugé sur sa capacité à résoudre des problèmes concrets. Le secteur privé semble pourtant encore peu présent dans cette architecture. Est-ce un handicap ?C’est un élément déterminant. La ZLECAf a été négociée entre Etats, mais son succès ne sera pas mesuré par le nombre de réunions intergouvernementales. Il sera mesuré par le nombre d’entreprises africaines qui commercent davantage avec d’autres pays africains.Le secteur privé doit donc être au cœur de la mise en œuvre. Les administrations doivent savoir quelles sont les difficultés rencontrées par les entreprises. Les entreprises, de leur côté, doivent comprendre les opportunités offertes par la ZLECAf. Cela suppose un dialogue permanent. Les Comités nationaux doivent être capables d’organiser ce dialogue et d’en faire un outil de décision. Pourquoi l’information commerciale est-elle aussi importante ?Parce qu’une opportunité commerciale qui n’est pas connue n’est pas une opportunité. Nous avons parfois tendance à considérer que les entreprises savent automatiquement ce que contiennent les accords commerciaux. Ce n’est pas le cas.Une PME ne dispose pas nécessairement d’un service juridique ou d’une équipe spécialisée dans le commerce international. Elle a besoin de savoir quels produits elle peut exporter, vers quels marchés, à quelles conditions, avec quels documents et selon quelles règles. Il faut donc développer l’intelligence commerciale, les outils numériques et les services d’information. La ZLECAf doit devenir lisible pour l’entrepreneur. Le problème des règles d’origine est particulièrement sensible. Pourquoi ?Parce qu’elles permettent de déterminer quels produits peuvent bénéficier des préférences commerciales. Une entreprise peut assembler un produit en Afrique, mais cela ne signifie pas automatiquement que ce produit répond aux critères d’origine prévus par l’accord.Il faut donc que les opérateurs comprennent les règles et que les administrations puissent les appliquer correctement. Les certificats d’origine sont également essentiels. Sans eux, l’entreprise ne peut pas toujours faire valoir la préférence.C’est un domaine très technique, mais ses conséquences sont très concrètes. Une mauvaise compréhension des règles peut conduire une entreprise à renoncer à exporter ou à perdre l’avantage tarifaire auquel elle aurait pu prétendre. Le commerce intra-africain reste également pénalisé par les infrastructures. Peut-on vraiment parler de libre-échange si les marchandises mettent des jours ou des semaines à franchir les frontières ?C’est toute la question. La libéralisation commerciale ne peut pas être dissociée de la connectivité. Si les procédures douanières

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Afrique centrale : l’ambition en vitrine, le commerce en sourdine

