Depuis quelque temps, le ph?nom?ne entretient le sens du burlesque, tout en laissant circuler un cort?ge d’interrogations au milieu des commer?ants et des clients. Billets du 15 d?cembre 2022 et le g?nie des faussaires ?Le Cameroun et la R?publique Centrafricaine (RCA) seraient sous le coup d?une menace ?conomique pernicieuse en provenance du Tchad voisin?. En juin 2023, tel un lanceur d’alerte, le journal Int?gration s’?tait d?j? rendu sous les pav?s de la fausse monnaie en circulation dans quelques pays d’Afrique centrale. En d?crivant le scandale, votre hebdomadaire pointait alors prioritairement « un r?seau criminel op?rant en complicit? avec des agents de l?Agence nationale de S?curit? (ANS) et des proches du pouvoir, et qui a orchestr? la production et la circulation de milliards de faux billets ? travers les provinces? du Tchad.En d?but du mois de septembre 2023, pr?s de 30 millions de FCFA en fausses coupures ont ?t? saisis entre les mains de malfrats dans la ville de Souza, dans la r?gion du Littoral au Cameroun. De nouvelles coupures de 10.000, 5000, et 2000 FCFA qui s?appr?taient ? ?tre mises en circulation via des achats de marchandises aupr?s des revendeuses.D?but octobre 2023, la presse gabonaise signalait la saisie de plusieurs millions FCFA de faux billets libell?s en nouvelles coupures. Le paquet avait une destination: le Cameroun. Cette fois, c’est toute la surface des Trois fronti?res qui est devenue l’?picentre de d?ploiement d’une n?buleuse productrice de faux billets. Une fois encore, la gamme mise en circulation le 15 d?cembre 2022 par la Banque des ?tats d’Afrique centrale (Beac) est tortur?e par des faussaires. Comme mesure conservatoire, le gouvernement ?quato-guin?en ferme sa fronti?re avec le Cameroun. Enqu?te. JRen? Meva’a Amougou ?Ici au March? mondial, je croyais avoir tout vu?, souffle ce commer?ant camerounais qui souhaite rester anonyme, se cachant presque sous son b?ret. Voil? pr?s de douze ans qu?il vend des vivres frais sous ce hangar ? l?allure d?saccord?e. Il raconte une histoire dont la conclusion met en balance na?vet? et ridicule. ?Je me suis fait prendre simplement?, marmonne-t-il, tout en faisant semblant de s?interroger frontalement sur son propre r?cit. Sans trouver de r?ponse, l?homme noie son sujet sous une phrase dont la profondeur oscille entre le vouloir-dire et le savoir se taire: ?Je remets tout ? Dieu?.Au fond, le probl?me de notre interlocuteur, c?est l?articulation entre le premier degr? et tous les autres degr?s de circulation de la fausse monnaie ici au march? d?Abang-Minko?o. ?Depuis que les nouveaux billets sont utilis?s pour des transactions entre clients et vendeurs, le ph?nom?ne fait retentir haut plusieurs faits divers?, renseigne Cl?ment Mone Zeh, secr?taire ex?cutif du Collectif des commer?ants camerounais du march?. Ce dernier, dans une sorte d??l?gie, fait part de ?beaucoup d?argent et des millions en faux argent? en circulation ici. Les sources qui nous ?clairent sur le sujet sont nombreuses et vari?es. Selon quelques commer?ants rencontr?s ici, en moyenne cinq cas sont signal?s chaque semaine. ?Si de nombreuses femmes vendeuses ou acheteuses de marchandises se plaignent d’en ?tre victimes, c’est parce qu?elles sont bien conscientes qu?elles sont faciles ? tromper, car peu averties des modalit?s d’utilisation des esp?ces et de leurs caract?ristiques. Cependant, les usagers masculins rencontrent, eux aussi, de grosses difficult?s ? distinguer les bons billets des mauvais. Les vendeurs, en particulier ceux qui ne sont pas sensibilis?s ? l?identification des faux billets ou qui n?ont pas de d?tecteur, peuvent accepter les faux billets de bonne foi.En ayant une perte d?attention, on peut facilement embarquer ou encaisser un faux billet, car il y a peu de diff?rence avec les vrais. Ceux qui sont faux pr?sentent une grande similitude avec la vraie monnaie! Certaines personnes profitent donc de cette ressemblance pour r?gler leurs achats?, explique-t-on au poste de police. D?apr?s la m?me unit?, ?ici au March? mondial, on est pass? de quelques centaines, ? plusieurs milliers de fausses coupures de 5 et 10 000 FCFA, dont une grande partie est libell?e en billets mis en circulation l?an dernier dans l?espace Cemac; ce sont les coupures de choix des faussaires. Leur saisie a augment? de 15% depuis avril 2024?. Quitte ? para?tre un peu pompeux, un fonctionnaire gabonais dresse le portrait actuel du March? mondial: ?espace porteur d?un drame ?conomique gla?ant pour toute l?Afrique centrale?. PieuvreParce qu?il est per?u comme tel, le ph?nom?ne est suivi de pr?s par Interpol. ?Depuis quelques mois, cette affaire de fausse monnaie se d?ploie d?une mani?re in?dite et trouve des ?chos tout aussi in?dits dans environ trois pays de la sous-r?gion?, souffle un officier de liaison ayant requis l?anonymat. ? l’en croire, ce qui se passe ici au march? d?Abang-Minko?o ne refl?te absolument pas l?ampleur du trafic. ?Cet endroit est juste ? la fois une zone de transit et de destination de fausse monnaie. Le trafic est op?r? par des r?seaux appartenant ? l??conomie souterraine et qui ont des liens transnationaux?, apprend-on.La froideur d’une telle information ?tale toute la difficult? ? localiser et ? identifier les acteurs. Et parce que nul ne sait qui est qui, un geste est devenu syst?matique partout dans le march?. ? chaque billet re?u, une v?rification s’impose. » Moi, c’est ? l’aide de cette petite machine que je d?tecte les faux billets « , explique un propri?taire d’entrep?t de vivres frais. « Si c’est un client habituel, il va ? la banque, il le change ou il me paie autrement. Parfois, ce sont aussi des clients qu’on ne voit jamais, qui viennent occasionnellement, et qui essaient de refiler un faux billet », ajoute-t-il.Chez Vianney Ondo, point focal d’un Gic gabonais sp?cialis? dans l’importation des tomates du Cameroun vers les march?s de Libreville, il y a aussi la technique du « mouchoir en papier ». « On frotte, et hop, vous ?tes s?r que ce sont des vrais billets », affirme-t-il en d?voilant un mouchoir t?ch? par la couleur d’une fausse coupure de 10 milles FCFA. « ?a marche pour n’importe quel billet, ? chaque fois la couleur du billet ressort », ajoute-t-il fi?rement. InterpolDans cette zone o? les syst?mes de paiement formels sont rares, et o? les transactions au comptant restent ?