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Tidjane Thiam : quelle politique, finalement ?

Tidjane Thiam, ce « général » qui, selon ses détracteurs, aurait une peur bleue de la prison, que veut-il finalement ? La question mérite d’être posée après la lecture du message qu’il a adressé aux militants du PDCI-RDA à l’occasion du 66e anniversaire de l’accession de la Côte d’Ivoire à la souveraineté nationale. Dans ce message, Tidjane Thiam rend hommage aux anciens chefs d’État ivoiriens, mais Laurent Gbagbo en est curieusement absent. Oubli involontaire ? Oubli volontaire ? Difficile de le savoir. Mais, en politique, les silences parlent parfois autant que les déclarations. Et, lorsqu’un responsable politique choisit de citer certains anciens présidents et d’en passer un autre sous silence, il est légitime de s’interroger sur le message qu’il veut faire passer. Faut-il y voir le signe d’une volonté de renouer avec le RDR et, plus largement, avec le pouvoir actuel ? Certains le pensent. Ce rapprochement serait pourtant lourd de signification pour l’histoire du PDCI. Il faut rappeler que le RDR est issu d’une scission du PDCI en 1994. Plus tard, dans le contexte de la crise politique ivoirienne, les deux formations se rapprocheront. En 2005, la France de droite avait fortement œuvré au rapprochement des forces politiques qui allaient constituer le socle de l’opposition à Laurent Gbagbo. Cette alliance conduira finalement à l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir en 2011. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Le PDCI et le RDR, devenus respectivement les principales composantes de l’alliance RHDP, finiront par se séparer. Le 17 juillet 2018, Henri Konan Bédié annonçait la rupture de l’alliance, estimant notamment qu’Alassane Ouattara n’avait pas tenu l’engagement qu’il lui aurait fait de favoriser une alternance en 2020.Dans ce contexte, l’attitude actuelle de Tidjane Thiam mérite d’être scrutée avec attention. Laurent Gbagbo a dirigé la Côte d’Ivoire de 2000 à 2011. C’est un fait historique, que l’on soit favorable ou hostile à son action politique. L’ignorer dans un hommage aux anciens présidents de la République ne relève donc pas d’une simple omission protocolaire. C’est une faute politique. Pour certains, cela peut même apparaître comme une volonté délibérée d’effacer un adversaire politique de l’histoire nationale. Point n’est besoin d’être pro-Gbagbo pour dénoncer cette attitude. La politique ne devrait pas conduire à réécrire l’histoire en fonction des alliances du moment. On peut combattre Laurent Gbagbo, critiquer son bilan, contester ses choix politiques et ne pas partager ses convictions, tout en reconnaissant qu’il a exercé la fonction de président de la République. Une démocratie adulte exige précisément cette capacité à distinguer l’adversaire politique de l’histoire du pays. Le comportement de Tidjane Thiam interroge d’autant plus qu’il donne l’impression d’avoir multiplié les alliances au gré des circonstances. En mars 2025, il se retrouvait aux côtés de Simone Ehivet dans la Coalition pour l’alternance pacifique-Côte d’Ivoire (CAP-CI). Quelques mois plus tard, le 19 juin 2025, il participait à la mise en place d’un front commun avec Laurent Gbagbo et le PPA-CI. Et, aujourd’hui, son discours semble ouvrir d’autres perspectives. Que faut-il comprendre de ces changements successifs ? S’agit-il d’une stratégie politique mûrement réfléchie ou simplement d’une succession de calculs destinés à parvenir au pouvoir ? Car le problème de Tidjane Thiam n’est peut-être pas seulement celui de ses alliances. Il est aussi celui de la lisibilité de son projet politique. Un homme qui aspire à diriger un pays doit pouvoir dire clairement ce qu’il pense, défendre ses convictions et assumer ses choix, y compris lorsqu’ils sont difficiles.Or, à force de donner le sentiment de s’accommoder de toutes les alliances possibles pour atteindre son objectif, Thiam risque de convaincre ses adversaires qu’il n’a qu’une seule véritable conviction: conquérir le pouvoir. Son discours prononcé à l’occasion de la célébration des 80 ans du PDCI-RDA avait déjà suscité des interrogations. Ce discours ressemblait davantage à un acte de soumission envers Alassane Ouattara qu’à la parole d’un chef de parti déterminé à défendre ses convictions. Si cette attitude avait pour objectif d’obtenir la possibilité de rentrer en Côte d’Ivoire, elle soulève alors une question encore plus grave : peut-on prétendre diriger un pays lorsqu’on doit se prosterner devant celui dont on dénonce pourtant le système pour obtenir le droit de rentrer dans son propre pays ?La scène est, en effet, politiquement troublante: une personnalité politique qui aspire à exercer les plus hautes fonctions de l’État se retrouve contrainte de rechercher la bienveillance de celui qu’elle devrait pouvoir affronter politiquement à visage découvert. Une telle situation peut susciter de la compassion, mais elle peut aussi nourrir le doute sur la détermination et le courage de celui qui veut devenir président. La Côte d’Ivoire n’a pas besoin d’un homme qui change de discours au gré des circonstances. Elle a besoin de dirigeants capables d’assumer leurs convictions, leurs alliances et leurs décisions. Elle a surtout besoin d’hommes et de femmes qui comprennent que la conquête du pouvoir n’est pas une fin en soi. Gouverner, c’est porter une vision, défendre une conception de la société et accepter les sacrifices que cela implique.Tidjane Thiam finira-t-il par donner raison à ceux qui le présentent comme un opportuniste plutôt que comme un homme d’État ? Il lui appartient de démontrer le contraire. Pour cela, il devra clarifier sa ligne politique, expliquer ses choix et surtout montrer qu’il existe, derrière les calculs électoraux et les rapprochements successifs, une véritable conviction.Car la Côte d’Ivoire mérite des dirigeants qui savent où ils vont et pourquoi ils y vont. Jean-Claude Djéréké