Une zone de libre-échange ne se mesure pas au nombre de signatures apposées sur un accord, mais au nombre de marchandises qui franchissent effectivement les frontières à moindre coût. Dans la sous- région, le chantier commence à peine. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) existe sur le papier. Dans les ports, les postes-frontières et les entreprises d’Afrique centrale, beaucoup moins. Le paradoxe est désormais difficile à contourner : alors que l’accord promet de transformer le continent en un immense marché intégré, les échanges réalisés sous ses préférences commerciales restent encore rarissimes dans la sous-région. En 2026…La réalité donne la mesure du retard. Dans le cadre de l’Initiative du commerce guidé de la ZLECAf, le Cameroun demeure, à ce jour, le seul pays d’Afrique centrale à avoir réalisé des échanges sous les préférences commerciales de l’Accord. Les sept autres Etats de la sous-région restent encore largement à distance de ce marché continental censé faciliter la circulation des biens et des services. Pour Jean Luc Mastaki, directeur du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), il serait toutefois réducteur de parler d’un manque d’ambition des Etats. « Le faible recours aux préférences de la ZLECAf en Afrique centrale ne traduit pas un manque d’ambition, mais plutôt une chaîne de mise en œuvre encore incomplète », explique-t-il. Une nuance importante : le problème ne serait donc pas le projet, mais les tuyaux censés le faire fonctionner. Car une baisse des droits de douane ne suffit pas à faire circuler une marchandise. Il faut connaître les règles d’origine, obtenir les certificats nécessaires, satisfaire aux normes, franchir les frontières, résoudre les barrières non tarifaires et disposer d’une logistique suffisamment performante. « Lorsque les offres tarifaires, les règles d’origine et les engagements spécifiques, les procédures douanières, les normes et l’information des entreprises ne sont pas coordonnées, l’Accord reste hors de portée des opérateurs », souligne Jean Luc Mastaki. Autrement dit, la ZLECAf peut ouvrir une porte. Encore faut-il que les entreprises disposent de la clé. DéfiC’est précisément pour tenter de combler ce fossé entre l’ambition politique et la réalité économique que la CEA a réuni à Yaoundé, du 4 au 7 août 2026, les représentants des Comités nationaux de mise en œuvre de la ZLECAf des huit pays d’Afrique centrale, les communautés économiques régionales et plusieurs partenaires institutionnels. Ces Comités sont censés jouer le rôle d’interface entre les Etats et les entreprises. Ils doivent coordonner les administrations, suivre les réformes, identifier les obstacles au commerce et accompagner les opérateurs économiques.Mais là encore, la mécanique connaît des ratés. Leur existence, leur niveau d’opérationnalisation, leurs capacités techniques et leurs mécanismes de suivi restent inégaux selon les pays. Pour le responsable de la CEA, leur renforcement constitue donc une urgence. « Les rendre pleinement opérationnels est indispensable pour transformer les décisions continentales en opportunités commerciales concrètes », insiste-t-il. Le défi est considérable. Il concerne aussi bien les grandes entreprises que les micros, petites et moyennes entreprises, les jeunes et les femmes entrepreneurs. Car une ZLECAf qui ne parvient pas jusqu’aux PME risque de rester un dispositif réservé aux administrations et aux grandes firmes déjà capables de naviguer dans la complexité du commerce international.L’autre bataille se joue sur les routes. Les corridors régionaux demeurent essentiels pour rendre les préférences commerciales réellement utilisables. Une réduction tarifaire peut perdre tout son intérêt si le transport d’une marchandise d’un pays à l’autre reste long, coûteux et imprévisible. Jean Luc Mastaki insiste justement sur cette nécessité de ne pas traiter les problèmes séparément. « Lorsque les réformes réglementaires, les corridors logistiques, l’information commerciale et la mobilisation du secteur privé avancent de manière coordonnée, la mise en œuvre de la ZLECAf peut progresser plus rapidement », estime-t-il. L’Afrique centrale ne manque pourtant pas d’atouts. Sa position géographique, ses ressources naturelles et agricoles, ses marchés et son potentiel de chaînes de valeur transfrontalières pourraient faire de la ZLECAf un véritable accélérateur économique. Encore faut-il transformer ces potentialités en échanges.Le séminaire de Yaoundé entendait précisément passer au crible les blocages : gouvernance des Comités nationaux, commerce des biens et des services, commerce numérique, normes, infrastructure qualité, intelligence commerciale, financement, développement des chaînes de valeur et suivi des réformes. À en croire Jean Luc Mastaki, l’objectif est donc moins de produire une nouvelle déclaration que de construire une capacité d’action. Car le véritable test de la ZLECAf ne se trouve plus dans les salles de conférence. Il se trouve dans les entreprises, aux postes-frontières et sur les corridors commerciaux. Jean -René Meva’a Amougou Sortir les Comités nationaux de l’ombre Selon la CEA, l’Afrique centrale dispose d’un potentiel considérable de chaînes de valeur transfrontalières. Mais pour transformer ce potentiel en commerce réel, les Comités nationaux doivent désormais sortir de l’ombre. Leur véritable test ne sera plus le nombre de réunions. La ZLECAf ne manque ni de sommets, ni d’accords, ni de déclarations. Ce qui lui manque encore, notamment en Afrique centrale, c’est une mécanique capable de transformer les engagements continentaux en marchandises effectivement échangées. C’est tout l’enjeu du séminaire organisé à Yaoundé du 4 au 7 août par la Commission économique pour l’Afrique (CEA).Au cœur des travaux : les Comités nationaux de mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine. Leur mission peut sembler administrative. Elle est pourtant stratégique. Ces structures doivent faire le lien entre les décisions continentales et ceux qui les appliquent : administrations, douaniers et opérateurs économiques. Pour l’heure…La machine tousse. Dans le cadre de l’Initiative du commerce guidé, le Cameroun reste le seul pays d’Afrique centrale à avoir réalisé des échanges sous les préférences commerciales de la ZLECAf. Dans les sept autres Etats de la sous-région, l’accord demeure encore largement théorique.Car une baisse des droits de douane ne suffit pas. Il faut connaître les règles d’origine, délivrer les certificats nécessaires, harmoniser les procédures douanières, respecter les normes, lever les barrières non tarifaires et assurer le transport des marchandises. À chaque maillon défaillant, le coût du commerce grimpe. Pour les spécialistes de l’intégration régionale, cette situation révèle

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Afrique centrale : contre le crime organisé, l’arme nouvelle de l’anticipation

