Li Yèk Kûl

Un rituel ancestral soit pour bénir, soit pour maudire
Ce rituel ouvre la voie à de grandes assises communautaires du peuple Bassa-Bati-Mpo’o. Il relie le matériel et l’immatériel à l’occasion de ces regroupements dans une intention de convergence.

Cérémonie du Yèk kul au Festival Mbog Liaa 2024

Tout grand rassemblement communautaire commence par un croisement des intérêts et des engagements individuels. Le Yèk Kul (parole sacrée) scelle cela et conjure des vents dissidents au milieu de ce qui désormais fait le socle de ces retrouvailles.
« Le yèk Kul. C’est un des éléments mineurs du mbog. Comme le Saï Mbog (rituel de bénédiction du peuple), le ngambi (divination par l’araignée mygale), etc. C’est un pacte avec nos devanciers et avec dieu. C’est à dire, nous les prenons comme nos témoins dès qu’il y a une assise d’envergure », explique Mbombok Mpondo Pallawoh.
Li Yèk Kul est un moment solennel. Une prière à dieu
« Ilolombi » et aux ancêtres (Ba sogol sogol en langue Bassa) qui doivent apporter bénédictions et soutien aux enfants Bassa – suivant leurs composantes Mbene, Bati et Mpo’o – qui se réunissent autour de centres d’intérêts librement consentis et poursuivis. Mais au-delà, le rituel ouvre la voie à une condamnation des esprits malveillants et de personnes au cœur perfide. « On prévient les ancêtres de ce que nous sommes venus faire. Si dans l’assistance il y a des éléments perturbateurs ou des gens qui sont venus s’opposer ou alors apporter une nuance plutôt négative à la chose, li yèk kul a aussi cette dimension de folie. A partir de ce moment c’est le mbombok qui le prononce, qui l’articule, qui l’installe dans ce que nous avons tous en commun quelque-soit le mbombok, le
«ndombol». C’est-à-dire la parole sacrée venant du Mbombok par ce que le mbom bok n’est plus un être ordinaire comme tout le monde. Il est métamorphosé en son fond intérieur parce que ses centres d’énergie ont été travaillés autrement c’est pourquoi il reçoit le pouvoir du verbe », poursuit le guide spirituel
Le Yèk Kul met en scène un Mbombok qui prononce la parole qui scelle. Ce dernier en reçoit l’autorité de ses compères ; puis il énumère ses ancêtres jusqu’à la sixième génération. Il tient d’eux son pouvoir spirituel et doit s’en remettre à eux pour l’accomplissement de ce rituel. Il tance à cet instant ces personnes qui siègent avec des intentions cachées de nuisance ou de sabotage. Ce qui suffit à mettre en exergue les valeurs morales ici prônées à l’instar de la sincérité et l’honnêteté.
« Quand nous parlons, nous demandons simplement à Ilolombi (dieu suprême) de bénir cette assise. Que tous œuvrent beaucoup plus dans le sens de la compréhension et de la construction. Qu’il y’ait un respect mutuel et la paix au-dessus de tout. On demande souvent que la lumière et la compréhension guident ceux qui prennent part aux assises ». Les mots sont choisis avec grand soin. Sans passion, mais sans réserve au sujet des explications sur les gestes condamnables mais également sur la nature de la sanction. « C’est un immense pouvoir mais qui tient lieu d’avertissement. Ce rituel est aussi une forme de prière. Même toi qui préside le rituel du Yèk kul, si tu n’es pas propre, si tu es pénétré par des pensées négatives pour détruire, ça te prend aussi. Ce n’est pas une petite chose, on s’en méfie beaucoup. Même nous-même. Quand tu as la charge d’officier pour installer li yèk kul, la plupart des Bambombok qui sont là te remettent leur Bimbang bi mbog (reliques anciennes sacrées des clans). Ils te remettent le pouvoir des clans qu’ils représentent », continue le gardien du pouvoir ancestral.
Nul ne peut échapper au pouvoir des mots, soit de bénédiction ou de malédiction, prononcés à l’occasion de ce rituel. Pas même le guide spirituel à l’œuvre. Seule la pureté de cœur agit en cette circonstance comme rempart. « Le mbombok qui parle commence par se recommander lui-même parce que lui-même, sa relique peut être sale ; c’est-à-dire investi de mauvaises intentions. On appelle le mbog (entendu ici comme le pouvoir spirituel) à « manger » de telles personnes. Elles peuvent repartir avec des maladies, certains peuvent mourir. D’autres sont réduits à des incapacités. C’est pour cela que nous faisons attention aux paroles que nous prononçons parce que la bouche du Mbombok est sacrée. Il doit faire extrêmement attention à toute parole qu’il sort de sa bouche. Parce que ce sont des hommes d’exception », l’entend-on dire.
Li Yek Kûl s’achève sur une réponse du collège des Babombok. Ces derniers soulèvent tous ensemble leurs ntongo (Cannes en langue Bassa), tapent des pieds à terre et répondent en écho à des paroles du Mbombok qui officie au rituel. Le sort est ainsi scellé, la bénédiction est active, la malédiction aussi.

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