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Nominations dans le septentrion : la représentativité confessionnelle au banc d’essai

Les récentes nominations au Sénat et dans certaines entreprises publiques ravivent un débat ancien : celui de la place des différentes composantes religieuses et socioculturelles du Grand Nord dans les hautes fonctions de l’État. « On ne voit jamais nos frères chrétiens ou animistes occuper ces postes », déplore Jean-Benoît, commerçant originaire de l’Adamaoua, assis dans sa boutique du marché central de Yaoundé. Pour lui, la répétition des mêmes profils dans les instances publiques nourrit un sentiment de marginalisation. Du coup, le débat prend une autre tournure. « Les nominations doivent se baser sur la compétence », affirme Halimatou, étudiante en sciences politiques venus acheter des gadgets de sport pour son association. « Mais il est vrai que la diversité de notre région devrait aussi être reflétée. Sinon, cela crée des frustrations inutiles ».Un vieux débatLa question de la représentativité confessionnelle dans le Septentrion remonte aux premières décennies post-indépendance. Des hommes politiques originaires de cette région dont le défunt Daikolé Daïssala, président fondateur du Mouvement Démocratique pour la Défense de la République (MDR), un parti politique dont l’une des missions était de lutter pour une meilleure représentativité des chrétiens et animistes du Septentrion dans les cercles du pouvoir, avait plaidé pour une meilleure prise en compte des populations non musulmanes dans les sphères décisionnelles. Pour le docteur Waldé Enoc, politologue, « les débats actuels traduisent la persistance d’un sentiment de marginalisation. Mais attention : une lecture trop confessionnelle des nominations risque de renforcer les clivages identitaires dans une région déjà fragile. Le Grand Nord est une région de grande diversité religieuse. Depuis 1960 les chrétiens et animistes nordistes sont restés marginalisés dans le pouvoir de nominations ». Pour le chercheur, « La marginalisation dénoncée n’est pas seulement religieuse, elle est sociopolitique. Dans la répartition des postes ministériels ou de directions générales, le pouvoir central privilégie des figures musulmanes pour incarner la représentativité du Nord. Les postes de Gouverneurs, Recteurs, PCA, Préfets, DAG dans des ministères, issus du Nord ont été pendant des années confiés à l’élite musulmane qui à son tour ne promeut que des figures issues de ses cercles. Bien que des progrès soient visibles, le sentiment d’être des citoyens de seconde zone au sein de des régions septentrionales reste un puissant moteur de frustration politique ». Entre exclusion et cohésionPourtant, plusieurs organisations de la société civile estiment que les récentes désignations, notamment celle du Lamido de Maroua au conseil d’administration de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), renforcent l’idée d’une concentration des responsabilités. « Quand les mêmes cercles sociopolitiques monopolisent les postes, cela alimente la défiance », souligne Mariam, membre du Cercle des Élèves et Étudiants de Tokombéré à Yaoundé (CEEATOK). « Dans un contexte où le Septentrion fait face à des défis sécuritaires et économiques majeurs, il est crucial que les institutions soient perçues comme inclusives. La transparence sur les critères de nomination pourrait réduire les suspicions ». Au-delà de la polémique, la controverse révèle une interrogation persistante : comment concilier mérite, représentativité et unité nationale dans un pays marqué par une forte diversité culturelle et religieuse ?Pour beaucoup de jeunes issus du Septentrion, la réponse passe par une meilleure communication des autorités et une attention accrue à la diversité des profils. « Si les critères étaient expliqués clairement, les frustrations diminueraient », estime Jean Hassan, étudiant en droit à l’université de Yaoundé II. En attendant, les conversations continuent de s’animer dans les marchés, les cafés et les campus du Septentrion. Elles traduisent une attente forte : celle d’un équilibre durable, capable de renforcer la confiance des populations dans leurs institutions. Tom

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Journée de la Femme Africaine : Yaoundé, capitale glamour de l’Afrique centrale

