La C?te d?Ivoire avait amorc? un processus de paix et de r?conciliation bien avant les drames qui allaient suivre.

En 2001, un forum de r?conciliation nationale fut organis?, r?unissant toutes les forces politiques, y compris les plus critiques du r?gime. Cette main tendue visait ? tourner la page des tensions pass?es. Mieux encore, le Rassemblement des R?publicains (RDR), longtemps consid?r? comme marginalis?, int?gra le gouvernement.
C??tait un signal fort d?apaisement et d?ouverture, un geste politique rare en Afrique, o? le vaincu est souvent exclu. L?histoire aurait d? prendre un autre tournant. Mais, au lieu de renforcer l?unit? nationale, cette p?riode d?apaisement fut cyniquement exploit?e.
Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, alors m?me que le pays avait fait preuve de bonne volont?, une r?bellion arm?e venue du Burkina Faso attaqua la C?te d?Ivoire. Cette attaque divisa le pays en deux : le nord aux mains des rebelles, le sud rest? sous contr?le du gouvernement l?gal. Cette trahison fut un coup de poignard dans le dos de la R?publique. Elle r?v?la que certains acteurs politiques n?avaient jamais eu l?intention de jouer le jeu d?mocratique. Le masque tomba.
Une paix de fa?ade
Face au chaos n? de cette r?bellion, l??tat ivoirien tenta, une fois encore, de faire preuve de sagesse. Une loi d?amnistie, promulgu?e le 13 avril 2007, fut cens?e effacer les fautes d?hier et ouvrir la voie ? une paix durable. Des c?r?monies de r?conciliation furent organis?es.
Simone Gbagbo dansa avec Sidiki Konat? ? Yopougon, devant une foule m?dus?e. Des chefs de guerre comme Issiaka Ouattara alias Wattao furent accueillis avec chaleur dans des villages bh?t?. On voulait croire ? une C?te d?Ivoire nouvelle, gu?rie et r?concili?e.
Mais cette paix-l?, ?tait-elle r?elle ? Cette r?conciliation, sinc?re ? L?avenir allait nous prouver qu?il ne s?agissait que d?une mise en sc?ne, un simple entracte avant une nouvelle trag?die.
La vraie nature r?v?l?e
Avril 2011 fut un r?veil brutal. Les m?mes qui avaient chant? la paix revinrent, cette fois avec plus de violence, plus de haine, plus de cynisme. Ils pill?rent, viol?rent, ?gorg?rent, d?truisant tout sur leur passage. Des milliers d?Ivoiriens furent jet?s sur les routes de l?exil, priv?s de leurs biens et de leur dignit?.
Le drame se joua avec la complicit? de l?ONU et de la France, qui se targuent pourtant d??tre les garants des droits de l?homme. Le silence de la communaut? internationale, son aveuglement volontaire, furent une deuxi?me trahison.
Les Ivoiriens comprirent alors qu?ils n?avaient pas affaire ? de simples adversaires politiques, mais ? des voyous, des fourbes, incapables de respect ou de repentance.
Des criminels sans remords
Les ?v?nements qui suivirent achev?rent de d?truire l?illusion. Soro Kigbafori, l?un des chefs de la r?bellion, loin de regretter ses actes, les revendiqua comme une victoire d?mocratique.
En 2018, il osa parler de la r?bellion de 2002 comme la ?naissance d?un nouvel espoir?. Un de ses lieutenants affirma m?me que les Ivoiriens devraient remercier Soro et sa bande pour les avoir ?sauv?s d?un g?nocide?.
Ces d?clarations sont une insulte ? la m?moire des victimes. Une gifle pour les veuves, les orphelins, les d?plac?s, les exil?s.
Elles montrent surtout que les chefs rebelles ne regrettent rien, ne regretteront jamais, et que leur pr?tendue volont? de r?conciliation n?est qu?une escroquerie.
Le pi?ge du pardon sans justice
Certains, par na?vet? ou calcul politique, ont appel? ? ?tourner la page?. Ils ont trait? d?ennemis de la paix ceux qui refusaient d?absoudre les coupables. Ceux qui conseillaient la prudence ont ?t? trait?s de ?rancuniers?, de ?revanchards?.
Mais le pardon sans v?rit? est une farce ; la paix sans justice, une illusion ; la r?conciliation sans reconnaissance des fautes, une mascarade.
Soro Kigbafori n?a jamais admis que l?attaque du 19 septembre 2002, men?e apr?s l?entr?e du RDR dans le gouvernement et malgr? les efforts du forum de r?conciliation, ?tait une trahison. Il n?a jamais reconnu le r?le de la France dans la d?stabilisation de notre pays. Il n?a jamais exprim? le moindre regret.
Et pourtant, certains osent plaider sa cause, souhaitant le voir candidat ? la pr?sidentielle. Ils ont d?j? oubli? tout le mal qu?il a caus? ? des milliers d?Ivoiriens.
L?oubli est une insulte
Peut-on r?ellement tendre la main ? un homme qui n?a jamais pr?sent? d?excuses ? Peut-on b?tir un pays avec ceux qui l?ont d?truit et s?en vantent encore ? Ceux qui souhaitent que la C?te d?Ivoire fasse table rase du pass? insultent la m?moire des morts. Pour ma part, je refuse cette l?g?ret?. Je refuse cette insulte. Et je me tiens ? la sagesse de Nelson Mandela, prix Nobel de la paix, qui disait : ?Quand tu t?es battu si dur pour te remettre debout, ne retourne jamais aupr?s de ceux qui t?ont mis ? terre.?
Nous avons trop souffert. Nous nous sommes relev?s. Mais nous ne devons plus jamais nous laisser berner. Nous ne devons pas accepter que les bourreaux se d?guisent en sauveurs.
Une d?mocratie ? r?inventer
La d?mocratie ne peut se construire sur le mensonge, l?oubli et l?impunit?. Elle ne peut s??panouir dans un pays o? les tueurs sont c?l?br?s et les victimes oubli?es.
Tant que des hommes comme Soro Kigbafori continueront d??tre port?s aux nues, tant que la France continuera d?agir comme marraine de l?instabilit?, tant que la v?rit? sera ?touff?e sous les discours de ?r?conciliation?, la C?te d?Ivoire ne conna?tra pas de paix v?ritable.
Il est temps de dire non. Non ? l?oubli. Non ? l?impunit?. Non ? la manipulation.
La paix est une conqu?te. Elle commence par le refus d??tre complice du mensonge.
Jean-Claude Dj?r?k?