MIDIS DE L’INTEGRATION

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

Les victimes oubli?es ?

La C?te d?Ivoire avait amorc? un processus de paix et de r?conciliation bien avant les drames qui allaient suivre. En 2001, un forum de r?conciliation nationale fut organis?, r?unissant toutes les forces politiques, y compris les plus critiques du r?gime. Cette main tendue visait ? tourner la page des tensions pass?es. Mieux encore, le Rassemblement des R?publicains (RDR), longtemps consid?r? comme marginalis?, int?gra le gouvernement. C??tait un signal fort d?apaisement et d?ouverture, un geste politique rare en Afrique, o? le vaincu est souvent exclu. L?histoire aurait d? prendre un autre tournant. Mais, au lieu de renforcer l?unit? nationale, cette p?riode d?apaisement fut cyniquement exploit?e. Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, alors m?me que le pays avait fait preuve de bonne volont?, une r?bellion arm?e venue du Burkina Faso attaqua la C?te d?Ivoire. Cette attaque divisa le pays en deux : le nord aux mains des rebelles, le sud rest? sous contr?le du gouvernement l?gal. Cette trahison fut un coup de poignard dans le dos de la R?publique. Elle r?v?la que certains acteurs politiques n?avaient jamais eu l?intention de jouer le jeu d?mocratique. Le masque tomba. Une paix de fa?ade Face au chaos n? de cette r?bellion, l??tat ivoirien tenta, une fois encore, de faire preuve de sagesse. Une loi d?amnistie, promulgu?e le 13 avril 2007, fut cens?e effacer les fautes d?hier et ouvrir la voie ? une paix durable. Des c?r?monies de r?conciliation furent organis?es.Simone Gbagbo dansa avec Sidiki Konat? ? Yopougon, devant une foule m?dus?e. Des chefs de guerre comme Issiaka Ouattara alias Wattao furent accueillis avec chaleur dans des villages bh?t?. On voulait croire ? une C?te d?Ivoire nouvelle, gu?rie et r?concili?e.Mais cette paix-l?, ?tait-elle r?elle ? Cette r?conciliation, sinc?re ? L?avenir allait nous prouver qu?il ne s?agissait que d?une mise en sc?ne, un simple entracte avant une nouvelle trag?die. La vraie nature r?v?l?e Avril 2011 fut un r?veil brutal. Les m?mes qui avaient chant? la paix revinrent, cette fois avec plus de violence, plus de haine, plus de cynisme. Ils pill?rent, viol?rent, ?gorg?rent, d?truisant tout sur leur passage. Des milliers d?Ivoiriens furent jet?s sur les routes de l?exil, priv?s de leurs biens et de leur dignit?. Le drame se joua avec la complicit? de l?ONU et de la France, qui se targuent pourtant d??tre les garants des droits de l?homme. Le silence de la communaut? internationale, son aveuglement volontaire, furent une deuxi?me trahison.Les Ivoiriens comprirent alors qu?ils n?avaient pas affaire ? de simples adversaires politiques, mais ? des voyous, des fourbes, incapables de respect ou de repentance. Des criminels sans remords Les ?v?nements qui suivirent achev?rent de d?truire l?illusion. Soro Kigbafori, l?un des chefs de la r?bellion, loin de regretter ses actes, les revendiqua comme une victoire d?mocratique. En 2018, il osa parler de la r?bellion de 2002 comme la ?naissance d?un nouvel espoir?. Un de ses lieutenants affirma m?me que les Ivoiriens devraient remercier Soro et sa bande pour les avoir ?sauv?s d?un g?nocide?. Ces d?clarations sont une insulte ? la m?moire des victimes. Une gifle pour les veuves, les orphelins, les d?plac?s, les exil?s.Elles montrent surtout que les chefs rebelles ne regrettent rien, ne regretteront jamais, et que leur pr?tendue volont? de r?conciliation n?est qu?une escroquerie. Le pi?ge du pardon sans justice Certains, par na?vet? ou calcul politique, ont appel? ? ?tourner la page?. Ils ont trait? d?ennemis de la paix ceux qui refusaient d?absoudre les coupables. Ceux qui conseillaient la prudence ont ?t? trait?s de ?rancuniers?, de ?revanchards?.Mais le pardon sans v?rit? est une farce ; la paix sans justice, une illusion ; la r?conciliation sans reconnaissance des fautes, une mascarade.Soro Kigbafori n?a jamais admis que l?attaque du 19 septembre 2002, men?e apr?s l?entr?e du RDR dans le gouvernement et malgr? les efforts du forum de r?conciliation, ?tait une trahison. Il n?a jamais reconnu le r?le de la France dans la d?stabilisation de notre pays. Il n?a jamais exprim? le moindre regret.Et pourtant, certains osent plaider sa cause, souhaitant le voir candidat ? la pr?sidentielle. Ils ont d?j? oubli? tout le mal qu?il a caus? ? des milliers d?Ivoiriens. L?oubli est une insulte Peut-on r?ellement tendre la main ? un homme qui n?a jamais pr?sent? d?excuses ? Peut-on b?tir un pays avec ceux qui l?ont d?truit et s?en vantent encore ? Ceux qui souhaitent que la C?te d?Ivoire fasse table rase du pass? insultent la m?moire des morts. Pour ma part, je refuse cette l?g?ret?. Je refuse cette insulte. Et je me tiens ? la sagesse de Nelson Mandela, prix Nobel de la paix, qui disait : ?Quand tu t?es battu si dur pour te remettre debout, ne retourne jamais aupr?s de ceux qui t?ont mis ? terre.? Nous avons trop souffert. Nous nous sommes relev?s. Mais nous ne devons plus jamais nous laisser berner. Nous ne devons pas accepter que les bourreaux se d?guisent en sauveurs. Une d?mocratie ? r?inventer La d?mocratie ne peut se construire sur le mensonge, l?oubli et l?impunit?. Elle ne peut s??panouir dans un pays o? les tueurs sont c?l?br?s et les victimes oubli?es. Tant que des hommes comme Soro Kigbafori continueront d??tre port?s aux nues, tant que la France continuera d?agir comme marraine de l?instabilit?, tant que la v?rit? sera ?touff?e sous les discours de ?r?conciliation?, la C?te d?Ivoire ne conna?tra pas de paix v?ritable.Il est temps de dire non. Non ? l?oubli. Non ? l?impunit?. Non ? la manipulation. La paix est une conqu?te. Elle commence par le refus d??tre complice du mensonge. Jean-Claude Dj?r?k?

