En célébrant la Toussaint, les chrétiens catholiques veulent d’abord se souvenir des « saints » et « saintes » de toutes les races, langues, nations et conditions. L’évangeliste Jean parle en effet d’une grande foule que personne ne pouvait dénombrer (Apocalypse 7, 9). C’est la première remarque que je voulais faire.

Deuxièmement, on aurait tort d’assimiler le saint à celui qui est parfait, sans péché ou sans défaut.
Troisièmement, si Pierre, Paul, Jacques, Jean, Dominique Savio, Bakhita, Kizito, Lwanga, Annuarite, Oscar Romero et bien d’autres n’étaient pas sans défaut, pourquoi l’Église catholique fait-elle mémoire d’eux aujourd’hui ? Parce qu’ils ont été des témoins. Le témoin est celui ou celle qui, dans son époque et milieu, a rendu témoignage à l’une ou l’autre béatitude: l’humilité, la miséricorde, la pureté du cœur (être sans calcul, sans arrière-pensée), la recherche de la paix, la lutte pour la justice, etc. comme cela est mentionné dans Mt 5, 3-12.
Le témoin peut être un adulte ou un jeune, un consacré ou un laïc, chrétien ou non-chrétien.
Les témoins ont en commun d’avoir souffert d’une manière ou d’une autre. En effet, certains ont connu l’incompréhension, d’autres la persécution ou le rejet. D’autres encore ont été froidement exécutés comme Christophe Munzihirwa, jésuite et ancien archevêque de Bukavu en RDC, assassiné dans la nuit du 29 octobre 1996 par les troupes de l’AFDL. Sa voix dérangeait ceux qui voulaient faire main basse sur les richesses de l’Est du Zaïre.
Le mot grec « marturos » a justement cette double signification : témoin et martyr.
Pourquoi l’Église catholique commémore-t-elle ces témoins-martyrs ? Pour nous dire que ceux et celles qui vivent conformément aux béatitudes entreront dans le Royaume des cieux.
Martin Luther King, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Victor Biaka Boda, Aline Sithoé, Marie Koré, Kadjo Amangoua, Socrate, Um Nyobè, Nyerere, Barthélemy Boganda, Modibo Keïta, Helder Camara, Frantz Fanon, Sartre, Aimé Césaire, Émile Zola qui prit la défense du capitaine Dreyfus injustement accusé de trahison, Gandhi et tant d’autres ne sont certes pas sur le calendrier julien mais j’ai l’intime conviction qu’ils sont auprès du Dieu de justice, de vérité et de liberté car chaque fois que nous défendons ou promouvons ces valeurs, c’est Dieu lui-même que nous honorons. Connus et inconnus, les saints sont avec Dieu parce qu’ils ont mené le combat de Dieu en luttant pour un monde plus humain, plus libre et plus juste.
Jean-Claude Djéréké