Le crime organisé a toujours eu un temps d’avance. Il connaît les frontières poreuses, exploite les failles administratives, s’adapte aux contrôles et déplace ses activités lorsque la pression devient trop forte. En Afrique centrale, cette capacité d’adaptation apparaît désormais comme l’un des principaux défis posés aux institutions chargées de la sécurité. Et d’après le rapport d’évaluation de la menace et de la résilience du crime organisé en Afrique centrale, connu sous l’acronyme OCTRA, élaboré avec la collaboration de l’Institut d’études sur la sécurité (ISS) et du Secrétariat permanent du Comité des chefs de police d’Afrique centrale (CCPAC), ainsi que les travaux récents de l’Observatoire sur le crime organisé et la violence en Afrique centrale, dressent un constat préoccupant : les réseaux criminels savent renouveler leurs répertoires d’action et s’adapter aux réponses des États.Pour le Pr Saïbou Issa, spécialiste des dynamiques sécuritaires en Afrique centrale et dans le bassin du lac Tchad, cette réalité impose de dépasser une conception strictement répressive de la sécurité. Ses travaux insistent depuis plusieurs années sur le caractère transfrontalier des phénomènes criminels et sur la nécessité d’une coopération accrue entre les États. Les frontières, souligne en substance son analyse, ne constituent pas nécessairement des barrières pour les économies criminelles ; elles peuvent devenir des espaces exploités par les réseaux lorsque la coopération entre administrations reste insuffisante. Passer du rétroviseur au radarC’est précisément ce changement de logiciel que le CCPAC veut provoquer. Avec l’appui technique et logistique de l’ISS, une session de formation consacrée à l’analyse prospective et à l’anticipation stratégique des mutations de la criminalité est organisée à Yaoundé, du 5 au 8 août 2026, puis à Libreville, du 15 au 18 août.L’objectif est moins de prédire l’avenir que de préparer les forces de sécurité à plusieurs futurs possibles. Une nuance essentielle. La prospective ne prétend pas dire ce qui va arriver ; elle cherche à identifier les tendances lourdes, les signaux faibles et les ruptures susceptibles de modifier l’environnement sécuritaire.Pour Raoul Sumo Tayo, chercheur senior à l’Observatoire sur le crime organisé et la violence en Afrique centrale, l’analyse des menaces doit justement tenir compte des interactions entre territoires, frontières, réseaux criminels et autres facteurs de déstabilisation. Ses recherches portent notamment sur les frontières, la contre-insurrection et les menaces criminelles contemporaines.Cette approche explique la présence de la prospective au cœur de la formation. Il ne s’agit plus simplement de demander aux services : « Que s’est-il passé ? », mais aussi : « Quels signaux annoncent ce qui pourrait se produire ? » et « Comment préparer dès maintenant la réponse ? » Le crime organisé, une question économiqueL’enjeu n’est pas uniquement policier. Une route régulièrement perturbée par l’insécurité renchérit le transport. Un territoire où prospèrent les économies clandestines perd en attractivité. Les trafics et les flux financiers illicites fragilisent les recettes publiques et peuvent alimenter la corruption. Dans une région qui cherche à accélérer son intégration économique, la criminalité organisée devient donc également un problème de compétitivité. Les analyses récentes de l’Observatoire mettent d’ailleurs en évidence des systèmes criminels reliant trafics, flux financiers illicites, rivalités géopolitiques et réseaux reliant zones côtières et arrière-pays.La sécurité des corridors commerciaux et des frontières devient ainsi une composante de la sécurité économique. Autrement dit, protéger les échanges ne consiste plus seulement à construire des routes ou des postes de contrôle : il faut également comprendre les réseaux susceptibles de détourner, infiltrer ou perturber ces flux. Former autrement pour décider plus viteAu terme différentes sessions, les participants devront maîtriser les fondamentaux de l’analyse prospective, apprendre à repérer les tendances lourdes et les signaux faibles, conduire une analyse prospective des menaces et construire des scénarios de futurs possibles.Trois grands modules structurent le programme. Les enseignements combineront théorie, méthodologie, exercices pratiques et applications opérationnelles. L’objectif est d’inscrire la prospective dans la planification stratégique plutôt que de la cantonner à un exercice académique.Chaque session réunit une trentaine de participants issus de la sécurité, de la justice, des douanes et de l’administration pénitentiaire. Le choix est révélateur : les criminels fonctionnent en réseaux, les réponses publiques doivent donc apprendre à fonctionner davantage en système.Pour le Pr Saïbou Issa, qui codirige l’Observatoire sur le crime organisé et la violence en Afrique centrale, la question sécuritaire ne peut plus être enfermée dans le seul périmètre des forces de défense et de sécurité. Les évolutions contemporaines appellent une approche plus large, associant plusieurs acteurs et renforçant les mécanismes de coopération.C’est finalement le pari de cette formation : faire passer les administrations du réflexe à la réflexion, de la réaction à l’anticipation. Car dans le face-à-face entre États et réseaux criminels, celui qui attend de voir la menace pour agir risque toujours de courir derrière celui qui l’aura détectée avant lui.En Afrique centrale, la prospective n’est donc plus un luxe de stratèges. Elle devient une question de sécurité, de gouvernance et, de plus en plus, d’économie. Ongoung Zong Bella

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CEMAC : quatre priorités pour assainir la gouvernance financière

La CEMAC veut mettre de l’ordre dans ses comptes. Réunis à Malabo, les représentants de la Commission, du Parlement communautaire et de la Cour de justice ont clos leurs travaux de concertation consacrés à la gouvernance financière de l’organisation sous-régionale. Au terme des échanges, quatre priorités ont été retenues pour consolider le contrôle budgétaire et améliorer la traçabilité des opérations financières. Première urgence : revoir le cadre normatif. Les participants préconisent l’introduction effective du mécanisme de règlement du budget, mais aussi une clarification des responsabilités entre les différentes institutions communautaires. Une réforme qui vise à réduire les zones grises dans la chaîne de décision et d’exécution budgétaire. Deuxième chantier, l’accès de la Cour des comptes aux informations financières. Celui-ci devra être « effectif, sécurisé et encadré », afin de permettre un contrôle plus fiable des opérations et de renforcer leur traçabilité. L’enjeu est aussi institutionnel : donner aux organes de contrôle les moyens d’exercer pleinement leur mission. La troisième priorité est plus opérationnelle. Il s’agit de rendre immédiatement effectif le contrôle budgétaire et de préparer les conditions d’une certification intégrale des comptes communautaires à l’horizon 2028. Une échéance qui marque la volonté de la CEMAC de rapprocher sa gestion financière des standards de transparence et de redevabilité attendus d’une organisation régionale. Enfin, les participants entendent institutionnaliser le renforcement des compétences. La CEMAC souhaite mobiliser les expertises et les expériences disponibles pour professionnaliser davantage la gestion et le contrôle des finances communautaires. Dans son discours de clôture, le vice-président de la CEMAC a insisté sur la nécessité de traduire ces recommandations en actes. Car derrière la technique budgétaire se joue une question de confiance : celle des États membres, des partenaires financiers et, plus largement, de la crédibilité de l’intégration communautaire.À Malabo, le message est donc clair : la transparence budgétaire ne peut plus rester un objectif. Elle doit devenir une pratique institutionnelle, mesurable et contrôlable. Avec l’horizon 2028 en ligne de mire, la CEMAC entend désormais passer de l’intention à l’exécution. Bobo Ousmanou