Entre étoffes éclatantes, saveurs du bassin du Congo et sacres symboliques, les femmes d’Afrique centrale ont rappelé qu’une culture vivante est aussi un levier de pouvoir. Les podiums ne racontent pas toujours la mode. Parfois, ils racontent un continent. À l’occasion de la 64ᵉ Journée de la Femme africaine, le 31 juillet 2026 à Yaoundé, les talons ont davantage résonné comme des manifestes que comme de simples accessoires. Ici, le wax dialogue avec le raphia, les perles croisent les fibres végétales, les coiffes ancestrales tutoient les silhouettes contemporaines. Pendant une journée, l’esplanade du Conseil régional du Centre et la salle des fêtes Ongola Samba se sont transformées en une immense scène où l’Afrique centrale s’est racontée à travers ses femmes. Originalité Pas de folklore figé sous cloche. Plutôt une démonstration vivante d’un patrimoine qui refuse de devenir une simple carte postale. Les délégations venues des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) ont investi les lieux avec leurs couleurs, leurs rythmes et surtout leurs cuisines. Car les cultures se dégustent autant qu’elles s’admirent.Sous les pavillons nationaux, les visiteurs passaient d’un pays à l’autre sans franchir de frontière. Le manioc se déclinait sous plusieurs formes, les sauces rivalisaient de caractère, les épices racontaient des histoires anciennes de commerce, de migrations et de métissages. Chaque stand devenait une ambassade où la diplomatie s’exerçait à coups de recettes familiales jalousement transmises. Dans un monde où les identités se standardisent à la vitesse des réseaux sociaux, cette exposition avait quelque chose d’une résistance tranquille. Derrière chaque plat, chaque pagne, chaque bijou, se cachait une mémoire collective. Une façon de rappeler que le patrimoine culturel ne se limite pas aux musées ; il continue de vivre dans les gestes quotidiens des femmes.La mode, elle aussi, avait quitté les vitrines pour redevenir un langage. Les étoffes racontaient les terroirs, les broderies évoquaient des appartenances, tandis que les accessoires faisaient dialoguer artisanat traditionnel et création contemporaine. Les stylistes présents n’ont pas seulement habillé des silhouettes ; ils ont donné une nouvelle respiration à des savoir-faire parfois menacés par la production industrielle. Dans les allées, les smartphones immortalisent les tenues, mais les regards s’attardent surtout sur celles qui les portent. Les femmes deviennent les premières conservatrices d’un patrimoine qu’elles continuent d’inventer. Elles prouvent que tradition ne signifie pas immobilisme.Cette célébration culturelle avait également une portée économique. Derrière les tissus, les bijoux ou les produits gastronomiques se dessine tout un écosystème d’artisanes, de couturières, de créatrices, de transformatrices agricoles et de commerçantes. Invisible mais essentielle Une économie souvent invisible dans les statistiques mais essentielle dans la vie quotidienne de millions de familles d’Afrique centrale.Les visiteurs ne venaient pas uniquement acheter ; ils échangeaient des recettes, des techniques de tissage, des secrets de fabrication ou encore des histoires de transmission familiale. Les pavillons devenaient ainsi des espaces où circulaient autant les idées que les produits. Puis vint le moment des distinctions « Place à la Femme ». L’exercice aurait pu sombrer dans la cérémonie protocolaire. Il s’est voulu au contraire un hommage aux parcours féminins qui façonnent discrètement la société. Femmes entrepreneures, responsables associatives, promotrices culturelles ou figures du développement local : toutes rappellent que les transformations profondes commencent rarement dans les grands amphithéâtres. Mais le temps fort de la soirée restait sans doute l’élection de la Reine d’Afrique 2026. Oubliez les concours calibrés où la jeunesse constitue le principal critère. Ici, les candidates ont plus de quarante ans. Elles revendiquent leurs expériences, leurs engagements et leur maturité comme autant d’atouts.Le concept bouscule les codes habituels de la beauté. Il célèbre des femmes dont les parcours racontent la résilience, l’entrepreneuriat, l’engagement communautaire et le leadership. La couronne devient alors moins un accessoire qu’un symbole. Le message est limpide : la beauté ne disparaît pas avec les années ; elle change simplement de langage. Elle s’exprime dans la confiance, dans la capacité à inspirer les autres, dans l’expérience accumulée plutôt que dans les seuls critères esthétiques.Dans une société où les femmes de plus de quarante ans deviennent souvent invisibles dans les campagnes publicitaires ou les concours classiques, cette initiative agit comme un contre-pied. Elle rappelle que l’influence ne se mesure ni au nombre d’abonnés ni à l’âge inscrit sur une carte d’identité.Au-delà du spectacle, cette journée culturelle résonnait avec le thème de la Journée de la Femme africaine : renforcer la place des femmes dans les dynamiques de développement, tout en protégeant les patrimoines matériels et immatériels du continent.Pour les organisateurs, impossible de dissocier culture et autonomisation économique. Derrière chaque objet d’art, chaque pagne tissé ou chaque spécialité culinaire se cache une filière susceptible de créer des emplois, notamment pour les femmes et les jeunes.La culture cesse alors d’être une dépense de prestige pour devenir un investissement productif. Discours Présente à cette célébration, Pr Marie-Thérèse Abena Ondoa, ancienne ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille et figure engagée pour les droits des femmes, a insisté sur cette dimension de transmission.« La culture est notre première richesse. Une femme qui connaît son histoire, qui valorise ses traditions et qui transmet son patrimoine participe pleinement au développement de son pays. Préserver nos cultures, c’est aussi construire l’avenir de nos enfants. »À ses yeux, la Journée de la Femme africaine dépasse largement le cadre commémoratif.« Les femmes d’Afrique centrale portent une immense responsabilité : préserver nos identités tout en accompagnant la modernité. Elles savent concilier héritage et innovation. C’est cette force qui doit être reconnue et encouragée. »Le propos trouve un écho particulier dans une région où les industries culturelles peinent encore à révéler tout leur potentiel économique malgré une créativité foisonnante.Car derrière les défilés et les chants traditionnels se profile une question bien plus sérieuse : comment transformer cette richesse culturelle en véritable moteur de croissance ?L’Afrique centrale possède des textiles, des savoir-faire culinaires, des objets d’art, des danses, des musiques et des récits capables de séduire bien au-delà de ses frontières. Encore faut-il structurer les filières, protéger la propriété intellectuelle des créateurs et