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

Pr?sidentielle ivoirienne: Et si Laurent Gbagbo se trompait de combat ?

La d?cision du Conseil constitutionnel ivoirien de rejeter la candidature de Laurent Gbagbo ? la pr?sidentielle d?octobre a, sans surprise, provoqu? une onde de choc dans le paysage politique national. R?action imm?diate de l?int?ress?: il ne soutiendra aucun des candidats retenus, y compris Simone Ehivet Gbagbo et Don Mello, deux figures majeures de son camp. Pour lui, l?essentiel n?est pas de gagner, ni de participer, mais d?emp?cher Alassane Ouattara d??tre candidat, le qualifiant implicitement de faussaire constitutionnel. Mais la posture de Laurent Gbagbo interroge. Faut-il refuser l??lection parce que lui-m?me en est ?cart? ? Faut-il diaboliser la participation des autres, simplement parce qu?il n?est pas en lice ? Et surtout, faut-il c?der ? la r?signation sous pr?texte que le syst?me est verrouill? ? Ma r?ponse est non. Non, Ouattara n?est pas imbattable. Non, la participation de Simone et de Don Mello n?est pas n?cessairement un accompagnement. Et non, Gbagbo n?est pas l?unique voix de l?opposition ivoirienne. Un pr?c?dent africain? et ivoirien L?argument central de Gbagbo et de ses partisans repose sur une id?e simple: le jeu est pip?, donc inutile d?y participer. Ouattara contr?le le Conseil constitutionnel, la Commission ?lectorale, l?appareil d??tat? donc ? quoi bon ? Pourtant, l?histoire ?lectorale de l?Afrique offre un contre-exemple frappant ? cette logique. Des candidats sortants, puissants, entour?s d?institutions ? leur solde, ont ?t? renvers?s par les urnes. Au Malawi, au Nigeria, en Zambie ou plus r?cemment au S?n?gal, des oppositions r?solues ont arrach? la victoire. Et que dire de l?histoire r?cente de la C?te d?Ivoire elle-m?me ? En 2000, personne ne croyait que Gbagbo pouvait battre le g?n?ral-pr?sident Robert Gue?. Ce dernier, alors pr?sident sortant, chef de l?arm?e, contr?lait tout? Et pourtant, le peuple a parl?, et Gbagbo a ?t? port? au pouvoir. L?ancien pr?sident le sait mieux que quiconque: le soutien populaire, m?me dans un syst?me biais?, peut renverser les pronostics.Alors pourquoi, aujourd?hui, d?cr?ter que la messe est dite ? Pourquoi ne pas croire ? nouveau en la force du suffrage populaire ? Militants ou citoyens ? Autre pilier de la strat?gie de boycott: l?id?e que, sans Gbagbo, les militants ne voteront pas. Peut-?tre. Mais faut-il rappeler une v?rit? trop souvent ignor?e ? Les partis politiques ne sont pas propri?taires des voix des ?lecteurs. Les militants ne sont pas des robots. M?me si Gbagbo appelle ? l?abstention, rien ne garantit que tous les membres du PPA-CI ob?iront aveugl?ment. D?autant que les appels au boycott de 2015 et 2020 n?ont pas ?t? franchement suivis d?effet. Des millions de voix sont rest?es silencieuses? pas toujours par adh?sion ? la consigne, mais souvent par fatigue, par d?go?t ou par r?signation. Or, 2025 n?est pas 2020. Le contexte a chang?. Des candidatures nouvelles ?mergent. Des voix jusque-l? silencieuses se r?veillent. Et surtout, le peuple ivoirien en a assez d??tre pris en otage par les querelles de chefs. Plus de 8 millions d??lecteurs sont inscrits sur les listes. Peut-on vraiment croire qu?ils sont tous des militants du PPA-CI ? Bien s?r que non. Une large majorit? de ces ?lecteurs ne sont membres d?aucun parti, ne d?pendent d?aucun mot d?ordre, et souhaitent exprimer leur voix librement.Ce sont ces Ivoiriens, souvent jeunes, souvent silencieux, qui n?ont pas vot? en 2015 ni en 2020, mais qui aujourd?hui ont envie de se faire entendre. Croire que tout tourne autour de Gbagbo, c?est nier leur existence. C?est m?priser leur volont?. Et c?est, encore une fois, se tromper de combat. Et si la candidature de Gbagbo avait ?t? valid?e ? Voil? la vraie question, la question de fond. Si sa candidature avait ?t? accept?e, aurait-il boycott? l??lection ? Aurait-il dit ? Simone et ? Don Mello: « Restons ? la maison » ? Bien s?r que non. Il aurait arpent? les plateaux t?l?, sillonn? le pays, mobilis? ses troupes? et r?clam? le soutien de tous les d?mocrates, au nom du changement. Alors pourquoi refuser aux autres ce qu?il se serait accord? ? lui-m?me ? Cette attitude, pour nombre d?Ivoiriens, ressemble moins ? un acte de conviction qu?? une r?action de frustration. Ils sont nombreux ? le dire tout haut: Laurent Gbagbo a marqu? l?histoire, mais aujourd?hui, il doit savoir quitter la sc?ne avec dignit?. Gbagbo, un leader en fin de cycle ? Pour certains de ses compatriotes, Gbagbo est un homme qui ne sait pas partir. Apr?s des d?cennies de lutte politique, des ann?es de pouvoir, des proc?s internationaux, un retour triomphal, il continue de penser que, sans lui, rien ne peut se faire. Or, le propre des grands hommes, c?est justement de savoir passer le flambeau, de former une rel?ve, de faire passer l?int?r?t g?n?ral avant l?ego personnel. Ce n?est pas un aveu de faiblesse, c?est une preuve de sagesse. Le refus de soutenir m?me son ex-?pouse ou un camarade de longue date, sous pr?texte qu?il n?est pas lui-m?me candidat donne l?image d?un homme plus pr?occup? par son exclusion que par l?avenir du pays. Ce que la C?te d?Ivoire attend aujourd?hui Ce que le peuple ivoirien attend aujourd?hui, ce n?est ni une guerre d?ego, ni des consignes de boycott. Ce qu?il veut, c?est la paix, la justice ?lectorale, la repr?sentativit?, la stabilit?. Oui, la candidature de Ouattara pose un probl?me constitutionnel. Oui, les institutions sont contest?es. Mais la solution ne viendra ni du silence, ni de l?abstention. Elle viendra du courage civique, de l?engagement ?lectoral, de la mobilisation citoyenne. Participer ? l??lection, ce n?est pas trahir. C?est croire encore en la d?mocratie. C?est dire ? la C?te d?Ivoire: « Je ne baisse pas les bras ».Et puis, les boycotts de 1995 et de 2020 ont-ils emp?ch? Henri Konan B?di? et Alassane Ouattara d?exercer leur pouvoir ? Non. Ne pas confondre combat personnel et combat national Laurent Gbagbo restera une figure majeure de l?histoire politique ivoirienne. Son parcours, sa r?sistance, ses combats pour la souverainet? et la dignit? de l?Afrique lui ont valu l?admiration de millions de personnes. Mais l?Histoire ne s??crit pas au pass?. Elle s??crit au pr?sent, et surtout avec les autres. Refuser l??lection parce qu?on en a ?t? ?cart?, c?est confondre l??go personnel

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

L?argent : un ma?tre ou un simple serviteur ?

