Des d?put?s fain?ants et budg?tivores jusqu?? quand ?

?lu par le peuple, le d?put? est cens? porter la voix de ses ?lecteurs, proposer des lois, contr?ler l?action du gouvernement, d?fendre les libert?s, prot?ger les biens publics et faire progresser la soci?t?.

Dans les d?mocraties o? l?institution parlementaire fonctionne correctement, l?h?micycle est un lieu d?innovation juridique, de d?bats de fond, d?avanc?es sociales majeures et d?arbitrages d?cisifs pour la vie de la nation. Nombre de pays, notamment en Europe ou en Am?rique du Nord, ont b?ti leur modernit? gr?ce ? des parlementaires audacieux, engag?s et profond?ment conscients de leurs responsabilit?s.

En France, on cite souvent la loi Robert Badinter abolissant la peine de mort (1985), symbole d?humanisme et de courage politique. On pense ?galement ? la loi Simone Veil l?galisant l?IVG (1975), pierre angulaire des droits des femmes, ? la loi Jacques Toubon pour la d?fense de la langue fran?aise (1994) ou encore ? la loi Christiane Taubira sur le mariage pour tous (2013), qui a profond?ment transform? le paysage soci?tal.

Dans tous ces cas, les lois sont associ?es ? un nom, celui du parlementaire qui les a propos?es, d?fendues, port?es avec conviction. Cette tradition n?est pas seulement symbolique. Elle souligne la capacit? des d?put?s ? laisser une empreinte durable, ? s??lever au-dessus des calculs partisans pour ?uvrer au bien g?n?ral. Elle r?v?le ?galement la force d?un syst?me o? les d?put?s ne sont pas de simples figurants mais de v?ritables acteurs du changement.

Le contraste africain : silence, inaction et absence d?empreinte l?gislative

En C?te d?Ivoire, comme dans plusieurs pays africains, l?absence d?initiatives l?gislatives marquantes des d?put?s est flagrante. Combien de lois ivoiriennes portent-elles le nom d?un d?put? ? Combien de r?formes profondes ont ?t? inspir?es, impuls?es ou d?fendues avec d?termination par un ?lu du peuple ? Combien de d?put?s ont marqu? positivement leur passage ? l?Assembl?e nationale ?
La r?ponse, embarrassante, semble se situer entre tr?s peu et aucune.

Ce d?ficit d?engagement t?moigne d?un dysfonctionnement structurel de la repr?sentation nationale. L?h?micycle devient alors, non pas un lieu de travail, d?id?es ou de contr?le d?mocratique, mais une simple instance de validation, une chambre d?enregistrement o? les d?put?s se bornent ? approuver des d?cisions d?j? prises ailleurs, souvent dans les hautes sph?res de l?ex?cutif. Cette passivit? est d?autant plus pr?occupante que les d?put?s ivoiriens jouissent d?avantages financiers, mat?riels et protocolaires consid?rables. Ils disposent d?indemnit?s confortables, de frais de fonctionnement ?lev?s, de v?hicules, parfois de primes diverses. Tout cela serait pleinement justifi? si ces moyens s?accompagnaient d?un engagement effectif, d?une production l?gislative ambitieuse et d?un contr?le rigoureux du pouvoir ex?cutif. Mais, lorsque l?on observe l?atonie parlementaire, la question du rapport entre co?t et utilit? devient incontournable.

Quatorze ans de d?cisions douloureuses et un silence assourdissant

Depuis qu?il a ?t? install? par Sarkozy, le r?gime Ouattara a pris nombre de d?cisions qui ont eu un impact profond ? et souvent douloureux ? sur la vie des Ivoiriens. Qu?il s?agisse de r?formes fonci?res controvers?es, de changements institutionnels contest?s, de privatisations mal comprises ou de mesures ?conomiques impopulaires, les d?cisions se sont encha?n?es sans que les d?put?s ne jouent v?ritablement leur r?le. O? ?taient-ils lorsque les Ivoiriens se sont plaints de la confiscation ou de la spoliation de leurs terres ?
O? ?taient-ils lorsque certaines communaut?s ont exprim? leur d?tresse face ? des r?formes per?ues comme injustes ou d?s?quilibr?es ?
O? ?taient-ils lorsque l?ex?cutif d?passait ou contournait les limites de la concertation d?mocratique ?
Le r?le du d?put? n?est pas d??tre un spectateur passif. Il est d??tre un bouclier institutionnel. Un porte-voix. Un gardien du pacte r?publicain.
Pourtant, les ?lus qui devraient ?tre les premiers ? s?indigner ont souvent choisi le silence ? un silence qui r?sonne comme une abdication de leurs responsabilit?s. ? aucun moment, ou presque, ils n?ont affich? un refus clair, une prise de position courageuse, une opposition constructive ou une d?fense explicite des int?r?ts de leurs ?lecteurs.
On peut comprendre la discipline de parti. On peut comprendre l?alignement politique. Mais on ne peut ni comprendre, ni accepter l?indiff?rence face ? des d?cisions susceptibles d?appauvrir ou de fragiliser le peuple.