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Interview du Ministre de la Communication : « Le président va bientôt rentrer »

Face aux rumeurs persistantes sur l’absence prolongée de Paul Biya, le ministre de la Communication a accordé une interview à RFI ce lundi 3 aout. Il réfute toute idée de vacance du pouvoir et appelle à une lecture rigoureuse de la Constitution. Interrogé sur les demandes de l’opposition, le ministre tranche : « la question de la vacance à la tête de l’État ne devrait pas se poser d’abord pour la simple raison que cette question est bel et bien encadrée par notre constitution qui précise clairement les conditions à partir desquelles on peut parler de vacance de pouvoir ». Il rappelle que seules les situations de « décès, de démission, d’empêchement définitif » peuvent être constatées par le Conseil constitutionnel. « Nulle part on ne parle de séjour prolongé », insiste-t-il, reprochant aux juristes de l’opposition une « lecture manifestement biaisée » de la loi fondamentale. Sur la question du retour du chef de l’État, le ministre reste prudent : « je ne peux pas vous dire avec exactitude quand est-ce que le président Paul Biya revient. Et même si je le savais, il ne m’appartient pas de l’annoncer ici. Je peux au moins me permettre de vous dire qu’il revient très bientôt ». Une formule qui vise à rassurer, tout en maintenant le flou sur le calendrier.René Sadi insiste sur la continuité de l’État : « même à l’absence du Président de la République, les institutions de notre pays fonctionnent normalement. Les principaux responsables de l’administration vaquent à leurs occupations. Et c’est la preuve que notre pays est stable ». Il reconnaît néanmoins l’inquiétude des citoyens : « Les gens sont contents quand leur président est là. C’est le père de la nation. Et quand le père est absent ça peut préoccuper les membres de la famille ». Mais il relativise : « il peut s’absenter pour des raisons indépendantes de sa volonté… en s’assurant que la famille continue de fonctionner normalement ». Enfin, le ministre clarifie la situation médicale : « j’ai fait une intervention et j’ai bien précisé que le président était bel et bien à Genève mais qu’il n’était pas hospitalisé. J’ai aussi dit que le président peut juger de l’opportunité de saisir la présence de son séjour à Genève pour envisager quelques consultations simples ».Cette interview illustre la ligne de communication officielle : rassurer sans trop dévoiler. En affirmant que « le président va bientôt rentrer », le ministre cherche à couper court aux spéculations sur une vacance du pouvoir. Mais l’absence prolongée, conjuguée au silence sur la date exacte de retour, continue d’alimenter les interrogations. Dans un pays où chaque déplacement présidentiel devient un sujet politique majeur, la parole ministérielle apparaît comme un exercice d’équilibriste : maintenir la confiance tout en préservant l’opacité. Tom

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Bref séjour privé : Paul Biya, comme un serpent de mer