L?ap?tre Paul dit ? Timoth?e que prier pour tous ceux qui exercent l?autorit? est une bonne chose parce que Dieu veut que tous les hommes soient sauv?s. Le riche peut ?tre sauv? s?il a gagn? « son » argent honn?tement, s?il n?a pas fauss? les balances, s?il n?a pas exploit? les pauvres comme le faisaient les commer?ants v?reux et sans scrupule au temps d?Amos. Car J?sus ne condamne pas la richesse en tant que telle. Ce qu’il condamne, c?est la richesse que nous avons gagn?e en faisant souffrir nos semblables, en vendant notre ?me au diable, en piquant ind?ment dans les caisses de l??tat, en faisant main basse sur le bien d’autrui, en tuant des innocents. N?oublions pas que ce sang-l? criera toujours vengeance comme celui d?Abel. Non, J?sus n?appelle pas ? m?priser les biens mat?riels mais ? r?sister ? leur emprise. Il appelle non seulement ? les acqu?rir honn?tement mais ? en faire bon usage (est-il n?cessaire d?accumuler voitures et maisons quand d’autres manquent du minimum vital et que nous savons que nous n?emporterons rien de ce monde dans l?autre monde ?), ? les partager avec les d?munis pour que ces pauvres de Yahv? puissent nous accueillir demain dans les demeures ?ternelles. Jean-Claude Dj?r?k?

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

Un chef d’Etat ne peut pas vivre dans le luxe alors que son peuple manque de tout

En 1973, le pr?sident za?rois, Mobutu Sese Seko, effectua une visite de trois jours en Mauritanie. ? cette ?poque, la Mauritanie ?tait l?un des pays les plus pauvres d?Afrique, avec une ?conomie reposant sur la p?che, l?agriculture et l??levage ovin. Au cours de ces trois jours d??changes, le pr?sident Mobutu remarqua que son h?te, le pr?sident mauritanien Moktar Ould Daddah ? premier pr?sident de la Mauritanie apr?s son ind?pendance de la colonisation fran?aise ? ne changea pas de costume pendant toute la dur?e de la visite. ? la fin de son s?jour, dans le hall de d?part de l?a?roport de Nouakchott, le pr?sident Mobutu remit discr?tement un ch?que de 5 millions de dollars am?ricains au secr?taire du pr?sident Ould Daddah afin de ne pas l?embarrasser. Au ch?que, il joignit un mot indiquant les adresses de c?l?bres maisons de couture parisiennes, o? lui-m?me faisait confectionner ses costumes, esp?rant que le pr?sident Ould Daddah puisse ?galement s?y procurer des v?tements et accessoires formels. Apr?s le d?part de Mobutu, le secr?taire remit le ch?que au pr?sident Ould Daddah en lui expliquant qu?il s?agissait d?un cadeau de Mobutu destin? ? lui permettre d?acheter des costumes et habits ? Paris. Le pr?sident Ould Daddah remit aussit?t le ch?que au ministre mauritanien des Finances afin qu?il soit vers? au Tr?sor public. Plus tard, gr?ce ? cette somme, la Mauritanie construisit et ?quipa l??cole Normale Sup?rieure pour la formation des enseignants, car le pays souffrait d?une grave p?nurie dans ce domaine en raison de la pauvret?. Cinq ans plus tard, en 1978, Mobutu fit escale au Maroc en revenant des ?tats-Unis et y resta une semaine. Lorsque le pr?sident Moktar apprit sa halte ? Rabat, il le contacta et l?invita ? visiter la Mauritanie, m?me bri?vement. Sur le trajet de l?a?roport au palais pr?sidentiel de Nouakchott, Mobutu remarqua des banderoles en fran?ais d?corant les rues avec les inscriptions : ? Merci Za?re ? Merci Mobutu ? Merci pour le don ?. Avant que le cort?ge n?arrive au palais, Mobutu s?arr?ta ? l??cole Normale des Instituteurs, descendit de sa voiture et, surpris, interrogea son h?te ? propos des banderoles. Il demanda au pr?sident Moktar 😕 Quel est ce don pour lequel le peuple mauritanien me remercie ? Je viens tout juste d?arriver ? Nouakchott il y a une heure, je n?ai apport? aucun cadeau ni fait aucun don. ? ? ce moment-l?, le pr?sident Moktar sourit et dit : ? Voici votre pr?cieux don. Avec les cinq millions de dollars que vous m?avez donn?s il y a cinq ans, nous avons construit cette ?cole Normale des Instituteurs, car notre peuple avait un besoin urgent de moyens pour lutter contre l?analphab?tisme et la pauvret?. ? Mobutu l?embrassa et d?clara : ? Si seulement le reste des dirigeants africains ?taient comme vous, notre continent ne souffrirait pas d?analphab?tisme, d?ignorance, de pauvret? et de sous-d?veloppement. ? Le pr?sident Moktar r?pondit : ? Je re?ois un salaire mensuel du Tr?sor public, donc je ne travaille pas gratuitement. Ce don vous appartenant, il revient au peuple mauritanien. Quant ? mon apparence et ? mes v?tements, il n?est pas convenable que je porte les plus belles modes mondiales alors que mon peuple souffre de pauvret?. Avec l??ducation, nous pouvons vaincre ces fl?aux et obstacles qui entravent notre progr?s. ? Le pr?sident Moktar Ould Daddah est mort en 2003. Il menait une vie simple. Il n??tait int?ress? ni par le luxe ni par l?extravagance. Il habitait dans une modeste maison de trois pi?ces. Ceux qui aspirent ? diriger leur pays, voil? ce que les peuples africains attendent de vous. Jean-Claude Dj?r?k?