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Cacao : les seigneurs de la cabosse voient leurs prix s’effriter

La fève remonte, mais la confiance des producteurs reste à tempérer. La campagne cacaoyère 2026-2027 s’ouvre au Cameroun avec une promesse aussi séduisante qu’une cabosse bien mûre : celle d’un marché appelé à reprendre de la vigueur. Mais, dans les bassins de production, les producteurs ont appris à se méfier des récoltes de bonnes nouvelles. Les prix, eux, ont la fâcheuse habitude de mûrir… puis de tomber. UpdateLe 5 août 2026, le kilogramme de cacao s’échangeait à 3 414 FCFA au port de Douala, pour un prix d’entrée magasin compris entre 2 800 et 2 900 FCFA. Un rebond appréciable après les 700 à 1 000 FCFA observés durant certains mois de la campagne 2025-2026. Mais le souvenir des sommets précédents reste vivace : 6 300 FCFA le kilogramme en 2023-2024, puis jusqu’à 5 400 FCFA en 2024-2025 dans certains bassins. De quoi donner le sourire au planteur ? Oui. De quoi l’inciter à sabrer le champagne ? Pas encore.Le ministre du Commerce, Luc Magloire Atangana, veut croire à une nouvelle poussée des cours. Il mise notamment sur une demande asiatique dynamique, susceptible de soutenir les cotations internationales. Autre motif d’optimisme : la transformation locale. Le gouvernement ambitionne de transformer 40 % de la production nationale et affirme désormais avoir atteint un niveau de transformation locale de 250 000 tonnes. Une évolution qui permettrait au Cameroun de conserver davantage de valeur ajoutée sur son territoire, plutôt que d’exporter essentiellement la fève et les espoirs. OuvertureLa ZLECAF ouvre par ailleurs, un nouveau champ de bataille commercial. Le Nigeria, voisin immédiat et marché de plus de 250 millions de consommateurs, développe des unités de transformation proches des frontières camerounaises. Avec une capacité installée annoncée proche de 200 000 tonnes, le géant ouest-africain pourrait devenir un débouché stratégique pour le cacao camerounais. La qualité, l’autre récolteReste le nerf de la guerre : la qualité. Le directeur général de l’Office national du cacao et du café (ONCC), Mikael Ndoping, prévient que la tolérance administrative appartient désormais au passé. Avec l’entrée en vigueur des nouvelles exigences européennes, notamment en matière de légalité et de traçabilité, les textes seront appliqués avec davantage de rigueur. Pour les opérateurs qui avaient pris quelques libertés avec les règles, la prochaine récolte pourrait donc être moins généreuse en indulgence.Le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) appelle également à une meilleure organisation des producteurs. Son secrétaire exécutif, Omer Maledi, plaide pour un regroupement accru en coopératives et défend l’idée d’un « OPEP du cacao », portée par le Ghana et la Côte d’Ivoire. Objectif : coordonner les calendriers de récolte et renforcer le pouvoir de négociation des pays producteurs face aux industriels.Car le véritable enjeu est là. Le Cameroun ne manque ni de cabosses, ni de producteurs, ni de marchés potentiels. Il lui faut désormais transformer cette abondance en pouvoir de marché. À défaut, les « seigneurs de la terre » continueront de regarder leurs fèves prendre de la valeur… surtout dans les statistiques.

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Raymond Jean-Charles Beko’o Abondo : la fidélité comme destin

