Papi Maguilké : le ferrailleur qui rêve de sauver Yaoundé des déchets

Traqué, soupçonné, parfois arrêté, Papi passe pourtant ses journées à accomplir ce que les services publics peinent à faire : retirer des tonnes de déchets de l’environnement. Derrière l’histoire de ce jeune recycleur se dessine une question dérangeante : la solution à la crise des ordures de Yaoundé se trouve-t-elle déjà dans les rues, ignorée par les autorités ?

Pendant que les pouvoirs publics multiplient les réunions de crise sur la gestion des déchets, Papi arpente chaque jour les dépotoirs de Yaoundé. À la descente de la colline de Mvolyé, dans le quartier Mballa II, ce jeune récupérateur a fait des déchets son moyen de subsistance. Son quotidien consiste à fouiller les amas d’ordures pour récupérer bouteilles plastiques, métaux et matériaux valorisables. Une activité difficile mais essentielle. « Je peux récupérer environ cinquante kilos de bouteilles par jour », explique-t-il. Grâce à cette collecte, il assure ses revenus et subvient aux besoins de sa famille.

Originaire de l’Extrême-Nord, titulaire d’un baccalauréat scientifique obtenu en 2022, Papi a quitté sa région dans l’espoir de trouver une meilleure situation économique dans les grandes villes du pays. Face au manque d’opportunités, il s’est tourné vers le recyclage informel. Depuis deux ans, il sillonne les dépotoirs de Yaoundé. Pourtant, malgré son rôle dans la réduction des déchets abandonnés dans la nature, il affirme n’avoir jamais bénéficié d’un véritable accompagnement.

Mais son principal combat n’est pas économique. « Mon plus grand problème, c’est la suspicion qui plane sur notre activité », confie-t-il. Selon lui, les récupérateurs sont régulièrement assimilés à des délinquants. Les contrôles policiers fréquents, les accusations de vol et parfois les arrestations compliquent fortement leur travail. « Je peux être accusé sans preuve d’avoir volé un objet que j’ai récupéré dans une poubelle », déplore-t-il. Cette absence de reconnaissance officielle freine le développement d’une activité qui participe pourtant à la réduction des volumes de déchets visibles dans la capitale.

Papi estime que les ferrailleurs, récupérateurs et recycleurs devraient être intégrés à la stratégie nationale de gestion des déchets. Avec un encadrement adapté, des équipements et une protection sociale minimale, ces acteurs pourraient jouer un rôle bien plus important.
Son ambition va même plus loin. « Mon rêve est de créer une usine de transformation des déchets ménagers », affirme-t-il. Pour lui, la solution passe par une approche globale, allant de la collecte à la transformation industrielle des déchets recyclables. Une vision qui contraste avec les opérations ponctuelles de nettoyage régulièrement observées dans la capitale.
Son parcours met en lumière un paradoxe frappant. D’un côté, l’État peine à contenir l’accumulation des déchets dans plusieurs quartiers. De l’autre, des centaines de récupérateurs informels contribuent quotidiennement à réduire cette masse de détritus sans bénéficier d’un statut reconnu. Dans l’ombre des montagnes d’ordures qui défigurent Yaoundé, ces travailleurs invisibles accomplissent une mission environnementale majeure. Leur expérience du terrain, leur connaissance des circuits de récupération et leur engagement constituent un potentiel encore largement inexploité.

Alors que la capitale cherche désespérément des solutions durables à la crise des déchets, le destin de Papi pose une question simple mais essentielle : faut-il continuer à ignorer ceux qui transforment déjà les poubelles en ressources, ou enfin faire d’eux les acteurs centraux d’une révolution écologique urbaine?

Tom

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