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

Claude Langlois: un ma?tre discret de l?histoire et de la sociologie des religions

C?est avec grand retard que j?ai appris la disparition de Claude Langlois, survenue dans la nuit du 24 au 25 mai 2024. Sa mort m?a profond?ment touch? parce que Claude Langlois ?tait un homme d?exception, tant par la qualit? de son travail que par la simplicit? de son engagement intellectuel. Il a termin? sa carri?re d?enseignant ? La Sorbonne, plus pr?cis?ment ? l??cole Pratique des Hautes ?tudes, o? il a laiss? une empreinte durable. Langlois ?tait reconnu comme l?un des meilleurs historiens et sociologues des religions en France. Son ?uvre t?moigne d?une rigueur scientifique alli?e ? une profonde humanit?. Jusqu?? l??ge de sa retraite, il n?a cess? de publier, contribuant ? nourrir le d?bat acad?mique avec constance et passion. Cette pers?v?rance dans le travail illustre sa vocation d?enseignant et de chercheur, dont l?amour pour la connaissance ne s?est jamais d?menti. J?ai eu la chance d??tre l?un de ses ?tudiants et ce fut une exp?rience marquante. Claude Langlois n??tait pas un professeur qui imposait sa pr?sence ou son autorit?. Bien au contraire, il incarnait une disponibilit? et une bienveillance rares. Je n?avais jamais besoin de courir apr?s lui pour qu?il lise mon travail ou qu?il me donne rendez-vous. Lui qui ?tait le directeur de th?se, il ?tait toujours pr?t ? prendre le temps, ? d?couvrir les questionnements que je portais. Ce qui frappait chez lui, c??tait sa simplicit? et sa modestie. C?est lui-m?me qui choisissait l?endroit o? nous devions discuter de mes recherches, souvent dans l?un de ces caf?s embl?matiques qui entourent la Sorbonne. Ces lieux, ? la fois conviviaux et propices ? la r?flexion, ?taient parfaits pour un ?change d?id?es ? la fois rigoureux et d?tendu. Apr?s avoir ?cout? attentivement et fait ses remarques ?clair?es, il fixait toujours la date de notre prochain rendez-vous avec une s?r?nit? pleine de respect pour mon rythme.Au d?but de nos rencontres, il ne manquait jamais de prendre des nouvelles de ma famille rest?e au pays, qui traversait alors une grave crise politique. Cette attention t?moignait d?une v?ritable empathie, et d?un regard port? sur le monde au-del? des seules questions acad?miques. Une empathie qui venait peut-?tre des deux ann?es pass?es jadis au Mali (1965 et 1966). C?est cette humanit? qui rendait son enseignement si pr?cieux et ses conseils si pr?cieux. Durant ses cours, Claude Langlois avait l?art de pr?senter les grandes questions de l?histoire des religions avec clart? et profondeur. Il commen?ait toujours par faire circuler les derniers livres parus en histoire et sociologie des religions, partageant ainsi avec ses ?tudiants les toutes derni?res avanc?es et r?flexions du domaine. Ensuite, il exposait ce qu?il avait ? dire avec p?dagogie et pr?cision. Mais il ne souhaitait pas que son discours reste fig?. Il encourageait vivement ses ?tudiants ? r?agir, soit en allant dans son sens, soit en le contredisant ? mais toujours de fa?on argument?e et respectueuse. Il r?p?tait inlassablement qu?il n?avait pas la science infuse, pr?nant ainsi une posture d?humilit? intellectuelle qui rendait ses ?changes d?autant plus riches. Il ma?trisait parfaitement les grands documents du Concile Vatican II (1962-1965), les questions relatives aux congr?gations religieuses, ainsi que les rapports entre l??glise et le pouvoir politique. Toutes ces th?matiques, essentielles ? la compr?hension de la sociologie des religions contemporaines, ?taient abord?es avec une profondeur et une rigueur exemplaires. Sa douceur et son ouverture d?esprit ?taient palpables, tant dans sa mani?re d?enseigner que dans ses rapports humains. Il savait susciter la curiosit? intellectuelle, ?veiller la r?flexion critique et nourrir une d?marche scientifique rigoureuse. Son apport au champ de la sociologie des religions est consid?rable. Il a su montrer combien les croyances et les pratiques religieuses sont des vecteurs essentiels pour comprendre les dynamiques sociales, les rapports de pouvoir, les identit?s collectives. Sa d?marche combinait histoire, sociologie, et anthropologie, offrant ainsi une lecture riche et nuanc?e des ph?nom?nes religieux. Son h?ritage est pr?cieux pour tous ceux qui cherchent ? appr?hender le religieux non pas comme une donn?e fig?e, mais comme un processus vivant et ?volutif. En quittant l??cole Pratique des Hautes ?tudes, Claude Langlois n?a jamais cess? d??tre un acteur du savoir. Il continuait ? publier, ? participer aux d?bats, ? accompagner des chercheurs, avec la m?me passion et la m?me exigence. Sa retraite n?a pas signifi? un retrait du monde intellectuel, mais plut?t un prolongement discret et constant de son engagement. Aujourd?hui, il est difficile de mesurer pleinement l??tendue de la perte que repr?sente sa disparition. Mais son ?uvre et sa mani?re d??tre restent pour nous un mod?le d?int?grit?, de rigueur et d?humanit?. Claude Langlois nous a appris ? regarder le monde des religions avec un regard attentif, critique, et toujours ouvert ? la complexit?. ? travers cet hommage, je souhaite exprimer toute ma reconnaissance envers cet homme qui a su m?accompagner avec tant de patience et de g?n?rosit?. Son souvenir demeurera ? jamais grav? dans la m?moire de ses ?tudiants et de tous ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin. Jean-Claude DJEREKE