Près de 60 jours que le président de la République du Cameroun a quitté son pays pour un bref séjour privé en Europe. Depuis, des rumeurs les plus folles sur la santé du chef d’État persistent. Le cabinet civil de la présidence de la République et le Gouvernement donnent des assurances. Le concerné, comme à son habitude, ne se montre pas et ne s’entend pas. Les 30 millions de Camerounais attendent sans trop savoir qui croire dans cette guerre de l’information. Depuis le 7 juin, date de son départ pour un « court séjour privé en Europe », l’absence de Paul Biya alimente une floraison de spéculations. Dans les quartiers de Yaoundé, une question revient sans cesse : « Où est passé le président de la République ? » Les réseaux sociaux amplifient les rumeurs, les médias internationaux s’interrogent, et les Camerounais oscillent entre inquiétude et résignation. « Arrêtez de nous mentir »Le cinéaste et intellectuel camerounais Jean Pierre Bekolo jete un pavé dans la mare avec une sortie virulente sur ses réseaux sociaux. « Arrêtez de nous mentir, vous savez où est Paul Biya », écrit-il, dénonçant un théâtre politique où chacun joue un rôle sans jamais dire la vérité. Pour lui, « tout le monde sait que Paul Biya n’est pas simplement en Suisse », mais qu’il serait « dans des vacances dont on ne revient jamais ». Bekolo va plus loin, affirmant que « le poste est vacant », tout en accusant les institutions de fermer les yeux et les citoyens de « faire semblant ».Son propos, radical, traduit une exaspération face à ce qu’il appelle « le mensonge fondateur » de la politique africaine. En filigrane, il dénonce une société habituée à vivre dans le déni, où l’absence du président devient le symbole d’un système figé dans la comédie. « Le président se porte bien »À l’opposé, Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil de la présidence, prend la parole dans Jeune Afrique pour rassurer. « Le président se porte bien, suit normalement les affaires de l’État », déclare-t-il, évoquant des déjeuners à Évian, des nominations à la SNH et des dossiers en cours. Pour lui, il n’y a « pas de vide à la tête de l’État », rappelant que Paul Biya a toujours tenu le gouvernail, même dans les crises les plus graves : Bakassi, les tentatives de coup d’État des années 1980, la crise économique ou encore Boko Haram.Mais Ayolo ne se limite pas au volet sanitaire. Il adresse une mise en garde aux « ennemis de l’intérieur » qui anticipent l’après-Biya. « Certains au sein du sérail attendent ce départ, mais ils partiront peut-être avant lui », lance-t-il, dénonçant les calculs de succession et les manœuvres de déstabilisation. Entre rumeurs et communication officielleCes deux prises de parole illustrent la fracture des récits. D’un côté, des intellectuels et opposants qui voient dans l’absence prolongée du président la preuve d’une vacance du pouvoir. De l’autre, les proches collaborateurs qui insistent sur sa longévité et sa capacité à continuer à gouverner.Dans une vidéo très partagée, le lanceur d’alerte Paul Choute parle d’un président à l’agonie qui ne reviendra plus au Cameroun : « Paul Biya a subi une opération chirurgicale du cœur. Le président camerounais a subi quatre opérations dans la clinique Générale-Beaulieu à Genève en Suisse où il est admis sous soins depuis plusieurs semaines. Parmi ces opérations, une au niveau du cœur appelée pontage coronarien. Au regard de cette situation, il est dans l’incapacité de se déplacer». Une présidence opaqueLa santé du président, sujet tabou depuis des décennies, est devenue un serpent de mer politique. Chaque absence relance les spéculations, chaque retour déjoue les pronostics. Mais cette opacité nourrit la défiance et fragilise la confiance des citoyens dans leurs institutions.Pour le leader d’opinion Tafeu François Bikoro, « cette communication fondée sur le silence est une stratégie de pouvoir ». Elle permet de maintenir l’incertitude, de contenir les ambitions internes et de rappeler que, malgré les rumeurs, Paul Biya reste le maître du temps politique.Au final, la question reste entière : malade, disparu ou bien portant ? Les 30 millions de Camerounais n’ont pas de réponse claire. Entre les « arrêtez de nous mentir » de Bekolo et les « le président se porte bien » d’Ayolo, le peuple navigue dans un océan de contradictions. Entre temps, le serpent de mer continue de hanter la scène politique camerounaise. Paul Biya demeure au cœur des débats, symbole d’un pouvoir qui se nourrit autant de silence que de longévité. Tom

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InReach : donner une voix numérique aux mains

Lauréate du Grand Prix présidentiel de la Digital Innovation Week 2026, l’application InReach ambitionne de rendre Internet enfin accessible aux personnes sourdes grâce à l’intelligence artificielle. Longtemps, le numérique a promis de rapprocher les individus. Mais pour des milliers de Camerounais sourds ou malentendants, cette révolution est restée incomplète. Les sites web, les plateformes administratives, les services en ligne ou encore les contenus éducatifs demeurent largement conçus pour des utilisateurs entendants. Avec InReach, cette fracture numérique pourrait bien commencer à se résorber. Imaginée par Duclaire Fopa Kuete, étudiant de 23 ans à l’Université de Dschang, l’application a décroché le Grand Prix présidentiel de la Digital Innovation Week 2026, organisée par le ministère des Postes et Télécommunications. Une distinction accompagnée d’une enveloppe de 10 millions FCFA, décernée après une compétition ayant réuni 639 projets innovants venus de tout le pays. AmbitionÀ en croire Duclaire Fopa Kuete, celle d’InReach tient en une idée simple mais redoutablement complexe sur le plan technologique : permettre aux personnes sourdes de comprendre instantanément les contenus publiés sur Internet. Grâce à l’intelligence artificielle, l’application analyse les textes affichés sur une page web et les traduit en langue des signes à travers un avatar numérique capable de reproduire les gestes avec fluidité. Une interface pensée pour transformer une navigation souvent frustrante en une expérience réellement inclusive.Au Cameroun, où l’on estime à plus de 265 000 le nombre de personnes sourdes ou malentendantes, l’enjeu dépasse largement la performance technologique. Il touche à l’accès aux droits, à l’éducation, à l’emploi, à la santé ou encore aux services publics dématérialisés. Derrière chaque formulaire administratif inaccessible ou chaque information officielle non adaptée se cache une exclusion silencieuse. L’innovation portée par InReach s’inscrit dans une tendance mondiale consistant à mettre l’intelligence artificielle au service de l’accessibilité. Les progrès récents de la vision par ordinateur, du traitement automatique du langage et de l’animation 3D rendent désormais possibles des traductions plus naturelles et plus rapides qu’auparavant. Reste néanmoins un défi majeur : chaque langue des signes possède sa propre grammaire et sa propre syntaxe. Adapter ces modèles aux réalités linguistiques et culturelles camerounaises constituera l’une des prochaines étapes du projet. PrixCelui obtenu offre désormais au jeune entrepreneur les moyens d’accélérer le développement de sa solution. Les 10 millions de FCFA devraient financer les phases de perfectionnement de l’application, les tests auprès des utilisateurs et les premiers partenariats avec les institutions, les établissements scolaires ou les entreprises souhaitant rendre leurs plateformes accessibles.Au-delà de la récompense, le succès d’InReach envoie un signal fort. Dans un paysage où l’intelligence artificielle est souvent associée aux gains de productivité ou à l’automatisation, le projet rappelle qu’elle peut aussi devenir un puissant levier d’inclusion sociale. Une innovation qui ne cherche pas seulement à faire gagner du temps, mais à faire tomber des barrières que le numérique avait, jusqu’ici, trop souvent laissées intactes. Jean -René Meva’a Amougou

