En l?espace de quelques semaines, le continent africain a ?t? travers? par une succession d??v?nements ? au Cameroun, en Tanzanie, en C?te d?Ivoire, et hier encore en Guin?e-Bissau ? qui confirment une v?rit? inqui?tante : nos soci?t?s sont, et risquent d??tre de plus en plus, gouvern?es par le fusil, c?est-?-dire par la brutalit? de ceux qui d?tiennent les armes. Ce qui vient de se passer en Guin?e-Bissau n?est pas un simple coup d??tat de plus et n?est pas diff?rent de ce qui se passe au Cameroun en ce moment. Nous sommes tous comme au Mali, au Gabon, en Tanzanie, au Niger, en C?te d?Ivoire, au Burkina, ? Madagascar? tous emp?tr?s sur ce lieu de l?accident colonial. Ces ?v?nements ne sont pas des ?v?nements isol?s. C?est la m?me sc?ne jou?e et rejou?e, dans une esp?ce de loop narratif, comme dans un film depuis 65 ans qui refuse d?avancer. Un plan o? les acteurs changent mais o? le d?cor reste le m?me : des Etats avec la violence comme langage, la paralysie comme horizon, la r?p?tition comme politique. Moi, je viens du cin?ma. Et le cin?ma, ? motion pictures ?, m?a appris une v?rit? simple : pas de vie sans mouvement. Motion, e-motion, commotion : tout commence par le mouvement. Quand une histoire est coinc?e comme celle de l?Afrique actuellement, le cin?aste coupe, change de plan, r?invente la s?quence. La v?rit? que le cin?ma nous apprend et que nous refusons de regarder en face c?est que l?Afrique n?a toujours pas quitt? la sc?ne de l?accident colonial – car j?estime que la rencontre avec l?occident ?tait un accident. Cette sc?ne est aujourd?hui notre prison, nous avons oubli? avant l?accident que nous allions quelque part. Cette sc?ne est devenue notre prison ; nous avons oubli? que nous ?tions en route vers autre chose. Eh bien, l?Afrique est coinc?e et semble se plaire dans un ce film que d?autres ont ?crit pour nous. Voil? la trag?die des Paul Biya, des Alassane Ouattara et de leurs entourages qui veulent s??terniser au pouvoir : ils ne savent plus imaginer un autre film, ni pour eux-m?mes, ni pour l?Afrique. Ce sont nos imaginaires qui sont pris en otage. Et tout ce faux, toute cette tricherie, toute cette brutalit?, ne sont que les sympt?mes d?un immobilisme mental profond : perte du mouvement, perte de l??motion, perte de la projection. Nous avons perdu le ? motion ? et m?me l?e-motion? toute capacit? ? quitter cet endroit o? le blanc nous a laiss?. Sauf qu?entre temps, ? force de respirer son ? odeur ?, celle d?un p?re colonial, nous sommes devenus ce blanc dont il fallait se d?barrasser, au point o? nous ne pouvons plus faire sans cette Afrique invent?e des r?publiques fig?es, des pr?sidences ? vie, des ministres accroch?s ? leurs privil?ges ind?crochables? Si l?histoire du continent a ?t? marqu?e par la violence, il est temps que cela cesse. L?usage des armes n?est pas une force ? c?est une b?tise. Et la b?tise ne doit plus triompher de l?intelligence, de la sagesse, de la cr?ativit? et de l?imagination. L?Afrique ne doit plus ?tre dirig?e par ceux qui savent tirer. Nous ne pouvons plus accepter que la pens?e et l?imagination soient plac?es sous les ordres du fusil. Que ce fusil soit celui de Paul Biya au Cameroun ou de Samia Suluhu Hassan en Tanzanie, il ne doit plus d?cider ? notre place. J?en appelle donc aux penseurs, aux intellectuels, aux ?crivains, aux m?decins, aux architectes, aux enseignants, aux chercheurs, aux journalistes, aux cin?astes, aux artistes, aux ing?nieurs, aux entrepreneurs, aux leaders communautaires, aux femmes, aux jeunes ? ? tous ceux qui portent une vision ? ? reprendre la place qui leur revient au centre de nos soci?t?s africaines, on a trop laiss? faire. L?intelligentsia africaine a ?t? distraite, divis?e, neutralis?e, intimid?e ou corrompue. Les voix qui doivent ?clairer ne peuvent plus ?tre r?duites au silence pendant que la brutalit? avance, d?complex?e, ? visage d?couvert. Je refuse cette d?rive qui transforme nos ?tats en zones militaires, nos dirigeants en commandants, nos citoyens en cibles. Cet appel est un appel ? un renversement profond des priorit?s : remettre au centre non pas la force, mais la compr?hension ; non pas la peur, mais la responsabilit? ; non pas la violence, mais la vision ; non pas la domination, mais l?imagination. A ceux qui croient au fusil pour d?velopper l?Afrique, nous refusons de construire nos nations avec la peur, le silence, la m?fiance et la fragilit?. Dans nos traditions, le pouvoir appartenait au plus sage. ? celui qui savait anticiper, relier, apaiser. Cette tradition n?est pas une nostalgie : c?est un syst?me de valeurs qu?il nous faut r?activer. Aujourd?hui, nous affirmons que : l?intelligence doit diriger les institutions ; la sagesse doit guider les d?cisions ; la cr?ativit? doit inventer les solutions ; la pens?e doit redevenir souveraine. La plus grande impasse africaine actuelle n?est pas militaire : elle est dans les imaginaires. Nous vivons certes dans des mod?les politiques que nous n?avons pas invent?s, dans des institutions import?es, dans des r?ves qui ne sont pas les n?tres, mais il est possible de les r?inventer, de se r?inventer. D?inventer de nouvelles formes de gouvernance, de nouvelles formes de l?gitimit?, de nouvelles fa?ons de d?cider ensemble, de nouvelles mani?res d?assurer la justice, la s?curit?, la parole et le progr?s sans armes ni domination. Le projet consiste ? : r?installer l?intelligence comme force politique en Afrique. Nous voulons : des dirigeants qui r?fl?chissent avant de d?cider, des institutions qui prot?gent avant de punir, des soci?t?s qui imaginent avant de craindre, des citoyens qui participent avant de subir. Je propose que l?Afrique redevienne un continent o? la parole instruit, o? la pens?e inspire, o? la cr?ativit? construit, o? la sagesse oriente, o? la vision pr?c?de l?action. J?appelle donc ? une r?activation de l?imagination politique africaine, afin que l?Afrique soit gouvern?e non par la force, mais par la connaissance, la dignit? et la vision. J?appelle tous les Africains qui refusent la brutalit? comme destin ? rejoindre ce