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

Abdou Tour?: un sociologue de l?Afrique d?en bas

C?est avec une certaine ?motion que j??cris ces lignes pour rendre hommage ? Abdou Tour?, un homme dont le parcours et l??uvre ont profond?ment marqu? ma vision de la sociologie et, plus largement, de l?Afrique contemporaine. Abdou Tour? nous a quitt?s alors qu?il exer?ait encore en tant qu?ambassadeur au Burkina Faso, un poste qu?il occupait avec dignit? et engagement. Bien que je ne l?aie jamais rencontr? personnellement, son ?uvre et son parcours m?ont toujours inspir? et incit? ? embrasser la discipline sociologique. L?un des legs les plus pr?cieux d?Abdou Tour? demeure sans conteste son livre ? Les petits m?tiers ? Abidjan: l?imagination au secours de la conjoncture ?, publi? en 1985 aux ?ditions Karthala. Ce livre, fondamental ? mes yeux, m?a ouvert les portes d?un univers souvent m?connu et sous-estim?: celui des acteurs du secteur informel en Afrique. Par un regard lucide et empathique, Abdou Tour? y d?crit avec pr?cision et humanit? l?ing?niosit?, la cr?ativit? et la r?silience des hommes et des femmes qui, chaque jour, doivent imaginer des strat?gies pour survivre dans une ?conomie marqu?e par la pr?carit? et l?exclusion. La pertinence de cette ?uvre ne se limite pas ? une simple description ethnographique. Elle porte un message fort: celui de la reconnaissance de cette ? Afrique d?en bas ?, une expression ch?re au sociologue camerounais Jean-Marc Ela, lui aussi disparu trop t?t. Cette Afrique-l? est souvent marginalis?e, m?pris?e, voire ignor?e par les pouvoirs publics, qui ne la consid?rent pas toujours comme une priorit?. Pourtant, c?est elle qui fait preuve d?une capacit? remarquable ? s?adapter, ? inventer et ? pers?v?rer face ? des conditions difficiles. Cette Afrique-l?, par sa vitalit? et son dynamisme, incarne une forme de r?silience exemplaire. Abdou Tour? a su, ? travers son travail, restituer cette r?alit? avec une justesse rare, offrant ainsi une contre-narrative aux discours dominants qui tendent ? d?valoriser le secteur informel. Son livre reste un t?moignage pr?cieux sur la mani?re dont les populations urbaines, ? Abidjan comme ailleurs en Afrique, r?inventent sans cesse leurs modes de vie et d?activit? pour tenir le coup. Au-del? de son ?uvre acad?mique, Abdou Tour? a ?galement eu une carri?re diplomatique notable. Si mes informations sont exactes, il a exerc? en tant qu?ambassadeur au Burkina Faso. Cette double casquette, acad?mique et diplomatique, t?moigne d?un engagement profond envers son pays et le continent africain, dans ses multiples dimensions. Sur le plan politique, il appartenait au Rassemblement des R?publicains (RDR). Cette appartenance ne m?a jamais g?n?, car je crois fermement que chacun est libre de choisir le leader ou le parti qu?il souhaite suivre. Le respect que je porte ? Abdou Tour? d?passe largement les clivages partisans. Il s?agit de saluer la m?moire d?un homme qui a consacr? une partie de sa vie ? mieux comprendre et valoriser les r?alit?s africaines, tout en servant son pays avec loyaut?. Abdou Tour? laisse derri?re lui une ?uvre intellectuelle riche. Par son livre, il a contribu? ? faire reconna?tre la dignit? des populations marginalis?es et ? mettre en lumi?re leur inventivit? face aux d?fis ?conomiques et sociaux. Par sa carri?re diplomatique, il a incarn? la fid?lit? ? son pays et la volont? d??uvrer pour un avenir meilleur. Que son souvenir inspire ceux qui, comme moi, aspirent ? comprendre le continent africain dans sa complexit?, en valorisant ses forces plut?t que ses faiblesses. Jean-Claude DJEREKE

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

La Croix glorieuse

C?l?brer la croix glorieuse, c’est d?abord c?l?brer un paradoxe. Car comment un instrument de torture, d’humiliation et de mort peut-il ?tre glorieux ? Ce que je comprends, ici, c’est que la croix ne devient positive que si nous y voyons une r?v?lation d?amour, celui de Dieu. Dans l??vangile de ce dimanche, en effet, Saint Jean ?crit que « Dieu a tellement aim? le monde qu?il a donn? son fils unique ». Or comment le fils unique termine-t-il sa vie? Crucifi?. Il ach?ve son existence terrestre sur une croix, ce qui pouvait ?tre per?u comme un ?chec par les gens qui voyaient en lui le Messie et attendaient la lib?ration d?Isra?l. Un certain dolorisme a longtemps pr?valu dans l??glise catholique. C?est la croyance que c’est par les souffrances du Christ que l?homme est sauv?. Non, l?humanit? n?est pas sauv?e par la passion du Christ mais par son amour, lorsqu?il accepte et assume toutes sortes d?humiliation par amour pour le p?re et pour l?humanit?. La croix glorieuse corrige aussi notre conception de la grandeur. La grandeur de l?homme ne saurait se confondre avec sa richesse, sa puissance ou son invuln?rabilit?. Est grand celui qui est capable de donner sa vie par amour pour les autres. Je ne donne pas ma vie uniquement en mourant au champ de bataille. Je la donne aussi quand j?aide une personne ?g?e ? faire ses petits travaux, quand j?accorde une heure ou deux ? une personne qui a besoin d’?tre ?cout?e, ? des fr?res et s?urs qui veulent apprendre ? lire et ? ?crire, quand j?apporte un peu de r?confort ? des gens abandonn?s (enfants de la rue, prisonniers, malades), quand je prends fait et cause pour les faibles et d?favoris?s, etc. Jean-Claude Dj?r?k?

