Marché continental de la ZLECAf : Camercap-Parc sonde la piste d’une intégration CEEAC–CEDEAO

Le renforcement des échanges entre les deux blocs régionaux apparaît comme une opportunité économique pour l’Afrique centrale, à la condition cependant d’un déploiement stratégique sur ces marchés.

La littérature autour de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) se densifie, au regard de son importance stratégique pour les économies d’Afrique. Or, s’il est déjà prouvé l’intérêt de cette initiative de l’Union africaine, les moyens pour en tirer pleinement profit restent un vaste chantier de réflexions et de décisions à prendre pour la sous-région Afrique centrale. Ici, l’ambition impose une relecture des dynamiques commerciales intra-régionales, mais aussi avec les autres communautés économiques. En la matière, le Centre d’analyse et de recherche sur les politiques économiques et sociales du Cameroun (Camercap-Parc) fait pencher la balance en faveur d’une intégration économique densifiée entre la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Cette posture a été mise en avant mercredi, 29 juillet 2026, à la faveur de la présentation des résultats d’une étude sur les déterminants des échanges entre les parties. « Cette étude fait partie d’un lot d’autres études avec d’autres angles d’attaque, et tout cela, au final, sera présenté et proposé à la Commission de l’Union africaine après une autre rencontre prévue au mois d’octobre à Cotonou pour tous les think tanks africains qui auront réfléchi sur le domaine, afin de voir comment on peut booster cette zone de libre-échange continentale », explique le Dr Adalbert Ze, expert Camercap-Parc, au sujet de l’étude commanditée par l’African Capacity Building Foundation (ACBF), organe rattaché à la Commission de l’Union africaine.

La réalité commerciale de la CEEAC est dominée par la faiblesse des flux commerciaux en son sein, d’une part, et avec la CEDEAO, d’autre part. En 2024, le commerce intra-CEEAC ne s’élève qu’à 3,1 milliards de dollars US. Le Congo se distingue comme premier exportateur intra-régional avec 976,15 millions de dollars, principalement vers le Tchad et la Guinée équatoriale. L’Angola suit avec 567,72 millions de dollars, orientés vers le Congo et la RDC. Entre la CEDEAO et la CEEAC, les échanges restent embryonnaires. Pourtant, le potentiel est considérable, relève-t-on dans les échanges tenus à Yaoundé. « Le Nigeria compte 220 millions d’habitants. Associée à l’AES – Mali, Burkina Faso, Niger – la CEDEAO et la CEEAC forment un marché de près de 650 millions de personnes. Or, en cinq ans de ZLECAf, le Cameroun n’a enregistré que 7 transactions. Dans le même temps, les produits nigérians inondent le Grand Nord camerounais, signe d’une intégration de fait qui échappe encore aux cadres formels », précise le Pr Ndip Remes, expert en finances publiques. Dès lors, l’opportunité se profile dans toute sa profondeur. Il est question de rapprocher les deux blocs par une intégration économique renforcée entre le Cameroun et le Nigeria, avec un effet de captation d’un marché de 650 millions de consommateurs, la création de chaînes de valeur régionales et le positionnement du Cameroun comme leader en Afrique centrale, capable d’arrimer la CEEAC à la CEDEAO.

Le filon Cameroun–Nigeria
Le Camercap-Parc défend la théorie des pays voisins. « Un État a généralement pour premier partenaire commercial son voisin. États-Unis–Canada, France–Allemagne en sont l’exemple. Le Cameroun devrait donc inonder ses voisins, à commencer par le Nigeria », assure-t-on, nonobstant divers obstacles qui freinent le déploiement à grande échelle du secteur privé d’Afrique centrale. Notamment les difficultés liées au démantèlement des barrières tarifaires, les tracasseries douanières le long des corridors, un climat des investissements délétère, la contrebande, le manque d’infrastructures qualité, entre autres. « En termes de développement de l’infrastructure qualité, ça se passe assez bien au niveau de la CEEAC et au niveau de la CEDEAO. Nous sommes à côté d’un mastodonte qui a achevé le développement de son infrastructure qualité. C’est un déterminant à retenir, parce que pour se déployer vers un marché d’exportation, il faut connaître ses exigences réglementaires. Et c’est le développement de l’infrastructure qualité, notamment le suivi-évaluation de la conformité et le certificat de conformité, qui facilitent le déploiement, si et seulement si l’autre partie accepte le certificat présenté. Si le Nigeria, qui a son infrastructure complètement développée, veut signer un accord de reconnaissance mutuelle avec le Cameroun, il faut qu’il se rassure que nous avons une infrastructure qualité totalement développée. Et ce n’est pas encore le cas. Ce qui fait qu’on entend parler du MOU entre l’ANOR (Agence des normes et de la qualité) et la NAFDAC (agence nationale nigériane pour l’administration et le contrôle des aliments et des médicaments) depuis des années, et ça n’avance pas à cause de notre infrastructure embryonnaire. Et c’est le cas de beaucoup de pays de la CEEAC », explique Gisèle Rolande Mvoto, chef de la Cellule des études et des projets de l’ANOR. Plusieurs mécanismes sont proposés pour améliorer le contexte des affaires dans la CEEAC. Ils concernent l’application des articles 8 et 10 de l’Accord sur la ZLECAf ; l’harmonisation des procédures et la reconnaissance mutuelle des certificats de conformité ; la digitalisation des procédures et la sécurisation des corridors ; la production et la diffusion d’informations commerciales ciblées afin d’orienter les opérateurs vers les produits à forte demande.

Louise Nsana

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