Exactions de la France au Cameroun : synth?se conclusive sur la p?riode 1945-1971
Grandes lignes d?un travail qui s?analyse comme un lieu d?Histoire sanglante. Synth?se conclusive du rapport du volet ? recherche ? de la Commission mixte sur le r?le et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements ind?pendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 ? 1971 Charg?e d??tudier le r?le et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements ind?pendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 ? 1971, le volet ? Recherche ? de la Commission franco-camerounaise livre ici une histoire globale d?une guerre de d?colonisation encore trop m?connue. Suivant un fil chronologique, ses quatre sections permettent de retracer la gen?se de l?affrontement entre les autorit?s coloniales et les oppositions ind?pendantistes au prisme du temps long de la situation coloniale (1945-1955), puis le glissement des r?pressions politique, diplomatique, polici?re et judiciaire vers la guerre men?e par l?arm?e fran?aise (1955- 1960), dont l?action se poursuit malgr? la transition politique et l?ind?pendance du Cameroun (1960-1965) ? et m?me au-del?, l?aide fran?aise se maintenant dans le cadre de la coop?ration entre les deux pays (1965-1971). Section 1 Les premi?res strat?gies de lutte contre les forces ?mancipatrices au Cameroun (1916-1955) : d?fense des int?r?ts fran?ais, contr?le de la vie politique et violences Cette section ?tudie les premi?res strat?gies de lutte d?ploy?es par les autorit?s fran?aises contre les forces?mancipatrices au Cameroun de 1916 ? 1955, en particulier ? partir de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le mouvement ind?pendantiste s?affirme. En prologue, le rapport commence par l??tude, d?j? bien renseign?e par les historien?nes, de l?occupation colonialeeurop?enne de la fin du XIXe si?cle et la partition du Kamerun allemand en deux mandats de la Soci?t? des Nations (SDN) apr?s la Premi?re Guerre mondiale mais en connectant ces deux ?pisodes ? la question de la guerre duCameroun. En effet, d?s la fin du XIXe si?cle, la France et le Royaume-Uni convoitent ce territoire pour son potentiel ?conomique et strat?gique ce qui explique la volont? de la France d’y pr?server sa domination jusqu?? la fin de la p?riode coloniale ? et son influence bien au-del?. Pendant et apr?s la Premi?re Guerre mondiale, le gouvernement fran?ais exerce une pression diplomatique aupr?s des Alli?s pour obtenir la cr?ation de mandats de la SDN satisfaisant ses ambitions territoriales et politiques. La France cherche, d?s le d?but effectif du mandat, ? exploiter le Cameroun comme l?une de ses colonies, outrepassant ainsi le fragile droit international que cherche ? faire appliquer la SDN, consid?r?e comme un frein ? ses ambitions politiques et ?conomiques en Afrique centrale. La Seconde Guerre mondiale confirme tout l?int?r?t de ce territoire pour la puissance fran?aise. Au m?me titre que le Congo, l?Oubangui-Chari et le Tchad, le Cameroun rejoint d?s la fin ao?t 1940, l?Afrique fran?aise libre, qui permet ? de Gaulle d?obtenir une assise territoriale et une l?gitimit? politique pour poursuivre la guerre, au prix cependantd?un effort de guerre brutal exig? des populations camerounaises. Plus de 4 000 tirailleurs camerounais s?engagent etse battent alors aux c?t?s des Forces fran?aises libres contre les troupes de l?Axe. Le Cameroun acquiert ainsi une dimension symbolique dans le r?cit de la lib?ration de la France pour tous?tes les r?sistant?es qui y ont transit?. Ce fait explique la mani?re dont les autorit?s fran?aises ont, de nouveau, cherch? ? int?grer le Cameroun ? l?empire colonial fran?ais d?s la fin du conflit, lors du processus de n?gociation diplomatique autour du devenir des territoires sous mandats. Malgr? un important lobbying au sein de la nouvelle Organisation des Nations Unies (Onu), afin de maintenir sa domination sans contr?le international, des accords sont finalement sign?s en 1946 : l?ancien Camerounsous mandat fran?ais devient un territoire sous sa tutelle qui doit, en th?orie, rapidement ?voluer vers l?autonomie et l?ind?pendance. Mais la volont? fran?aise de continuer ? le diriger comme une ? partie int?grante ? de son empire perdure et conditionne la mani?re dont les diff?rents gouvernements et les autorit?s coloniales, souventcompos?es d?anciens r?sistants, agissent pendant la guerre du Cameroun. Cette section met aussi particuli?rement l?accent sur le dynamisme politique des Camerounais?es apr?s 1944, que ce soit par le biais de la cr?ation de syndicats, d?associations ou de mouvements qui r?clament d?sormais l?ind?pendance et la r?unification avec la partie sous tutelle britannique. Notre ?tude se place ? hauteur d?individuslongtemps invisibilis?s, des hommes et des femmes qui ont favoris? cette ?mancipation