Fil conducteur de la le?on inaugurale du Colloque organis? ? l?occasion du 50? anniversaire de ? Cameroon Tribune ?. Sur la chaire, ce 4 juillet 2024 ? Yaound?, le Ministre d?Etat, Ministre de l?Enseignement Sup?rieur et non moins premier coordonnateur de la R?daction du quotidien camerounais ? capitaux publics. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, en vos rangs, titres et grades respectifs, vous permettrez qu?? l?entame de la Le?on inaugurale, je convoque une citation de Fernand Terrou, ancien professeur ? l?Institut d?Etudes Politiques de Paris et ex-Directeur de l?Institut Fran?ais de Presse (Universit? Paris II), non seulement au regard de l?immense stature scientifique du sus-nomm?, mais aussi en raison de l??pith?te ? politiques ? et du substantif ? presse ? inh?rents aux fonctions qu?il occupa : ? Si je l?che la bride ? la presse, je ne resterai pas trois mois au pouvoir ?, d?clara Napol?on Bonaparte, au lendemain du 18 Brumaire (N.B. coup d?Etat du 9 novembre 1799, par lequel Bonaparte renversa le r?gime du Directoire). Sous le r?gne de Napol?on, la presse ne fut qu?un service de propagande gouvernementale et les journalistes, des agents du pouvoir, expos?s ? l?arbitraire le plus complet, tandis qu?aux Etats Unis o?, comme l?a ?crit Brissot, la R?volution ne se serait pas faite sans les gazettes, naissait une presse qui finira par l?emporter sur toutes les autres, au moins par son ampleur, et en Angleterre, ? l?abri de la libert? de publication et ? la faveur des progr?s techniques et ?conomiques, la presse prenait son essor ? (La presse P.U.F. Paris. p. 25). ? Presse publique, pluralisme politique et r?volution num?rique ?. Telle est la th?matique, fort complexe et d?licate, de la le?on inaugurale que le Directeur G?n?ral de la SOPECAM, Mme Marie Claire Nnana, m?a demand? de d?livrer, ? la faveur du colloque organis? ? l?occasion de la c?l?bration du cinquanti?me anniversaire du quotidien ? Cameroon Tribune ?. De prime abord, il me fait plaisir de remercier Mme le Directeur G?n?ral de cette entreprise de presse et d??dition pour l?auguste responsabilit? scientifique et professionnelle dont elle a bien voulu me cr?diter, en cette circonstance historique o? l?un des plus prestigieux quotidiens d?Afrique, voire du monde, c?l?bre son ?ge d?or. Au demeurant, afin de m?acquitter convenablement, autant que faire se peut, de cette mission ? combien d?licate, m?adressant ? un auditoire averti et perspicace s?il en fut, je voudrais articuler ma communication autour de trois axes structurants : l?int?r?t du sujet, la d?finition des concepts op?ratoires, la plus-value induite par la r?volution num?rique. Le th?me du colloque scientifique qu?organise la Soci?t? de presse et d??ditions du Cameroun est d?une acuit?, d?une pertinence et d?un int?r?t on ne peut plus ?vidents. La citation relative ? Bonaparte prouve, ? suffisance, que depuis plusieurs si?cles, la presse est au c?ur de la probl?matique li?e ? la politique et qu?elle formate les invariants socio-culturels de la civilisation humaine, depuis le 18? si?cle au moins, jusqu?? ce jour. En effet, la civilisation de l?information qui se consolide sous nos yeux a pour noum?ne la presse au sens large, ce terme f?t-il d?essence informatique, politique, journalistique, ?conomique, culturelle ou soci?tale. La presse, stricto sensu, dans ses trois composantes essentielles (?crite, audio-visuelle, cybern?tique) ne laisse personne indiff?rent ou ? l??cart de son champ de comp?tence. Nul, aujourd?hui, ne peut se passer de la presse publique ou priv?e, ? l?aune des acceptions que je viens d??num?rer. La presse formate notre existence, nos comportements, nos sch?mes mentaux, nos choix, nos visions, nos r?ves voire nos fantasmes surtout dans son volet ludique le divertissement). Et, qui plus est, elle est en t?lescopage permanent avec l?homo politicus qui l?encourage, l?utilise, l?accepte, la craint, la manipule, l?oriente, la modifie, la formate, la courtise, en fonction de ses a-priori philosophiques, psychiques, cognitifs, lyriques ou id?ologiques (tout est id?ologique, m?me l?art culinaire). D?o? l?int?r?t ?vident du th?me que nous auscultons aujourd?hui. Et ce, d?autant plus que l??pith?te ? politique ? est accol?e ? ? pluralisme ?, sans oublier cette arl?sienne qu?est la r?volution num?rique, v?ritable hydre ? sept t?tes que chaque humain se doit de dompter, de maitriser ou de s?duire pour ?viter d??tre phagocyt? par ce ? dinosaure ? (au sens neutre voire m?lioratif du terme. Cette ?tape m?thodologique s?impose de mani?re apodictique, afin d??viter un dialogue de sourds puisque le mot colloque signifie ? parler ensemble ? (cum ? loquare). Et je sais que, pendant que je parle, hic et nunc, vous aussi vous parlez en esprit en disant (mentalement), a-t-il raison ? Est-il en train de p?rorer dans le n?ant ? Est-il p?dant, accessible, hors sujet, v?ridique ou d?phas? ? Je souhaite qu?int?rieurement, chacun se dise : c?est vrai, il a raison, je n?y avais pas pens? ?. Mais, c?est une gageure. Alors, d?finissons les concepts. 2-1- Presse : chacun sait que ce mot vient de la grande invention de Jean Gutenberg et de ses deux associ?s, Jean Fust et Pierre Schoeffer. L?utilisation simultan?e de deux ?l?ments (les caract?res mobiles m?talliques faits d?un alliage de plomb, d?antimoine et d??tain d?une part, et de la presse ? imprimer d?autre part, imagin? sur le mod?le des pressoirs ? vis employ?s par les vignerons rh?nans) se situe vers 1450 apr?s J.C.. Elle constitue l??v?nement fondamental qui marque la naissance de l?imprimerie et, donc, de la presse au sens technique, logique et professionnel. Apr?s cette date, le substantif ? presse ? a acquis une notori?t? exponentielle en commen?ant par l??dition des livres, puis des journaux, avec des proc?d?s toujours plus modernes : typographie, h?liogravure, offset etc. Aujourd?hui, le vocable ? presse ? est devenu polys?mique. Il d?signe aussi bien la presse ?crite, la presse parl?e, la presse t?l?vis?e que la presse cybern?tique. D?aucuns lui pr?f?rent un terme plus snob, issu du latin : medium, media. Le neutre pluriel a fini par devenir un nominatif singulier qui s?accorde au pluriel en gardant un ? s ?, ce qui constitue un barbarisme grammatical. 2-2- ? Publique ? Et quid de l?adjectif qualificatif ? publique ? ? Presse publique s?oppose ? presse priv?e dans notre imaginaire collectif manich?en, voire dans les r?f?rences juridiques, ?conomiques, normatives. Mais, la diff?rence entre les deux syntagmes nominaux n?est pas aussi claire qu?il n?y parait. En effet, toute presse est publique, puisqu?elle s?adresse ? un public