Le pays peine encore exactement à savoir de quoi meurt les Camerounais. Tel est l’un des enseignements du rapport sur la mortalité disponible sur le site de l’Institut national de la statistique.

Le ministère de la Santé vient de publier le tout premier Rapport national sur la mortalité et les causes de décès en milieu hospitalier au Cameroun, édition 2025. Ce document, fruit de l’institutionnalisation du Certificat Médical des Causes de Décès (CMCD) depuis 2021, marque une avancée décisive pour le pays. Lequel a longtemps manqué de statistiques fiables du fait d’une faible complétude de l’enregistrement des décès à l’Etat civil (8,3% seulement). La réalité rapportée avec d’autres mots rappelle que plus de neuf décès sur dix échappent à tout enregistrement formel. Ce vide statistique prive encore les autorités sanitaires d’une vision d’ensemble indispensable à toute politique fondée sur des preuves. Or: « La connaissance des causes de décès permet une planification sanitaire fondée sur des données probantes et renforce la maturité du système national d’information sanitaire », lit-on.
Ce n’est pas tout. Le rapport met en lumière plusieurs défis structurels. Plus de 22% des causes de décès demeurent mal définies, soit le double de la cible internationale fixée à 10%, traduisant des insuffisances dans la certification médicale. L’interopérabilité entre le système d’information sanitaire et celui de l’état civil reste incomplète, limitant les recoupements nécessaires à la fiabilité des données. Par ailleurs, la surveillance ne couvre pour l’instant que les décès survenus en formation sanitaire, laissant dans l’ombre une part importante de la mortalité communautaire.
La part belle des maladies non transmissibles
L’étude menée par le ministère de la Santé, l’Institut national de la statistique et d’autres partenaires porte sur 6 360 décès médicalement certifiés et codés – selon la Classification internationale des maladies (CIM-11). Ces derniers sont survenus en 2025 dans 31 formations sanitaires et 24 districts. Les résultats confirment une transition épidémiologique inachevée. Les maladies non transmissibles représentent 55% des décès codés, tandis que les affections transmissibles, maternelles, néonatales et nutritionnelles pèsent encore pour 36,7%. Les maladies cérébro-vasculaires arrivent en tête des causes spécifiques (8,6%), suivies des affections de la période périnatale (7%), du diabète sucré (4,3%), des troubles endocriniens (4,1%) et du paludisme (4%). Le VIH, la tuberculose, les infections respiratoires basses et les accidents de la route figurent également parmi les dix premières causes de décès enregistrées.
L’âge médian au décès s’établit à 49 ans. Les hommes représentent 56,1% des décès, avec une surreprésentation marquée aux âges de 30 à 49 ans et parmi les décès de cause externe, notamment les accidents. La santé maternelle et néonatale demeure une préoccupation majeure. Parmi les femmes en âge de procréer décédées, 17,1% étaient enceintes au moment du décès ou l’avaient été au cours de l’année précédente.
Un dispositif à consolider
Face à ces constats, le Ministère préconise, à court terme, le renforcement de la formation des certificateurs et des codeurs, ainsi que la redynamisation des comités de morbi-mortalité. À moyen terme, l’extension progressive du dispositif CMCD/CIM-11 à davantage de formations sanitaires, couplée à un renforcement de la prévention des principales causes de décès identifiées, est jugée prioritaire. À long terme, l’ambition est d’étendre la surveillance au-delà des hôpitaux pour documenter l’ensemble de la mortalité nationale.