Libération des emprises aéroportuaires : le Cameroun sous pression

Le calendrier ne laisse plus guère de temps au gouvernement camerounais à deux mois d’un audit de l’OACI. Aussi le Premier ministre a instruit mercredi un programme national de reconstitution du domaine aéroportuaire.

Le Premier ministre Joseph Dion Ngute préside le conseil de cabinet de septembre 2026

Le Premier ministre a présidé mercredi 23 septembre 2026 le traditionnel conseil de cabinet. Lequel a remis au centre des enjeux gouvernementaux la question de l’occupation illégale des emprises aéroportuaires. De Yaoundé-Nsimalen, à Douala, en passant par Garoua, Maroua-Salak et Koutaba, le chef de gouvernement juge la situation préoccupante sur l’ensemble du territoire. « J’ai prescrit la mise en œuvre d’un programme national de reconstitution et de sécurisation du patrimoine domanial de l’ensemble des plateformes aéroportuaires », indique Joseph Dion Ngute. Consécutivement à cette instruction, chaque plateforme devra faire l’objet d’un état des lieux foncier, cadastral et juridique complet ; avec la matérialisation physique des limites et l’installation de dispositifs de contrôle d’accès. Des opérations de déguerpissement et d’indemnisation se profilent d’ores et déjà à l’horizon.

Les ministres des Transports, Ngalle Bibehe, et des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Henri Eyebe Ayissi, dressent un état des lieux contrasté. Bornage, immatriculation, clôtures, régularisations juridiques et sensibilisation des riverains ont bien été engagés. Mais les clôtures de sûreté restent insuffisantes, les contentieux fonciers se multiplient autour de titres délivrés à des particuliers et à des sociétés, et certaines déclarations d’utilité publique sont devenues caduques. Plus embarrassant, la plupart des domaines aéroportuaires ne sont pas rattachés au réseau géodésique national, ce qui complique toute délimitation précise. Et plus encore, les plateformes sont exposées à des risques permanents de dégradation, d’incendie ou de destruction.

Le dossier est remonté d’une correspondance de l’Autorité aéronautique, qui signalait l’occupation progressive et persistante de certaines emprises par des populations à des fins d’habitation. Celle-ci survient dans un contexte particulier avec la venue prochaine d’une mission de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Laquelle viendra en novembre évaluer la conformité du pays aux normes internationales de sûreté et de servitudes aéronautiques. Un enjeu qui touche à la crédibilité de la destination Cameroun et aux investissements dans le transport aérien.

Un chantier qui traîne
Le cadre juridique ne souffre pourtant d’aucune ambiguïté. La loi de 1993 portant régime de l’aviation civile interdit toute cession, même partielle, du domaine aéroportuaire, et soumet toute occupation, même temporaire, à l’autorisation préalable de l’Autorité aéronautique. Aux limitations des hauteurs des constructions dans un rayon moyen de 15 km autour des plateformes, avec des restrictions croissantes à mesure que l’on s’approche des pistes. La loi de 2004 sur l’urbanisme range enfin parmi les terrains impropres à l’habitat ceux exposés à des nuisances graves, dont acoustiques. Plusieurs décrets signés depuis 2022 par le chef de l’État ont pourtant classé ces domaines dans le patrimoine public artificiel de l’État, ce qui leur assure une protection juridique renforcée. Le ministre des Domaines a toutefois reconnu que la consolidation de la situation foncière se poursuit et que la sécurisation physique exhaustive des emprises fait défaut.

Gaëlle Atangana

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