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Intelligence artificielle : le Cameroun érige le « patriotisme numérique » en doctrine

Face aux bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle, le gouvernement camerounais change de ton. Après avoir vanté les promesses de cette technologie, il entend désormais encadrer ses usages pour préserver la cohésion nationale et renforcer la souveraineté numérique. Le Cameroun ne veut plus seulement accompagner la révolution de l’intelligence artificielle. Il souhaite désormais en fixer les règles. C’est le message délivré par la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, lors de la clôture de la cinquième édition de la Semaine de l’Innovation Numérique. Dans un contexte marqué par la multiplication des cyberattaques, de la désinformation et des manipulations numériques, le gouvernement fait du « patriotisme numérique » un nouveau pilier de sa stratégie digitale. Anticipation« Oui, encore l’intelligence artificielle ! », lance d’emblée la ministre, anticipant les interrogations sur le choix d’un thème centré une nouvelle fois sur cette technologie. Pour elle, il est impossible d’ignorer « ce phénomène qui bouleverse radicalement notre rapport aux machines, au travail, à la recherche et au fonctionnement des institutions ». Une manière de reconnaître que l’IA n’est plus un simple sujet d’innovation, mais une transformation profonde de la société. Le discours prend ensuite une tonalité plus politique. La ministre insiste sur les risques d’un cyberespace livré aux usages malveillants. « Le cyberespace est devenu le prolongement de notre vie collective », rappelle-t-elle, avant d’avertir qu’il peut également devenir « un lieu de propagation de la haine, de stigmatisation des communautés, de manipulation des identités et d’amplification des divisions » lorsque les technologies sont détournées de leur vocation. C’est dans ce contexte que le gouvernement introduit la notion de patriotisme numérique. Celui-ci consiste, selon Minette Libom Li Likeng, à utiliser les technologies numériques « dans le respect de la loi, des principes éthiques, de l’intérêt national et des valeurs qui fondent notre société ». L’objectif affiché est de lutter contre les campagnes de désinformation, les discours de haine et les manipulations de l’opinion publique, tout en faisant du numérique « un espace de paix, d’innovation, de responsabilité et de cohésion nationale ». FocusCette orientation s’inscrit dans la continuité de la vision présidentielle. Citant Paul Biya, la ministre rappelle que « l’intelligence artificielle est un multiplicateur de développement, de croissance et de démocratisation, à condition qu’elle soit utilisée de manière éthique ». Une référence qui place l’IA au cœur de la stratégie de développement du Cameroun, tout en soulignant la nécessité d’une gouvernance responsable. Le discours ne s’est toutefois pas limité aux principes. Le concours national du meilleur projet TIC a enregistré un record de 631 candidatures provenant des dix régions du pays. La qualité des projets a conduit le jury à retenir 20 finalistes, contre 15 lors des éditions précédentes. Les jeunes innovateurs ont ensuite suivi un bootcamp intensif consacré à l’entrepreneuriat, à la cybersécurité, à la propriété intellectuelle et à la levée de fonds. À travers ces chiffres, le ministère entend démontrer que l’écosystème numérique camerounais gagne en maturité. « Continuez d’apprendre, continuez de créer, continuez d’oser », a lancé la ministre aux lauréats, tout en promettant un accompagnement renforcé en matière d’incubation, de formation et d’accès au financement.L’ambition est affichée : bâtir une économie numérique souveraine, innovante et compétitive. Mais au-delà des déclarations, le véritable défi reste celui de la transformation des jeunes pousses technologiques en entreprises viables, capables de créer durablement des emplois et de répondre aux besoins du marché. Le patriotisme numérique, désormais élevé au rang de doctrine, sera jugé à l’aune de cette capacité à faire émerger des champions nationaux de l’intelligence artificielle. Jean -René Meva’a Amougou

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Fonds marins : Yaoundé en voie de devenir le hub africain