Une inaction qui n?honore pas les ? honorables ?

?tre d?put?, c?est ?tre investi d?un mandat qui, dans l?esprit de la constitution, est noble et exigeant. Les d?put?s portent le titre d?? honorables ?. Mais l?honneur ne s?h?rite pas ; il se m?rite. Il se conquiert par la droiture, le travail, la constance, le courage, le sens du devoir. Or, que reste-t-il de cette noblesse lorsque les ?lus ne se l?vent pas pour d?fendre leur peuple ?
Quand ils ne produisent aucune r?forme signifiante ?
Quand ils ne contestent aucune d?rive ?
Quand ils ne proposent aucun texte structurant pour am?liorer les conditions de vie des citoyens ?
Un d?put? qui ne l?gif?re pas est comparable ? un m?decin qui ne soigne pas, un professeur qui n?enseigne pas ou un juge qui ne rend pas justice.
L?exemplarit? parlementaire est pourtant indispensable pour redonner confiance au peuple. Sans elle, la d?mocratie se vide de sa substance et la population se d?tourne de la chose publique, convaincue que les institutions ne servent qu?une minorit? privil?gi?e.

Des d?put?s co?teux pour l??tat

Il existe un malaise profond lorsque l?on entend les Ivoiriens dire que leurs d?put?s sont fain?ants et budg?tivores. L?expression est brutale, mais elle traduit la perception g?n?rale. Comment justifier que des ?lus per?oivent des mensualit?s importantes, profitent d?avantages multiples et jouissent d?un statut social ?lev? alors que leur travail, objectivement, reste difficile ? identifier ?
Ce n?est pas le co?t des d?put?s qui pose probl?me. Dans une d?mocratie, il est normal que les ?lus aient des moyens pour accomplir efficacement leurs missions. Ce qui pose probl?me, c?est l?absence de contrepartie, l?absence de r?sultats, l?absence d?engagement tangible.
Un d?put? co?te cher, mais il peut rapporter ?norm?ment si ses actions am?liorent les lois, dynamisent l??conomie, renforcent la justice sociale, prot?gent les droits, pr?servent les terres et l?environnement ou encore soutiennent les secteurs faibles de la soci?t?.
Mais, lorsqu?il ne fait rien de tout cela, la charge devient un fardeau, un luxe inutile, une d?pense injustifi?e.

?lection du 27 d?cembre 2025 : les d?put?s ont-ils chang? ?

? l?approche des l?gislatives du 27 d?cembre 2025, les d?put?s qui veulent rempiler ont-ils chang? ?
Ont-ils compris les erreurs du pass? ?
Ont-ils renouvel? leur vision ?
Ont-ils am?lior? leur comportement ?
Ont-ils acquis une compr?hension plus fine de leurs responsabilit?s envers le peuple ? La r?ponse d?pendra de ce qu?ils pr?senteront comme bilan ? un bilan qui, pour beaucoup, semble mince, voire invisible. Elle d?pendra aussi de leur capacit? ? expliquer ce qu?ils feront diff?remment : plus de propositions de lois ? Plus de proximit? avec les ?lecteurs ? Plus de transparence ? Plus de courage face ? l?ex?cutif ?
Les populations ivoiriennes devront ?tre exigeantes. Elles devront exiger des programmes pr?cis, des engagements concrets, des garanties de travail parlementaire s?rieux. Le simple fait d?avoir occup? un si?ge ne devrait en aucun cas suffire pour ?tre reconduit.
Le 27 d?cembre 2025 doit ?tre une date de r?flexion, de filtre, de discernement.

Une occasion de demander des comptes.
Une opportunit? pour exiger une nouvelle g?n?ration de d?put?s, plus actifs, plus conscients, plus responsables.
Trop de d?put?s ivoiriens se comportent comme des rentiers politiques, profitant des avantages sans remplir les devoirs. Leur inaction, leur silence et leur manque d?initiative l?gislative constituent un manquement grave ? leur mandat d?mocratique.

Le pays n?a pas besoin de d?put?s-spectateurs. Il a besoin de d?put?s-b?tisseurs.
De d?put?s qui portent des lois portant leur nom.
De d?put?s qui prot?gent leurs ?lecteurs.
De d?put?s qui contr?lent r?ellement le gouvernement.
De d?put?s qui ont une vision, une colonne vert?brale et du courage.

Jean-Claude Dj?r?k?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP Radio
WP Radio
OFFLINE LIVE
Retour en haut