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

Un professeur qui renie sa parole ne vaut rien

Dans notre soci?t? en qu?te de rep?res, les titres acad?miques et les dipl?mes continuent d?impressionner, souvent ? tort. On admire celui qui est docteur, on s’incline devant le professeur titulaire, on s??merveille devant le ma?tre de conf?rences. Pourtant, au-del? de ces honneurs, il est urgent de se poser une question fondamentale : qu’est-ce qui fait r?ellement la valeur d?un homme ? Est-ce la reconnaissance institutionnelle ou bien l??thique de vie ? Est-ce le prestige du statut ou bien la fid?lit? aux principes ? C?est ? ces interrogations que je souhaite r?pondre ici, en affirmant avec force que le respect d? ? un homme ne se fonde ni sur son grade, ni sur son rang, mais sur sa constance morale. Et qu?un professeur, s?il trahit sa parole, devient indigne du titre qu?il porte, quel que soit son niveau d’?tudes ou ses r?alisations acad?miques. I. Les titres ne font pas l?homme Le d?bat r?cent suivi sur Facebook autour des titres acad?miques docteur, ma?tre de conf?rences, professeur titulaire illustre bien un certain aveuglement collectif. Il ne s?agit ?videmment pas de nier le m?rite que repr?sente l?obtention de tels grades. Ils sont souvent le fruit d?ann?es de travail, de recherche et de sacrifices personnels. Mais ils ne devraient en aucun cas ?tre une fin en soi, ni un gage absolu de respect.Un homme peut ?tre professeur d?universit? et n?avoir ni int?grit? ni courage. Il peut cumuler des publications scientifiques tout en manquant totalement de droiture dans sa vie quotidienne. Ce que nous oublions trop souvent, c?est que la valeur d?un homme se mesure ? la coh?rence entre ses paroles et ses actes, ? sa fid?lit? ? la v?rit?, ? sa capacit? ? d?fendre ses convictions, m?me dans l?adversit?. II. Les grands hommes : non pas des dipl?m?s, mais des hommes de principe Prenons l?exemple de Jean-Paul Sartre. S?il a marqu? les esprits, s’il a eu plus d’influence que Raymond Aron qui n??tait pas moins brillant en classe, ce n?est pas uniquement en raison de ses talents philosophiques, mais parce qu?il a su incarner ses id?es. Il n??tait pas seulement un penseur, il ?tait un acteur du changement. Pendant Mai 68, il ne s?est pas content? d??crire dans son bureau ; il a pris part aux manifestations, a soutenu les ?tudiants, est all? jusqu?? braver le pouvoir. Ce courage a impressionn? jusqu?? ses ennemis. Le g?n?ral de Gaulle, lui-m?me, refusa de faire arr?ter Sartre, affirmant : ? On n?arr?te pas Voltaire. ? Avant lui, ?mile Zola montra la voie avec la publication de « J?accuse », une lettre ouverte courageuse en faveur du capitaine Alfred Dreyfus. Il y mit sa r?putation, sa carri?re, et m?me sa vie en jeu. Et, s?il fut acclam? le jour de son enterrement, le 6 octobre 1902, par une foule immense, ce n??tait pas pour ses ?uvres litt?raires seulement, mais pour son combat pour la justice et la v?rit?. C?est ce genre d?hommes qui m?rite notre respect. Non pas ? cause de leurs titres, mais ? cause de leur courage moral. III. L?h?ritage des intellectuels africains : dignit? et engagement En Afrique aussi, nous avons eu nos figures d?honneur : Ernest Boka, Bernard Dadi?, Marcel Ett?, Harris Memel Fot?, Mongo Beti, Fabien Eboussi Boulaga, Jean-Marc Ela, Joseph Ki-Zerbo, Norbert Zongo, Ngugi Wa Thiong’o? Leur influence ne r?sidait pas dans leurs titres, mais dans ce qu?ils ont repr?sent? pour la soci?t?. Ils ?taient porteurs de v?rit?, d?fenseurs d?une justice sociale, critiques envers le pouvoir lorsque cela ?tait n?cessaire. Et c?est justement cette exigence morale qui manque cruellement ? une partie de l?intelligentsia contemporaine. Aujourd?hui, que voyons-nous ? Des enseignants, des ma?tres de conf?rences, des professeurs qui renient leurs engagements au gr? des int?r?ts personnels. Ils critiquent aujourd?hui un r?gime et s?y rallient demain, sans explication ni honte. Ils d?noncent le tribalisme, la mauvaise gouvernance, l?injustice sociale, pour finir quelques ann?es plus tard dans les rangs m?mes de ceux qu?ils conspuaient. O? est la constance ? O? est l?honneur ? IV. La trahison morale : un crime contre l?intelligence La trahison des valeurs est encore plus grave chez ceux qui sont cens?s former l??lite intellectuelle du pays. Quand un professeur retourne sa veste par int?r?t, il commet un crime contre l?intelligence, car il corrompt la parole, vide de sens l?enseignement, et d?soriente ceux qui le prennent comme mod?le. Un tel homme, aussi dipl?m? soit-il, devient indigne de la mission ?ducative. Dans un pays s?rieux, de tels ren?gats seraient d?chus de toute consid?ration. On n?accepte pas qu?un enseignant, gardien de la conscience critique, devienne l?outil d?un r?gime autoritaire. On ne pactise pas avec l?injustice pour quelques avantages mat?riels. On ne trahit pas ses convictions pour une nomination, un poste, un voyage ? l??tranger. Et pourtant, en C?te d?Ivoire comme ailleurs, les exemples se multiplient : des professeurs qui d?noncent le tribalisme institutionnalis? un jour et le justifient le lendemain ; des intellectuels qui protestent devant la basilique de Yamoussoukro, puis qui font all?geance au pouvoir qu?ils accusaient. Le peuple les regarde. Il ne les respecte pas. V. L?homme v?ritable : fid?lit?, courage, dignit? Nos anc?tres, dans les soci?t?s africaines traditionnelles, ne consid?raient pas un homme par la richesse qu?il ne poss?dait ni par les honneurs qu?il recevait, mais par sa droiture, son honn?tet?, son courage face ? l??preuve. L?homme ?tait celui qui ne se vendait pas. Celui qui tenait sa parole, m?me au prix de sa vie. Celui qui, une fois engag?, ne reculait pas. C?est cette conception de l?homme que nous devons retrouver. Elle seule peut redonner ? nos soci?t?s un cap moral. Elle seule peut sauver l??cole, l?universit?, et la nation. Un professeur digne de ce nom n?est pas celui qui brille par ses publications ou ses relations politiques. C?est celui qui incarne ce qu?il enseigne, qui ose dire non ? l?injustice, qui refuse de trahir, m?me quand il est seul.Je pr?f?re mille fois un simple instituteur qui reste fid?le ? ses principes qu?un professeur agr?g? qui flatte les puissants, qui mange ? toutes les tables, qui vend son ?me pour quelques

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

Faisons comme Laurent Gbagbo qui est contre le boycott et qui a re?u Affi N?Guessan hier

