Nomination au Parlement : sous un air de tribalisme

Les récentes nominations au Sénat, après celles de l’Assemblée nationale, relancent un débat sensible : la représentativité des élites dans les institutions de la République. Entre accusations de favoritisme régional et défense des prérogatives des présidents des chambres, la question de l’équilibre institutionnel s’invite dans les conversations populaires comme dans les cercles politiques.

Sa Majesté Aboubakary Abdoulaye, Président du Sénat du Cameroun

Dans l’effervescence du carrefour Obili à Yaoundé, les taxis klaxonnent et de jeunes hommes, assis autour d’une table dans un bistrot s’époumonent en attirant l’attention des passants. « C’est même quoi ça ? On dirait que les postes sont réservés à certains noms », souffle l’un d’entre eux, fonctionnaire à la retraite, en reposant sa bière sur la table. À ses côtés, un jeune trentenaire relativise : « Ce n’est pas parce qu’on porte un patronyme du Nord qu’on est forcément nommé par favoritisme. Mais le problème, c’est que la perception compte autant que la réalité ». Ces échanges illustrent une inquiétude diffuse : celle d’un déséquilibre institutionnel qui fragilise l’idée d’un État représentatif de toutes ses composantes.

À la nuit tombée, les discussions, autour de cette table se font plus amères. « On ne voit jamais nos enfants dans ces listes », regrette Madeleine Bila, qui vient de rejoindre ce groupe d’amis. « Pourtant, ils sont diplômés aussi ». Son voisin, instituteur, ajoute : « On ne comprend plus comment fonctionne ce pays. On dirait que chacun en fait à sa guise. Quand les institutions semblent réservées à certains groupes, cela nourrit le sentiment que le pays n’appartient pas à tout le monde. Et ça crée de la frustration chez certains ». Ces échanges verbaux traduisent une préoccupation sociale profonde : l’équité territoriale comme condition de confiance dans l’État.
Pour certains membres de ce groupe d’amis, il est excessif de conclure à une tribalisation des nominations sur la seule base des patronymes. Abel Wansi, rappelle : « Vous pouvez même recruter tous les membres de votre famille ou de votre village, mais pour ma part, je n’ai aucun problème avec ça. Je crois simplement que les compétences doivent aussi être pris en compte », souligne-t-il. Mais la répétition des polémiques, d’abord à l’Assemblée nationale puis au Sénat, renforce l’idée d’une appropriation communautaire des centres de décision.

Au-delà des querelles partisanes, le débat révèle une exigence citoyenne : voir les institutions incarner la diversité camerounaise. Si la loi confère aux présidents des chambres une large marge de manœuvre, l’acceptabilité politique de leurs choix dépend de la confiance qu’ils inspirent. Dans un contexte où les fractures identitaires demeurent vives, chaque nomination devient un test de cohésion nationale. Ganava Simon, silencieux se lance dans le débat et affirme de vive voix :« les nominations relèvent du pouvoir discrétionnaire du président de la chambre. Elles obéissent à des critères de compétence et de confiance. Les accusations de tribalisation sont infondées et traduisent une instrumentalisation politique des débats identitaires ». Selon lui, « la cohésion nationale se construit aussi par la symbolique des choix opérés au sommet de l’État ».

Tom

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