De Sangmélima à l’État-major, le parcours d’un homme qui a fait du service de l’État une vocation et de la fidélité une discipline intérieure. I. Sangmélima ou l’école invisible des destinéesIl est des lieux qui ne figurent pas dans les manuels d’histoire mais qui fabriquent pourtant l’histoire. Sangmélima est de ceux-là. Ses collines, ses salles de classe, ses terrains de sport et ses cours d’école ont vu grandir une génération qui ignorait encore que plusieurs des siens porteraient, quelques décennies plus tard, les responsabilités les plus élevées de l’État camerounais.En 1990-1991, dans la Terminale D1, (nous avions 2 classes de terminale D, une terminale C, une terminale A Allemande et une terminale A Espagnole), au Lycée Classique et Moderne de Sangmélima, rien ne distinguait véritablement ces adolescents des milliers d’autres élèves du pays. Ils partageaient les mêmes inquiétudes, les mêmes ambitions, les mêmes rêves parfois démesurés. Ils vivaient une époque où le Cameroun entrait dans une séquence politique décisive, tandis que chacun cherchait sa propre voie.Avec le recul, cette classe apparaît comme bien davantage qu’une simple promotion scolaire. Elle fut un laboratoire de caractères, une école de la persévérance et, pour plusieurs de ses membres, le premier apprentissage du sens des responsabilités. C’est dans ce creuset que s’est forgée une génération dont les trajectoires témoignent aujourd’hui de la diversité des engagements au service de la nation.Parmi ces visages familiers, un nom s’impose désormais avec une évidence tranquille : Raymond Jean-Charles Beko’o Abondo, que ses camarades appelaient simplement « Charles ». Je me permets donc de parler du camarade que je connais que j’appellerai « Charles » et j’invite d’autres de nos compagnons de route à me rappeler les souvenirs qui ont pu m’échapper.La promotion de « Charles » au grade de Général de Brigade ne constitue pas seulement une réussite individuelle. Elle invite à relire une histoire collective, celle d’une jeunesse qui a appris très tôt que le véritable leadership ne se mesure ni au bruit que l’on fait, ni aux honneurs que l’on reçoit, mais à la constance avec laquelle on demeure fidèle à ses engagements.Saint Ignace de Loyola, ancien officier devenu maître du discernement spirituel, écrivait : « Ce n’est pas beaucoup savoir qui rassasie l’âme, mais sentir et goûter intérieurement les choses. » Cette maxime éclaire singulièrement le parcours de Raymond Jean-Charles Beko’o Abondo. Car les grandes carrières militaires ne sont pas seulement le produit de l’intelligence ou de la discipline ; elles sont aussi le fruit d’une vie intérieure, d’une capacité à demeurer fidèle à soi-même lorsque les circonstances changent.Dans les armées comme dans les grandes institutions de l’État, le caractère précède toujours le commandement.Ceux qui ont connu Charles adolescent ne parlent pas d’abord de ses résultats scolaires ni même de ses ambitions. Ils évoquent spontanément son calme, sa retenue, son sens de l’écoute et cette loyauté qui inspirait la confiance. Il appartenait à cette catégorie rare d’hommes dont l’autorité naît naturellement de la cohérence entre les paroles et les actes.Cette fidélité n’est pas une qualité secondaire ; elle est le fil conducteur de toute une existence. Fidélité à ses camarades, fidélité à ses maîtres, fidélité à ses racines, fidélité enfin à la République qu’il a choisie de servir.Charles de Gaulle rappelait que « la véritable école du commandement est la culture générale ». On pourrait ajouter qu’elle est aussi la mémoire. Un chef est d’autant plus solide qu’il n’oublie jamais d’où il vient.Le Général Raymond Jean-Charles Beko’o Abondo semble appartenir à cette lignée d’hommes qui considèrent leurs origines non comme un souvenir, mais comme une responsabilité permanente. C’est sans doute là que réside la véritable grandeur : continuer de marcher vers les sommets sans jamais cesser d’entendre les voix de ceux avec lesquels tout a commencé. II. Une génération, une fraternité, une mémoire vivanteUne promotion ne se résume jamais à une liste de noms inscrits sur un registre administratif. Elle est une communauté de destins en devenir. Plus de trente ans après avoir quitté les bancs du Lycée Classique et Moderne de Sangmélima, les anciens de la Terminale D1 continuent d’habiter une mémoire commune, faite de complicités, de défis, de réussites et d’absences. Les années ont dispersé les uns à Yaoundé, Douala, Paris, Bruxelles ou Athènes ; elles n’ont pourtant jamais rompu le fil invisible qui les relie.Dans cette constellation de personnalités, Raymond Jean-Charles Beko’o Abondo n’était ni le plus démonstratif, ni le plus bavard. Il appartenait à cette catégorie d’hommes qui préfèrent laisser les actes parler à leur place. Son autorité naissante ne procédait ni de la recherche de l’influence, ni de la volonté de dominer ; elle émanait naturellement de son équilibre, de sa rectitude et de sa capacité à inspirer confiance. Ceux qui l’ont connu adolescent retrouvent aujourd’hui chez le général les mêmes qualités qui distinguaient déjà le camarade de classe.Josiane Abossolo, aujourd’hui responsable d’une structure sociale à Paris, garde de lui un souvenir d’une remarquable constance. Ses mots sont simples, mais ils disent l’essentiel : « Raymond était de ceux qui ne parlaient pas beaucoup, mais dont la présence disait déjà la fidélité. Il avait cette manière de se tenir, droite, calme, qui donnait confiance. »Le témoignage vaut davantage qu’un compliment. Il révèle une vérité souvent oubliée : les qualités qui fondent les grands serviteurs de l’État se manifestent bien avant les décorations, les responsabilités et les galons. Elles prennent racine dans l’éducation, dans le rapport aux autres et dans cette discipline intérieure qui ne recherche jamais l’effet.Saint Ignace de Loyola, capitaine devenu maître spirituel, recommandait à ceux qui exercent une responsabilité de cultiver d’abord la maîtrise d’eux-mêmes. Cette intuition demeure d’une étonnante modernité : on ne commande durablement qu’à la mesure de la victoire remportée sur ses propres passions. Le commandement n’est pas un privilège ; il est une ascèse.Cette fidélité à soi-même se lit également dans le témoignage de Guy Mbeng Angoula. Les deux anciens camarades s’étaient perdus de vue avant de se retrouver à Bruxelles, loin des collines de Sangmélima et des souvenirs du lycée. Rien pourtant

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64e JFA : le Cameroun réarme les femmes pour leur devoir social