Ce matin, sur la toile, j?ai suivi une conversation entre un militant du PDCI et un militant du PPA-CI. Le second soutenait mordicus qu?il fallait boycotter la pr?sidentielle pour emp?cher le quatri?me mandat anticonstitutionnel de Ouattara. Le premier lui r?pondit en ces termes: « GOR (Gbagbo ou rien) ou TOR (Thiam ou Rien) n’est pas du patriotisme. Vous luttez pour une personne. En quoi cela fait-il de vous des patriotes ? Il faut lutter pour le pays, pas pour un individu. Le patriotisme n?a rien ? voir avec le fanatisme. » Et un ami philosophe de rench?rir: « On doit toujours ?viter de voir la politique comme une source d’idol?trie. Exemple:  »Koffi ou rien », ?a c’est de l’idol?trie, ? mon sens. Cela veut dire que, si ce n’est pas Koffi, je fais la guerre. Mais pourquoi opter pour la guerre au lieu d’opter pour une autre personne ? Comment des hommes et femmes de 40, 50 ou 60 ans peuvent-ils chanter qu?il n?y a rien comme ressource humaine dans leur parti en dehors d?un seul ? Ces gens-l? ne se rendent m?me pas compte que, en raisonnant de la sorte, ils se d?crivent comme des gens sans valeur aucune. » Pour ma part, je pose les questions suivantes: la guerre, peut-on la faire sans y ?tre pr?par? ? L?opposition a-t-elle les moyens militaires n?cessaires pour guerroyer contre Ouattara soutenu par les Fran?ais et les Am?ricains ? Certains souhaitent un soul?vement populaire comme au N?pal, comme au Mali en 2020, comme au Burkina en 2014, comme en Tunisie en 2011. Moi-m?me, j?ai longtemps d?fendu cette id?e mais pourquoi la magnifique d?monstration de force du 9 ao?t 2025 est-elle rest?e sans lendemain ? Pourquoi n?y eut-il pas d?autres soul?vements ? Pourquoi s’arr?ta-t-on en si bon chemin ? Pourquoi sommes-nous incapables de terminer ce que nous avons commenc? ? Certains GOR rappellent que Konan B?di?, bien qu?autoris? ? participer ? la pr?sidentielle de 2020, y avait renonc? au dernier moment. Ils saluent ? juste titre le fait qu?il ait fait passer l?int?r?t collectif avant l?int?r?t personnel, ? cette ?poque. De mon point de vue, c?est en 2010, puis en 2015, en n?appelant pas ? voter pour Ouattara qui l?avait renvers? en 1999, que B?di? aurait d? montrer qu?il est un homme d??tat et que le pays est plus important que sa petite personne. D?autres GOR ont beau jeu de dire que le Conseil constitutionnel, la commission ?lectorale, les m?dias d??tat sont contr?l?s par le parti au pouvoir. Mais ne le savaient-ils pas quand ils d?posaient les candidatures de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam et quand ils allaient ? la p?che aux n?cessaires parrainages avec les outils fournis par la Commission ?lectorale ? Ignoraient-ils que, malgr? tout cela, Ouattara se proclamerait vainqueur face ? Gbagbo ou Thiam si ces deux candidats avaient ?t? retenus ? Pourquoi est-ce maintenant que les m?mes disent que le r?sultat est connu d?avance, que les jeux sont d?j? faits et que les candidats retenus seront battus sans difficult? comme KKB le fut en 2020 ? En 2000, les candidats du PDCI et du RDR avaient ?t? recal?s. Cela avait-il g?n? et ?mu ceux qui avaient ?t? retenus? Apr?s l?assassinat de Toussaint N?Guessan de Daoukro dont la t?te servit de ballon de foot en 2020, l’opposition ne pl?biscita-t-elle pas Adama Bictogo ? la t?te du Parlement Ivoirien ? ?tait-ce une bonne id?e ? ?tait-ce n?cessaire ? ?tait-ce d?cent ? Depuis le 8 septembre 2025, des choses immondes et loufoques circulent sur la toile au sujet des personnes dont la candidature a ?t? retenue. Simone Ehivet Gbagbo est la plus vilipend?e. Par exemple, on lui pr?te l?intention d?aller aux ?lections pour l?gitimer le quatri?me mandat de Dramane Ouattara. Et pourtant, il est des faits indiscutables qui montrent qu?elle a plusieurs fois jou? la carte de la solidarit?. Par exemple, au cours d?une r?union tenue le 7 avril 2025 et ax?e sur les anomalies de la liste ?lectorale, r?union ? laquelle participait Kah? ?ric, pr?sident de l?AIRD, Simone Gbagbo d?clare: ?Avec toutes ces irr?gularit?s, il ne peut pas y avoir d??lection avec cette liste. ? Quelques minutes apr?s, elle ajoute: ? Ce n?est pas bien grave. En soutien aux candidats retir?s de la liste ?lectorale, Le pr?sident Thiam et Laurent Gbagbo, je n?irai pas ? ces ?lections. ? Le 03 juin 2025, ? la rencontre de la coalition CAP-CI, Simone Gbagbo et Affi N?Guessan, malgr? leur pr?sence effective sur la liste ?lectorale, pour soutenir les Pr?sidents Laurent Gbagbo et Thiam qui ne figuraient pas sur la liste, d?cident de ne pas participer aux ?lections. Le 20 juin 2025, Simone Gbagbo, Affi N?Guessan ainsi que toute la CAP confirment leur non-participation ? la formation de la CEI et refusent m?me de retirer leurs kits ?lectoraux. Le 23 juin 2025, contre toute attente, des partisans du pr?sident Gbagbo et du pr?sident Thiam choisissent, eux, d?aller r?cup?rer leurs kits et de participer ? l??lection. Quelle fut la r?ponse de Simone Gbagbo ? ses partisans? « Ce n?est pas bien grave. Allez chercher vos kits, nous irons tous aux ?lections. Il n?y aura pas de boycott. » Le 22 ao?t 2023, devant la presse, Laurent Gbagbo excluait le boycott en affirmant ceci: « Aller aux ?lections m?me avec des fraudes est mieux que ne pas aller aux ?lections ? cause des fraudes pour un parti politique. Apr?s avoir d?cid? apr?s mon arrestation qu?on n?allait pas aux ?lections, cela nous a caus? beaucoup de dommages. Donc on ne peut plus manquer des ?lections. » En octobre 2025, tout le monde sait qu’il y aura des fraudes, que Ouattara trichera. Les partis dont les candidats ont ?t? recal?s devront-ils pour autant boycotter le scrutin ? Gbagbo lui-m?me a dit clairement qu’il est oppos? ? la politique de la chaise vide. C?est peut-?tre dans cet esprit qu?il a bien voulu recevoir hier Affi N?Guessan et discuter avec lui. Peu importe si les deux hommes doivent cette rencontre au rejet de leur candidature. Le plus important est qu’ils se soient retrouv?s. Je m?en r?jouis sinc?rement et

LES CHRONIQUES DE JEAN CLAUDE DJ?K?R?