À Kingston, en Jamaïque, le Cameroun ne s’est pas contente pas de participer à la 31e session de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM). Le pays entend s’imposer comme un acteur de référence dans la gouvernance des ressources minérales des grands fonds grâce à un ambitieux projet de formation diplomatique porté depuis Yaoundé. Du 13 au 31 juillet, la délégation camerounaise conduite par le secrétaire général du ministère des Relations extérieures (MINREX), Oumarou Chinmoun, participe à la seconde partie de la 31e session de l’Autorité internationale des fonds marins, à Kingston. Si les négociations portent principalement sur le futur code minier international destiné à encadrer l’exploitation des ressources des grands fonds, le Cameroun a choisi de jouer une autre carte : celle du renforcement des capacités africaines.En marge des travaux, Yaoundé a organisé, avec l’appui de l’AIFM, un événement consacré à l’Académie de diplomatie africaine des fonds marins (ADSEA), hébergée par l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC). L’initiative vise à former une nouvelle génération de diplomates, de juristes, de scientifiques et de négociateurs africains spécialisés dans la gouvernance des océans. Selon des sources internes au MINREX, cette académie répond à un constat largement partagé : l’Afrique dispose d’importantes ressources marines mais demeure encore sous-représentée dans les négociations techniques et juridiques qui déterminent leur avenir. « L’objectif est de permettre aux États africains de disposer d’une expertise propre afin de défendre efficacement leurs intérêts dans les enceintes internationales », confie une source du ministère.Le choix du Cameroun est ciblé. Avec l’IRIC, reconnu pour la formation des diplomates africains depuis plusieurs décennies, le pays souhaite devenir un centre régional d’excellence sur les questions liées aux fonds marins. L’Académie entend proposer des formations spécialisées, des recherches appliquées et des espaces de dialogue entre gouvernements, universités et organisations internationales. ConcretÀ Kingston, le « side event » organisé par le Cameroun poursuit également un objectif concret : convaincre les États membres de l’AIFM et les partenaires techniques et financiers de soutenir durablement ce programme. Les besoins en financement concernent aussi bien les formations que les bourses, les travaux de recherche et le développement de réseaux d’experts africains.Cette stratégie s’inscrit dans une diplomatie camerounaise de plus en plus tournée vers les enjeux globaux. Après son implication sur les questions climatiques, la biodiversité ou encore la gouvernance numérique, Yaoundé entend désormais peser davantage dans les débats sur les ressources minérales des grands fonds, dont les métaux stratégiques sont appelés à jouer un rôle majeur dans la transition énergétique mondiale.Pour le MINREX, l’ADSEA pourrait ainsi devenir un outil d’influence au service de toute l’Afrique, en donnant au continent les compétences nécessaires pour participer à armes égales aux futures négociations internationales sur les océans et leurs ressources.

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CPI : la fronde africaine

Les départs s’enchaînent comme des dominos. Après le Niger, le Mali et le Burkina Faso, voici le Tchad qui annonce à son tour son intention de quitter la Cour pénale internationale (CPI). L’argument est désormais bien rodé : une justice internationale qui regarderait presque exclusivement vers l’Afrique, comme si le continent était devenu la salle d’audience permanente de l’humanité. Le procès de la CPI est devenu presque aussi médiatique que ceux qu’elle organise. À chaque annonce de retrait, la même accusation revient : deux poids, deux mesures. Les puissants échapperaient aux poursuites, tandis que les États africains seraient transformés en suspects habituels. Le récit séduit. Il est politiquement rentable. Il nourrit un discours souverainiste qui prospère dans une Afrique où la contestation de l’ordre international est devenue un marqueur de légitimité. Mais la réalité est moins confortable que le slogan.Oui, une part importante des affaires de la CPI concerne l’Afrique. Oui, de nombreux mandats d’arrêt visent des responsables africains. Pourtant, un détail est souvent oublié : plusieurs enquêtes ont été ouvertes à la demande des États africains eux-mêmes. Des gouvernements qui, incapables de juger les auteurs de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité sur leur territoire, avaient sollicité l’intervention de la Cour. Hier, la CPI était appelée au secours. Aujourd’hui, elle est accusée d’acharnement. Alors pourquoi ces retraits en cascade ?Parce que le contexte a changé. Depuis quelques années, le Sahel est traversé par une vague de ruptures. Rupture avec l’ancienne puissance coloniale. Rupture avec certaines organisations régionales. Rupture avec les partenaires occidentaux. Dans cette logique de réaffirmation de la souveraineté, la CPI apparaît comme une institution extérieure, perçue comme limitant la liberté d’action des États et de leurs dirigeants. La création de l’Alliance des États du Sahel a accéléré cette dynamique. Les décisions ne sont plus seulement nationales ; elles deviennent politiques et régionales. Quitter la CPI envoie un message autant à l’opinion publique qu’aux partenaires internationaux : désormais, la justice doit être rendue « chez nous », selon nos propres règles.Le paradoxe est pourtant saisissant. Les pays qui dénoncent la justice internationale sont aussi ceux où les systèmes judiciaires sont souvent fragilisés par les conflits armés, les crises institutionnelles ou les transitions militaires. Si la CPI s’efface, qui poursuivra les auteurs des massacres de civils, des crimes de guerre ou des violences contre les populations ? Les juridictions nationales en auront-elles réellement les moyens et surtout l’indépendance ? Au fond, le débat dépasse largement la seule Cour pénale internationale. Il pose une question plus dérangeante : l’Afrique veut-elle une autre justice internationale ou ne veut-elle plus de justice internationale du tout ? Car réclamer une réforme de la CPI est une chose. Tourner le dos à toute juridiction supranationale en est une autre.La CPI n’est pas irréprochable. Son bilan est discuté, sa lenteur critiquée, son efficacité contestée. Les absences de poursuites contre certains responsables de grandes puissances alimentent un sentiment d’injustice qui n’est pas sans fondement. Une justice universelle qui paraît sélective perd fatalement une partie de sa crédibilité.Mais la réponse aux imperfections d’une institution consiste-t-elle à la quitter ? Ou à peser pour la transformer ? Derrière les retraits successifs se joue peut-être moins le procès de la CPI que celui d’un ordre mondial dont l’Afrique ne veut plus être uniquement l’objet. Reste une interrogation, essentielle : lorsque les caméras seront parties et que les victimes réclameront justice, qui leur répondra ? Jean-René Meva’a Amougou