Le Cameroun s’est joint le 31 juillet 2026 à la communauté internationale pour commémorer la 64e édition de la Journée de la Femme Africaine (JFA). Ledit évènement s’est tenu à l’esplanade arrière du Conseil Régional du Centre sur le thème « Action des femmes pour un assainissement sûr, des communautés en paix et de meilleures conditions de vie.» Occasion a ainsi été donné de célébrer le rôle historique des femmes africaines dans la lutte pour les indépendances et leur contribution au développement et à la paix sur le continent. Madame Abena Ondoa née Obama Marie Thérèse, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille a par ailleurs saisi l’opportunité pour porter la cause de la gente féminine nationale devant la conscience collective. Notamment pour ce qui est de l’accès aux infrastructures d’eau potable, d’hygiène et d’assainissement; de promouvoir la contribution de ces dernières au développement durable de l’économie ; le renforcement du plaidoyer en faveur de la participation effective de celles-ci à la consolidation de la paix et à la construction des sociétés justes, résilientes et inclusives, entre autres. « L’accent mis par l’Union africaine sur l’eau et l’assainissement reflète la reconnaissance croissante à l’échelle du continent, du fait que la gestion durable des ressources en eau est essentielle à la croissance économique, à l’industrialisation, à la création d’emplois et à la transformation sociale de l’Afrique», souligne-t-elle. Ce qui suffit à mettre un doigt dans la réalité sociale du manque d’eau habituels dans certaines localité du pays ; et qui place la femme en première ligne d’un combat social quotidien. Elle qui connait les dur labeurs de la recherche d’eau potable, parfois sur plusieurs kilomètres, pour répondre aux besoins familiaux. «Elles ont un rôle à jouer. Il faut bien éduquer les enfants leur apprendre le B-A-BA de l’hygiène et la salubrité. Surtout, nous sommes dans une situation assez critique en matière d’insécurité, nous saisissons cette occasion pour demander aux parents de jouer leur rôle d’éducateurs. Nous ne souhaitons pas voir les enfants exposés à cette période de vacances à des risques de violence. La situation est difficile mais il ne faut pas envoyer un petit enfant, une petite fille dans la rue seul pour vendre ou qu’elle fasse des commissions à des heures indues», a déclaré le membre du gouvernement pour rétablir toute la responsabilité sociale et familiale des femmes. LN

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Le genre et l’intégration pris en otage à Yaoundé

Loin d’être une randonnée d’affaires au Cameroun, la Foire transfrontalière annuelle de l’Afrique centrale (FOTRAC) est ce moule de fabrique des femmes entreprenantes et autonomes, les retombées sont visibles. C’est une période bien chargée qui s’achève à Yaoundé. Femmes, jeunes, institutions nationales et internationales s’y sont retrouvé sollicités à divers lieux de la capitale pour divers évènements liées à l’économie sociale, familiale et artisanale. La 17e édition de la Foire transfrontalière d’Afrique centrale (FOTRAC) a servi de précurseur à un trio de rendez-vous s’articulant autour de la promotion des produits locaux. Celle-ci a couru du 24 au 31 juillet 2026 au Stade Ahmadou Ahidjo, dans le 5e arrondissement de la capitale. Ladite Foire s’est tenue presque simultanément avec le Salon international de l’artisanat du Cameroun (SIARC), ouverte du 27 juillet au 05 août, et la Journée internationale de la femme africaine le 31 juillet. Trois concepts évènementiels qui ont au final tourné autour d’articulations identiques: des foire-exposition, des échanges, le réseautage et networking, des conférences, la culture; entre autres. Un problème se pose cependant qui touche à la visibilité des différentes organisations avec un impact sur le nombre de visites. Car sous les différents thèmes qui encadrent les différentes activités, la cible se referme principalement sur les femmes et les jeunes, principaux artisans de la petite économie; mais aussi cible principale des programmes et projets de structuration des filières en vue de reconversions vers le secteur formel. « La FOTRAC, édition spéciale à Yaoundé, a été un succès en termes de participation des institutionnels, partenaires techniques et financiers, administrations publiques et parapubliques, de diversité des exposants venus de différents pays. Seulement, il y’a comme un arrière-goût d’inachevé parce qu’en terme de visiteurs, nous n’avons pas été comblés. La première raison est le chevauchement de plusieurs foires. Ce serait donc l’occasion d’interpeller les différentes sectorielles afin qu’on ait un calendrier des foires; qu’il y’ait une concertation des différents organisateurs, que ce soit public, privé afin qu’il y’ait une harmonie. C’est se tirer la balle dans le pied que d’accepter que ça se passe comme ça. Même pour ceux qui ont les moyens de l’Etat, le rendu ne peut pas être atteint » indique Danielle Nlate, présidente du Réseau des actives de la CEMAC (REFAC). La même thématique de fondLe Salon international de l’artisanat du Cameroun (SIARC) est en à sa neuvième édition. L’évènement biennal porté par le ministère des Petites et moyennes entreprises, de l’Economie sociale et l’Artisanat (MINPMEESA) s’est tenu sur le thème : « Entre traditions et modernités : comment stimuler l’innovation artisanale ». Ici aussi, la baisse du nombre de visiteurs est une variable non anticipée, quoique l’évènement est resté très couru. « Je suis lauréate au SIARC ; Je suis de la filière transformation plus précisément la transformation du manioc pour l’agroalimentaire, la savonnerie et la cosmétique. Les produits qui m’ont porté à la compétition c’est le savon et le gel de douche à base de manioc. C’est ma première participation au SIARC. J’ai trouvé du sérieux et lors des séminaires, nous avons été bien édifiés sur toutes les étapes pour quitter du petit artisan à l’industriel». Le Salon est ouvert aux artisans africains de tout bord. Le génie algérien, ivoirien, marocain, béninois, malien, sénégalais, et congolais, s’est de ce fait mis en valeur à cette 9e édition. Ce qui réfère au final à la même problématique de l’intégration. Laquelle a été largement mise en exergue dans le cadre de cette 64e Journée internationale de la Femme africaine ; qui, au-delà des évènements institutionnels a donné lieu à plusieurs journées de foire-exposition à l’Hôtel de ville de Yaoundé. «Nous avons eu le privilège d’avoir ici des femmes venant des pays de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) qui ont participé à une autre activité qui tourne autour de cette 64e édition. Nous interpellons les femmes pour qu’elles sachent qu’elles ont un rôle majeur à jouer sur le développement de l’Afrique, la promotion de la paix», déclarait la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Dr Abena Ondoa Marie Thérèse. Un important dispositif logistique est pourtant mis en branle de part et d’autres pour offrir un cadre d’affaires décents et convivial à tous. Lequel est soutenu par d’importants financements. Face aux exigences de telles organisations et l’ampleur des objectifs non atteints, des voix se lèvent pour réclamer une meilleure programmation des foires, salons, et autres programmes évènementiels. «Nous proposons la date au cours de la réunion qui se tient toujours en début d’années, comme cette fois-ci elle a eu lieu en février, mais la date était déjà annoncée en janvier. Elle a été validée en février au cours de la réunion du Comité interministériel élargi au secteur privé. Les autres sectoriels prennent part à cette réunion et sont donc informées de dates retenues mais à un moment, on constate qu’elles aussi choisissent à peu près la même période», explique Danielle Nlate; dont les regards se portent désormais vers de futures échéances. LN

