Alors que l’opinion publique reste absorbée par les débats autour du séjour privé de Paul Biya en Europe et les controverses relayées sur les réseaux sociaux, le RDPC multiplie les réunions internes pour mobiliser ses militants.

Au bureau d’inscription du quartier Nkolndongo, l’affluence est timide en ce début de matinée. « Beaucoup de jeunes ne viennent pas, ils disent que la politique ne les concerne pas », confie Clarisse, agent d’Elecam. Pourtant, les responsables locaux du RDPC multiplient les appels. « Nous devons convaincre chaque citoyen d’aller s’inscrire. C’est la base de toute victoire », insiste Jean-Pierre, militant de longue date, rencontré devant le bureau. Dans les quartiers populaires de Yaoundé, la mobilisation reste contrastée. Rodrigue Kamta, vendeur de téléphones à l’Avenue Kennedy, avoue : « Je n’ai pas encore pris le temps de m’inscrire. Mais disons-nous la vérité, je suis un féru des réseaux sociaux et ce qui occupe les discussions ces derniers moments, ce sont les vidéos obscènes qui circulent sur Facebook, pas les élections. Personne ne vous parle d’élections ».
La stratégie du parti
Le secrétaire général du Comité central du RDPC a récemment convoqué les responsables des structures dirigeantes pour « évaluer les préparatifs » et « renforcer la mobilisation ». Selon un cadre du parti approché par Intégration, cette réunion visait à « rappeler aux militants que l’inscription sur les listes est une arme politique ». Cette démarche traduit une volonté de reprendre l’initiative dans un contexte où l’espace médiatique est saturé par les polémiques. « Le RDPC veut éviter que l’opinion se détourne des enjeux électoraux », explique Cédric Tamo, étudiant à l’Université de Yaoundé II. Pour lui, « la pré-campagne est déjà lancée, même si elle ne dit pas son nom ».
Dans les rues de Yaoundé, les conversations tournent davantage autour des vidéos compromettantes diffusées en ligne que des élections. « On parle plus des scandales que des listes électorales », constate Laurence Chekoua, étudiante en sociologie. Cette distraction inquiète certains observateurs. « Si les citoyens ne s’inscrivent pas massivement, la représentativité des scrutins sera encore plus faible », alerte-t-elle.
Au-delà des communes
Les élections locales ne se limitent pas à la conquête des mairies et des conseils régionaux. Elles constituent un test de l’ancrage des partis et de leur capacité à mobiliser leurs électorats. « Chaque inscription est une voix potentielle. Le RDPC l’a compris et veut verrouiller le terrain », analyse Tamo. Mais l’opposition, elle, peine à se faire entendre. « Nous n’avons pas les mêmes moyens de mobilisation », reconnaît Alex, militant du MRC rencontré à Obili. « Pourtant, si les citoyens ne s’inscrivent pas, c’est tout le processus démocratique qui en souffre ».
À mesure que s’approche la clôture des inscriptions, le temps politique s’accélère. Derrière les polémiques quotidiennes, les partis affûtent leurs stratégies. Le RDPC, fidèle à sa tradition d’implantation territoriale, entend conserver une longueur d’avance en mettant son appareil en ordre de bataille avant même le lancement officiel de la campagne. Comme le résume un communicant du parti au pouvoir invité sur un plateau de télévision : « les gens parlent des vidéos, mais le RDPC, lui, parle des élections. Et c’est peut-être ça qui fera la différence ».
Tom