À Libreville, les Caisses de dépôts africaines ont parlé argent, mais surtout argent patient. Les 2 et 3 septembre, la Caisse des Dépôts et Consignations du Gabon (CDC Gabon) a accueilli la première édition du Forum National de l’Épargne pour le Développement (FONED).

Sous le très haut patronage du président Brice Clotaire Oligui Nguema, la rencontre a rassemblé des représentants des Caisses de dépôts de Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Bénin, du Niger ainsi que de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) du Maroc.
Ces institutions ont partagé leurs expériences en matière de mobilisation de l’épargne institutionnelle, de financement des infrastructures, de gouvernance et de gestion des risques. L’exercice a semblé technique, mais il a porté sur une matière première devenue rare : le financement de long terme. Dans des économies africaines confrontées à des besoins massifs en logements, routes, équipements publics et investissements productifs, les Caisses de dépôts disposent d’un avantage particulier. Elles peuvent mobiliser des ressources relativement stables pour financer des projets dont la rentabilité ne s’est pas toujours mesurée en quelques mois.
À Libreville, le mot d’ordre a été la mutualisation. Les participants ont comparé leurs méthodes, identifié leurs difficultés communes et examiné les mécanismes susceptibles de renforcer leur coopération. Gestion des risques, contrôle interne, gouvernance prudentielle, reporting ou encore véhicules de co-investissement ont constitué le menu des discussions.
Le Maroc a occupé une place particulière dans cette conversation. Fondée en 1959, la CDG a offert l’un des exemples africains les plus anciens d’une institution capable d’articuler mobilisation de l’épargne et investissement à long terme. Pour les Caisses plus récentes, l’expérience marocaine a donc servi de laboratoire grandeur nature.
L’enjeu n’a cependant pas consisté à copier un modèle clé en main. Chaque pays a ses contraintes, ses règles et ses besoins. Les échanges ont plutôt cherché à faire circuler les solutions : comment mieux sélectionner les projets ? Comment limiter les risques ? Comment construire des instruments capables d’attirer d’autres investisseurs ? Et surtout, comment faire en sorte que l’épargne collectée ne se soit pas contentée de dormir dans les bilans ?
La CEMAC a posé ses propres règles
Pour les institutions de la sous-région, ces discussions ont revêtu une importance particulière. En juillet 2025, le Conseil d’administration de la BEAC a donné son avis conforme à l’adoption d’un règlement encadrant les conditions d’exercice et la supervision des Caisses des dépôts et consignations dans la CEMAC. Le Comité ministériel de l’UMAC a ensuite adopté à l’unanimité le règlement n°01/25/CEMAC/UMAC/CM/COBAC.
Cette évolution a marqué une étape dans la normalisation d’un secteur appelé à prendre davantage de poids dans le financement des économies de la sous-région. Elle a également rappelé que les Caisses de dépôts n’ont pas seulement été des institutions financières parmi d’autres. En concentrant une partie de l’épargne institutionnelle et en l’orientant vers des investissements de long terme, elles ont touché à une question sensible : celle de la souveraineté financière.
Dans la capitale gabonaise, la question de la gouvernance a donc occupé une place centrale. Il a fallu concilier rendement, sécurité des ressources, discipline prudentielle et intérêt général. Un exercice d’équilibriste, dans des économies où la frontière entre financement du développement et financement public a parfois été particulièrement mince.
Le pari a également été diplomatique. Élu en 2019 à la présidence du Forum des Caisses de dépôt pour 2020-2021, le Gabon avait affiché l’ambition de promouvoir ce modèle au-delà de la CEMAC, notamment vers l’Afrique de l’Est et australe. La rencontre de septembre a ainsi permis de remettre cette ambition sur la table.
De la bonne pratique au bon placement
Reste que le plus difficile a commencé après les discours : transformer les recommandations en investissements. Les Caisses de dépôts ont disposé d’un avantage précieux dans des économies où les financements ont souvent été trop courts : elles ont pu mobiliser une épargne patiente pour des projets dont les effets se sont inscrits dans la durée.
Logement, infrastructures, entreprises et aménagement territorial ont constitué autant de besoins. Encore faut-il disposer de véhicules d’investissement solides, de règles prudentielles harmonisées et d’une gouvernance suffisamment robuste pour éviter que l’épargne publique ne se transforme en caisse de dépannage.
À Libreville, les Caisses africaines ont donc cherché moins à aligner leurs discours qu’à rapprocher leurs pratiques. Le véritable test consiste désormais à transformer ces échanges en projets, en financements et, surtout, en résultats.
Ongoung Zong Bella