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FOTRAC 2026: les femmes tchadiennes du Logone Occidental à l’assaut de Yaoundé, clap de fin sur la 17e édition

L’évènement porté sur l’intégration économique des femmes entreprenantes d’Afrique centrale s’est achevé sur un bilan mitigé mais une vision expansionniste affirmée. Les rideaux se levées le 31 juillet 2026 sur la Foire transfrontalière d’Afrique centrale (FOTRAC 2026). L’évènement aura mobilisé à Yaoundé une centaine d’entrepreneures du Cameroun, de la Centrafrique, du Congo, de la République démocratique du Congo, de la Guinée Equatoriale, du Gabon, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Tchad, entre autres, autour de la promotion de leur savoir-faire, du renforcement des capacités et des activités de réseautage et de networking. « C’est un lieu de rencontres multisectorielles, où les gens manifestent leur désir de partager les expériences, de promouvoir les autres humains. Vous avez vu des dynamiques venues d’Afrique centrale et de l’Ouest, de la diaspora, et même des expatriés de certains pays d’Europe, les officiels. Donc c’est le lieu donner et du recevoir; le but ici c’est de vendre l’image de ces produits, sa structure et pouvoir nouer le maximum de relations pour pouvoir en permanence échanger. Aujourd’hui avec le numérique, tout est possible donc nous sommes là pour faciliter les échanges avec tous les partenaires qui travaillent sur ce volet, des institutions continentales, régionales, nationales, les associations. Il y’a un pan de l’économie sociale et familiale qui est mis en exergue. C’est un pan des populations de notre sous-région qu’on ne doit pas négliger car très présent dans le commerce transfrontalier et le développement local », souligne Danielle Nlate, présidente du Réseau des femmes actives de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (REFAC). La FOTRAC s’est délocalisée pour sa 17e édition. Elle a quitté sa mythique place de la zone des trois frontières à Kye-Ossi pour apprivoiser Yaoundé, la capitale camerounaise. Un changement qui, bien que stratégique pour l’avenir de la FOTRAC, s’est ressenti sur les faibles quotas de visites. «Le plus important d’habitude c’est le fait de se rencontrer, et personnellement, il y’a des Sénégalais que j’ai connu ici. C’est important aussi de vendre. D’avoir un certain budget au minimum parce que quand on vient ici, on vient avec des bagages, des billets d’avion, des logements, et on des frais de déplacement et autres. C’est très important de vendre parce que sans argent je ne serai pas là aujourd’hui ; mais je ne dirai pas que c’est l’objectif majeur. Le plus important était d’avoir des partenaires et la clientèle aussi. MOI c’est ma première fois ici et c’était une opportunité pour moi de connaitre les Camerounais, de savoir un peu ce qu’ils veulent et aiment. Je ne dirai pas que j’ai appris beaucoup de choses mais j’ai rencontré quelques potentiels partenaires, peut-être avec le temps ça va venir», Maya Cissé, artisane spécialisée dans la confection de vêtements brodés et la cosmétique. Une ambition continentaleSomme toute, la FOTRAC 2026 a mis en lumière les ambitions expansionnistes du Réseau des femmes actives de la CEMAC (REFAC). Des mutations vers une Foire transfrontalière d’Afrique s’y sont profilées. « Bien que mitigé, le résultat est joyeux et nous sommes motivés pour continuer à travailler de manière à ce que la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) soit une réalité, parce que c’est la clé du développement », martèle Danielle Nlate. Et pour poursuivre la tangente amorcée, le REFAC sait pouvoir compter sur les acquis des dix-sept dernières années. Notamment: une libre-circulation qui connait quelques améliorations dans l’espace communautaire; un réseau d’associations de femmes, et de jeunes structuré. A cela s’ajoute l’implication de la diaspora. « Nous essayons de créer des ponts avec les entreprises occidentales qui veulent venir s’implanter en Afrique. Nous voulons favoriser ces échanges économiques qui tournent le plus souvent vers le transfert des technologies. Nous sommes intervenus dans le cadre de la FOTRAC pour voir ce que la diaspora peut apporter dans le cadre du développement socio-économique. Il est question de se questionner sur les attentes des populations locales parce qu’aujourd’hui c’est le développement local qui est la clé de tout. Et quand on en parle, on pense à l’artisanat et là, il y a un problème qui revient : la structuration. L’argent est disponible, mais il faut une structuration. Il y’a un gros problème d’expertise, de formation, de renforcement des capacités c’est pourquoi les outils comme la FOTRAC sont louables », affirme Joseph Tsiefack, CEO de la société Transcontinental business services and consulting. Ses propos ouvrent de nouveaux champs d’actions d’accompagnement de la Foire transfrontalière d’Afrique centrale. Louise Nsana