Une d?mocratie pi?tin?e par le mensonge

Le processus ?lectoral en C?te d?Ivoire vient de franchir un nouveau cap dans la falsification et la manipulation. Le premier faux ? et non des moindres ? r?side dans la date m?me de la publication de la liste des candidats retenus et recal?s. Annonc?e initialement pour le 10 septembre, cette liste a ?t? d?voil?e plus t?t que pr?vu. Pourquoi une telle pr?cipitation ? Si le Conseil constitutionnel n?avait rien ? se reprocher, s?il agissait en toute ind?pendance, pourquoi ne pas respecter le calendrier annonc? ? Ce glissement en apparence anodin est en r?alit? un sympt?me grave: celui d?une institution aux ordres, incapable d?assumer la transparence et le respect de ses propres r?gles. Le faux, c?est aussi cette tentative grossi?re de maquiller la v?rit? sur l?un des candidats embl?matiques de notre histoire nationale. Peut-on honn?tement soutenir que Laurent Gbagbo est n? le 1er janvier 1945 alors que tous les documents officiels, et m?me l?histoire, reconnaissent sa v?ritable date de naissance comme ?tant le 31 mai 1945 ? Pourquoi ce subterfuge ? Pour cr?er une faille juridique ? Pour appuyer une d?cision d??viction d?j? prise en coulisses ? C?est non seulement une falsification de l??tat civil, mais une insulte ? l?intelligence collective du peuple ivoirien. Autre ?l?ment troublant: les parrainages. ? qui peut-on faire croire que les signatures accord?es ? Ouattara dont le mandat est largement contest? sont authentiques ? Qui, dans le pays r?el, a valid? cette d?marche dans un contexte aussi opaque ? Ce syst?me de parrainage, cens? garantir la l?gitimit? d?mocratique des candidats, s?est transform? en instrument de s?lection arbitraire, taill? sur mesure pour servir les int?r?ts d?un seul homme. Le droit d?voy?, la justice trahie Mais le scandale le plus criant reste sans doute l?acceptation de la candidature d?Alassane Ouattara pour un quatri?me mandat. C?est une insulte ? notre intelligence, un m?pris ouvert de la Constitution. Que dit notre loi fondamentale ? Qu?un pr?sident ne peut faire plus de deux mandats. Et pourtant, Ouattara, fid?le ? ses pratiques de contournement, se pr?sente ? nouveau. Pourquoi ? Parce qu?il contr?le les institutions ? Parce qu?il sait que personne ne lui demandera des comptes ? Parce qu?il a fait de l??tat son patrimoine priv? ? Face ? ce tableau, l?irrecevabilit? des candidatures de Tidjane Thiam et de Laurent Gbagbo ne peut ?tre vue autrement que comme une injustice flagrante, un acte politique maquill? en d?cision juridique. Ce n?est pas la loi qui les ?carte, c?est la peur. La peur d?une alternance r?elle, d?une remise en cause du syst?me. Car Thiam incarne une vision technocratique moderne, et Gbagbo demeure, pour beaucoup, le symbole de la r?sistance et de la souverainet?. Depuis avril 2011, la C?te d?Ivoire vit sous un r?gime d?usurpation. Ceux qui ont pris le pouvoir dans le sang n?ont cess? depuis de tordre le droit, de falsifier la v?rit?, de diviser les citoyens. Il n?y a donc rien d??tonnant ? ce qu?aujourd?hui encore, ils poursuivent cette logique d?exclusion et de confiscation du pouvoir. R?sister, mais autrement Alors, que faire ? Mettre le pays ? feu et ? sang ? Ce serait tomber dans leur pi?ge. Eux n?h?siteraient pas une seconde ? le faire, comme ils l?ont d?j? d?montr? en 2000, en 2010-2011 et en 2020. Ils peuvent se le permettre, car ils ont toujours eu un pied dehors, un refuge ailleurs ? au Mali, au Burkina, en Guin?e? Mais nous ? Nous qui n?avons que cette terre, ce pays, ce peuple, pouvons-nous prendre le risque de le voir sombrer dans le chaos ? Sortir dans la rue ? Ils n?auraient aucun scrupule ? nous massacrer. L?histoire r?cente l?a montr?. Ce r?gime ne conna?t ni piti? ni ?tat d??me. Ce n?est donc ni l?chet?, ni reddition que de dire qu?il faut emprunter une autre voie. C?est, au contraire, une forme de lucidit? politique et de responsabilit? morale. Deux de nos repr?sentants ont vu leur candidature valid?e: Simone Gbagbo et Ahoua Don Mello. Deux figures de la mouvance souverainiste. Deux voix qui ont toujours pr?n? la rupture avec l?ordre n?ocolonial: la fin du franc CFA, la fermeture des bases militaires fran?aises, la souverainet? mon?taire, la sant? pour tous, une redistribution ?quitable des richesses. Certes, Simone Gbagbo a gravement d?rap? en f?licitant le Conseil constitutionnel, en affirmant que celui-ci avait bien fait son travail. Une telle d?claration a pu choquer, d?stabiliser m?me, surtout dans un contexte o? tant de d?cisions iniques ont ?t? prises. Mais il faut rester lucide. Ce propos n?efface pas des ann?es d’engagement, ni ne constitue une preuve irr?futable d?un accord secret avec le r?gime. On peut condamner cette prise de parole malheureuse sans pour autant soup?onner Simone Gbagbo d?avoir trahi la cause souverainiste. Elle reste, jusqu?? preuve du contraire, fid?le aux id?aux qui nous animent. Pour une alternative souverainiste et populaire Certains doutent peut-?tre de leur fid?lit? ? ces id?aux. Mais, jusqu?? preuve du contraire, ni Simone ni Don Mello n?a reni? son engagement. Si quelqu?un d?tient des preuves d?un revirement, qu?il les expose. Sinon, donnons-leur le b?n?fice du doute. Mieux encore, soutenons-les activement. Car c?est l? que r?side aujourd?hui notre meilleur espoir. L?enjeu, ce n?est pas seulement l?alternance. Ce n?est pas juste changer de pr?sident. L?enjeu, c?est une alternative, c?est-?-dire une autre vision du pays, une autre mani?re de faire la politique, une C?te d?Ivoire souveraine, ?quitable, prosp?re pour tous. Certains diront que les jeux sont faits, que Ouattara gagnera, quoi qu?il arrive. Mais alors, pourquoi avions-nous pr?sent? les candidatures de Gbagbo et de Thiam ? Sur quoi comptions-nous ? Le soutien populaire, bien s?r. L?aspiration massive au changement. Cette flamme ne s?est pas ?teinte. Une bataille est perdue, certes. Mais pas la guerre, comme l?aurait dit le g?n?ral de Gaulle. Il ne faut jamais renoncer. Les seules batailles perdues d?avance sont celles que l?on refuse de mener. En politique comme en r?sistance, la t?nacit? finit souvent par payer. Les S?n?galais ont donn? l?exemple. Quand Sonko a ?t? ?cart?, ses partisans ne se sont pas r?sign?s. Ils ont report? leur espoir sur Diomaye Faye. Et l?impossible

WP Radio
WP Radio
OFFLINE LIVE
Retour en haut