politique : les syndicalistes en poste au Cameroun, proches des futur?es membres de l?Union des populations du Cameroun (UPC) cr??e en 1948, de l?Union d?mocratique des femmes camerounaises (Udefec) cr??e en 1952 et de la Jeunesse d?mocratique du Cameroun (JDC) cr??e en 1954. Ce travail porte de nouveaux regards sur la mani?re dont les Camerounais?es se sont empar??es des id?es nationalistes, guid??es par les principaux dirigeants up?cistes comme Ruben Um Nyob?, F?lix-Roland Moumi?, Abel Kingu? et Ernest Ouandi?, que ce soit au sud et ? l?ouest du pays, d?j? ?tudi?es par de nombreux?euses historien?nes, mais aussi dans les r?gions moins connues du Mbam, du nord ou de Kribi. La granularit? de nos analyses permet de cerner pourquoi les autorit?s fran?aises n?arrivent pas ? entraver, malgr? leurs efforts constants, le succ?s croissant de l?UPC aupr?s des populations camerounaises, ce qui les incite ? recourir ? unensemble de m?thodes l?gales, ill?gales et violentes pour contrecarrer cette influence. La r?pression polici?re etjudiciaire des militant?es nationalistes s?accompagne, par ailleurs, d?une tentative de contr?le de la vie politique. Les autorit?s coloniales cr?ent des partis sp?cifiquement destin?s ? contrecarrer l?UPC : en faisait le choix derenommer ces partis, alors dits ? administratifs ?, en ? partis de collaboration ?, nous souhaitions souligner que les autorit?s coloniales fran?aisescorrompent et manipulent la vie politique camerounaise pour maintenir leurs positions en pleine p?riode de d?colonisation et de guerre froide. Gr?ce au croisement d?archives de la France d?Outre-mer et de celles de la justice militaire d?voil?es ? cetteoccasion, nous avons pu ?tudier avec minutie les ?v?nements violents de Douala de septembre 1945, requalifi?s ainsipar la Commission, afin de s?affranchir du terme p?joratif ? d??meutes ? longtemps utilis? pour les d?crire et afin de mieux les inscrire dans la vague de r?pressions fran?aises qui se d?roulent en Alg?rie, au S?n?gal et ? Madagascar apr?s la Seconde Guerre mondiale. Le rapport souligne le r?le jou? par une poign?e de colons fran?ais dans l?intensification des violences et l?incapacit? des autorit?s politiques ? ma?triser celles-ci. Ces colons refusent toute r?forme remettant en cause leur domination politique et?conomique et leurs privil?ges sociaux, s?organisent en ? ?tats-G?n?raux ? pour d?noncer les r?formes issues de la conf?rence de Brazzaville de 1944, pourtant encore bien timides ? l??gard des Camerounais?es. On d?couvre la faiblesse du gouverneur Henri Nicolas face ? ces colons agressifs et vindicatifs clairement identifi?s, qui s?opposent aux manifestations des plus d?muni?es de Douala, touch??es par le difficile contexte ?conomique d?apr?s-guerre.D?bord?, le gouverneur accepte de leur fournir des armes comme l?atteste un petit cahier retrouv? par la Commissiondans les archives militaires. Ces colons et certains aviateurs fran?ais de l?escadrille B?thune outrepassant leur mission, constituent les acteurs r?pressifs de cette premi?re s?quence violente, dont le bilan humain officiel (neuf tu??es) est largement sous-estim?. Les sanctions prises ? l?issue des ?v?nements illustrent parfaitement le fonctionnement d?une justice coloniale racialis?e : on compte des milliers d’arrestations parmi les manifestant?e?s et des centaines de condamnations ? des peines de prison ou de travaux forc?s. ? l?inverse, seuls quelques colonssont mis en examen et inculp?s pour ? r?bellion contre l?autorit? ?. Les aviateurs sont jug?s par un Tribunal militaire cr?? pour l?occasion : tous sont misaux arr?ts pendant quelques semaines et leur capitaine se voit retirer son commandement. La culpabilit? de certains administrateurs est reconnue mais ceux-ci restent majoritairement en poste. Les ?v?nements violents de Douala de septembre 1945 deviennent d?s lors un moment symbolique pour les nationalistes camerounais?es qui y voient la preuve que le r?formisme colonial d?apr?s-guerre est incapable de satisfaire leurs attentes, alors que les autorit?s de tutelle ne peuvent qu?opposer une r?ponse autoritaire et r?pressive ? leurs aspirations. Soucieux de connecter les analyses portant sur le Cameroun sous tutelle fran?aise et le Cameroun sous tutellebritannique, notamment au sud avec le Southern Cameroons, cette section montre aussi comment la r?pression du mouvement ind?pendantiste camerounais transcende les fronti?res des deux Camerouns par le biais d?un syst?me de surveillance de l?UPC d?s le d?but des ann?es 1950. Elle d?taille ainsiles premiers ?changes entre les principaux mouvements nationalistes dans les deux territoires, dont les protagonistes ?voquent d?j? une potentielle r?unification crainte par les autorit?s coloniales fran?aises. Celles-ci demandent, ? cetitre, ? leurs homologues britanniques de contr?ler