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Le 7 août ne doit pas devenir la fête d’un homme

La date, marquant l’indépendance octroyée à la Côte d’Ivoire en 1960, sera célébrée cette année à Yopougon. Cette journée devrait être un moment de mémoire nationale, un temps de recueillement et de reconnaissance envers toutes celles et tous ceux qui, par leur engagement, leurs sacrifices et leur courage, ont contribué à mettre fin à la domination coloniale et à ouvrir la voie à la souveraineté du pays. Elle devrait également être l’occasion de réfléchir au chemin parcouru depuis 1960 et aux défis qui restent à relever pour bâtir une nation plus juste, plus libre et plus prospère. Une déclaration du maire de Yopougon, Adama Bictogo, est venue détourner le sens de l’événement. En affirmant que « Yopougon est debout pour rendre hommage à ADO », il a transformé une commémoration de la nation en une célébration de la personne du chef de l’État. Une déclaration du maire de YopougonUne telle déclaration révèle une conception du pouvoir qui confond la République avec un homme. Elle donne l’impression que, pour certains militants du RDR-RHDP, la Côte d’Ivoire se résume à Alassane Ouattara, comme autrefois le roi Louis XIV résumait l’État à sa propre personne lorsqu’il affirmait: « L’État, c’est moi. » Dans une démocratie digne de ce nom, aucune personnalité politique, aussi influente soit-elle, ne peut prétendre incarner à elle seule toute une nation. La déclaration de M. Bictogo ne fait finalement que confirmer ce que beaucoup d’observateurs dénoncent depuis plusieurs années: l’extrême concentration du pouvoir entre les mains d’Alassane Ouattara. Les principales institutions du pays semblent fonctionner sous son influence. La justice est régulièrement accusée de manquer d’indépendance. Les médias publics sont souvent critiqués pour leur traitement déséquilibré de l’information politique. Les forces de défense et de sécurité sont perçues comme étroitement liées au pouvoir exécutif. Quant aux grandes décisions économiques, elles paraissent toutes graviter autour de la volonté présidentielle. Cette personnalisation excessive du pouvoir constitue un danger pour toute démocratie. Les institutions existent précisément pour empêcher qu’un individu, aussi compétent soit-il, ne concentre tous les leviers de commande. Lorsqu’un régime encourage le culte de la personnalité, il affaiblit progressivement l’esprit critique des citoyens et réduit la vie publique à l’adoration d’un chef plutôt qu’au débat d’idées. La Côte d’Ivoire n’est pas Alassane Ouattara. Ce pays existait bien avant son arrivée au pouvoir. Il existait sous Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, le général Robert Guéï, Laurent Gbagbo et continuera d’exister après le départ de Ouattara. Les institutions de la République sont plus importantes que les hommes appelés à les diriger. L’opportunité de célébrer un dirigeantAu-delà de cette question de principe, on peut s’interroger sur l’opportunité de célébrer un dirigeant dont le bilan demeure fortement contesté. Certes, des infrastructures ont été réalisées. Mais beaucoup estiment que les routes et les ponts, aussi utiles soient-ils, ne sauraient à eux seuls constituer la mesure du développement d’un pays. Le développement se juge également à la qualité de l’éducation, des soins de santé, de la justice, de l’emploi, du pouvoir d’achat et des libertés publiques.Or la dette publique s’est considérablement accrue au fil des années. Le coût de la vie continue de peser lourdement sur les ménages. L’augmentation du prix du carburant entraîne celle des transports et des produits de première nécessité. De nombreuses familles peinent à joindre les deux bouts tandis que les écarts de richesse se creusent davantage.Les critiques portent aussi sur la situation des libertés publiques. Plusieurs citoyens sont poursuivis ou emprisonnés pour leurs opinions ou leurs activités politiques. Quelles que soient les positions partisanes de chacun, une démocratie solide ne peut durablement prospérer sans garantir la liberté d’expression, le pluralisme politique et une justice indépendante. Le paradoxe d’un pays qui investitBeaucoup s’interrogent également sur le paradoxe d’un pays qui investit des sommes considérables dans certaines infrastructures alors que ses plus hauts responsables continuent souvent de se faire soigner à l’étranger. Une véritable politique de développement devrait permettre à chaque citoyen, quel que soit son rang social, d’avoir confiance dans les hôpitaux de son propre pays.Le 7 août ne devrait donc pas servir à glorifier un homme ou un parti politique. Cette date appartient à tous les Ivoiriens. Elle est le patrimoine commun de la nation. Elle rappelle le combat des pionniers de l’indépendance et l’espérance de générations entières qui rêvaient d’une Côte d’Ivoire libre, souveraine et fraternelle.Libre au RDR-RHDP d’organiser des manifestations en l’honneur de son leader dans le cadre de ses activités partisanes. Mais la fête nationale mérite de rester au-dessus des intérêts politiques. Elle doit demeurer un moment d’unité, de réflexion et d’introspection collective. Le plus bel hommage que les Ivoiriens puissent rendre aux artisans de l’indépendance n’est pas de célébrer un dirigeant, quel qu’il soit. C’est de se demander honnêtement si le pays avance dans la bonne direction, si les institutions servent véritablement le peuple, si la justice est rendue de manière équitable, si les libertés sont garanties et si la prospérité profite au plus grand nombre. Car une nation ne grandit pas en adorant des hommesElle grandit en respectant ses institutions, en protégeant les libertés de ses citoyens et en poursuivant sans relâche le bien commun. Jean-Claude Djéréké

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