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L’ISSEA voit plus grand et vise le doctorat

Devenu officiellement un établissement d’enseignement supérieur de la CEMAC, l’ISSEA franchit une nouvelle étape en préparant l’ouverture d’une école doctorale. Une ambition qui suppose désormais un nouveau campus. À Yaoundé, l’Institut sous-régional de la Statistique et d’Économie appliquée (ISSEA) ne cache plus ses ambitions. Longtemps reconnu pour la qualité de la formation de statisticiens et d’économistes destinés aux administrations et institutions de la CEMAC, l’établissement entend désormais rejoindre le cercle des grands pôles africains de recherche en ouvrant une école doctorale. Cette nouvelle orientation a reçu une impulsion décisive avec la reconnaissance officielle de l’ISSEA comme établissement d’enseignement supérieur par le Conseil de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), à la faveur d’une modification de ses statuts. Une évolution que Daniel Ngassiki, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Congo au Cameroun et représentant du président du Conseil d’administration, qualifie de « consécration formelle » de l’excellence de l’institut.L’objectif est clair : former les futurs enseignants-chercheurs et experts capables d’accompagner les politiques publiques fondées sur les données. Dans un contexte où la statistique est devenue un outil stratégique de gouvernance, l’ISSEA souhaite créer un véritable centre régional de recherche susceptible de retenir les talents d’Afrique centrale, souvent attirés par les universités étrangères. Mais cette ambition scientifique se heurte à une réalité beaucoup plus prosaïque : le manque d’espace. Les infrastructures actuelles sont arrivées à saturation. Salles de cours insuffisantes, espaces de vie limités, capacités d’accueil dépassées, les locaux ne répondent plus aux exigences d’un établissement appelé à élargir son offre de formation. « Nos murs ne peuvent plus contenir l’ambition et la croissance de notre institution », a résumé Daniel Ngassiki devant les diplômés et les autorités.C’est pourquoi le Conseil d’administration a relancé avec insistance une requête formulée depuis plusieurs années : l’attribution par l’État camerounais d’un terrain destiné à accueillir un nouveau campus. La communauté sous-régionale assure disposer des projets ainsi que de partenaires prêts à financer la construction d’infrastructures modernes. Il ne manquerait plus que le foncier pour poser les bases de « l’ISSEA de demain ». La doléance a trouvé un écho favorable auprès du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire. Pour le Minepat, investir dans une institution qui forme les cadres appelés à produire les statistiques et les analyses économiques de demain constitue un levier essentiel du développement durable de la sous-région.Au-delà de la seule extension immobilière, le projet traduit une évolution profonde. L’ISSEA ne veut plus seulement former des experts ; elle aspire désormais à produire la recherche qui orientera les décisions économiques de l’Afrique centrale. Un changement d’échelle qui pourrait renforcer la souveraineté statistique de la CEMAC et faire de Yaoundé l’un des principaux centres africains de production des connaissances en économie appliquée et en statistique O. M. Ognimbi Sadri, Congo, Ingénieur statisticien économiste (ISE) « La formation répond aux exigences de la révolution numérique » La formation reçue est de qualité. Elle répond aux exigences de la révolution numérique c’est-à-dire de l’intelligence artificielle. Ce sont des bases scientifiques qui sont opérationnelles et dès demain nous pourrons être recrutés et commencer à travailler là où nous seront envoyés. De toutes les façons c’est une formation d’excellence. L’entrée repose sur l’excellence avec le concours international qui est très sélectif. Les jeunes sortis ne vont jamais chômer. Il faut que nous appliquions les conseils du parrain, qui reposent sur l’intégrité. Nous devons produire des données fiables, ne pas la manipuler. Nous devons produire des données de qualité parce qu’elles permettent aux décideurs de prendre la meilleure décision qui nous mène à l’émergence. Yaligaza Edson, RCA, Ingénieur Statisticien économiste (ISE) « Nous devons faire un usage rigoureux de l’intelligence artificielle » J’ai fait une formation de cinq années à l’ISSEA, j’ai acquis des compétences en science des données, modélisation des données, conception d’enquête, analyse et politique des données. Nous nous sommes spécialisés dans l’évaluation de l’impact. L’institut sous régional est une grande école qui m’a beaucoup apporté en termes de compétences, de sérieux, en termes d’orientation. Les défis à l’heure actuelle concernent la montée de l’intelligence artificielle, nous fraichement sortis de l’école devrons faire attention à l’usage de cette technologie, l’autre défi consiste à rester intègre, puisque le statisticien est celui qui va produire les données qui vont aider aux prises de décision. Iyanou Pemba Juliane Emeaude, Gabon, Analyse, Evaluation d’impact des politiques publiques (AEIPP) « Le besoin des statisticiens se fait ressentir dans tous les domaines» Je suis émue, à la sortie de notre formation. Nous nous sommes intégrés. Plusieurs défis nous attendent. On pourra alors mettre en pratique nos compétences pour servir nos différentes nations notamment le Gabon. Je m’intéresse plus aux données démographiques, les constructions des écoles, les routes. Il est question d’évaluer les impacts positifs pour les populations.

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