Finances publiques : un budget peu ambitieux en 2027

La circulaire préparatoire au budget 2027 assigne au gouvernement l’objectif d’une croissance de 3,6%, en deçà de l’hypothèse basse de la stratégie nationale de développement 2030. L’absence d’indicateurs mesurables donne l’impression d’un langage bureaucratique.

Légende : Paul Biya : le cap ne tend pas vers la grandeur
Un budget d’impact socioéconomique. Tel est le cap fixé par le président de la République dans la Circulaire relative à la préparation du budget de l’Etat pour l’exercice 2027. Dans ce texte signé le 12 octobre 2026, Paul Biya instruit à son gouvernement de baser leurs propositions sur les hypothèses macroéconomiques d’un taux de croissance du PIB réel de 3,6% ; un taux d’inflation de 3,2% ; un déficit budgétaire global (dons compris) de 2,7 % du PIB ; un déficit du compte courant de 2,8 % du PIB.

Pour l’année prochaine, les perspectives économiques du Cameroun demeurent positives certes, mais étant que le cadre de référence de l’action publique que constitue la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), l’objectif semble minimaliste pour certains analystes. « Il nous semble important et opportun de mentionner ici et à titre de repères, les considérations clés de la SND30 afin de fixer le cap vers lequel doit voguer la politique budgétaire du pays au cours de l’année N+1 et en faire une mise à jour glissante pour la préparation de l’année N+2 », fait remarquer dans une Note d’analyse de politique économique, le Centre d’Analyse et de Recherche sur les Politiques Économiques et Sociales (Camercap-PARC). Par exemple, la SND30 ambitionne de « porter le taux de croissance annuel de 4,5% à 8,1% en moyenne sur la période 2020-2030. » Tabler sur une croissance de moins de 4,5% c’est comme renoncer à l’ambition de départ. Malgré une tendance baissière, l’inflation restera au-delà de la norme communautaire de 3% ; ainsi que le solde courant qui est plus important.

Au plan économique, il est demandé au gouvernement d’accélérer la transformation structurelle de l’économie. Pour cela il faudra poursuivre la politique d’import-substitution ; encourager les investissements pour renforcer la production locale de médicaments ; renforcer les capacités de transport et de distribution de l’énergie électrique disponible ; développer d’autres sources d’énergies renouvelables ; densifier le soutien technique et financier offert aux entreprises opérant dans les filières prioritaires de la SND30 ; promouvoir le patriotisme économique; faciliter l’accès au foncier pour l’agriculture de seconde génération ; poursuivre le développement de l’économie numérique ; mettre en Å“uvre les actions du Plan National Climat ; accélérer l’exécution de la deuxième phase de la construction de l’autoroute Yaoundé-Douala ; accélérer la réhabilitation et la restructuration de la SONARA, en vue de réduire le volume des importations des produits blancs et de préserver les réserves de change ; poursuivre les actions visant à saisir les opportunités offertes par la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf).
Bref, les 94 points de la circulaire donnent l’impression de simples bonnes intentions, une sorte de fourre-tout. « Le document coche méthodiquement toutes les cases du double langage bureaucratique, à commencer par le recours à des concepts creux. On nous demande de ‘‘renforcer’’, ‘‘poursuivre’’, ‘‘accélérer’’, ‘‘garantir’’, ‘‘consolider’’, ‘‘intensifier’’… Presque aucune des actions proposées n’est assortie d’un objectif chiffré, d’une échéance ou d’un indicateur de performance », regrette Dr Louis Marie Kakdeu, économiste et deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), principal part de l’opposition.

Philippe Nsoa

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