Hausse des tromperies et des arnaques commerciales, ?mergence des probl?mes de sant? publique li?s ? la consommation, faiblesse de la qualit? nutritionnelle, sp?culation?. Les citoyens ne savent plus o? trouver la bonne c?r?ale qu?ils consommaient jadis. ?Sourire devant un plat de riz, c?est un bonheur qui n?a pas de prix ces temps-ci?. Au-del? de la mine rieuse et du regard p?tillant qu?arbore infailliblement dame R?gine Essama, on vient juste d?apprendre que le kilogramme de riz est d?j? hors de prix ? Yaound?. ?600 ? 800 FCFA, c?est comme ?a partout. Il n?y a pas assez de riz et quand vous en trouvez, on vous vole sur la mesure!?, renseigne cette m?re de 7 enfants.T?moignant d?un certain niveau de familiarit? avec plusieurs commer?ants du march? de Mfou (Mefou-et-Afamba), l?exp?rience d?une m?nag?re n?est pas satisfaisante. Bien au contraire, elle est relat?e n?gativement. ?Ils vendent leur bon riz au noir quand cela les arrange. A d?faut, ils vous proposent du riz de moindre qualit? au prix du bon, en pr?tendant que l?affaire n?est pas ? leur niveau?, explique-t-elle. Sur l’aspect gustatif, de nombreux consommateurs se plaignent des vari?t?s de riz propos?es sur le march?. ?Les gens viennent vers nous pour nous exposer des probl?mes de mastication ou de d?glutition. Ces riz vendus partout sont peu app?tissants, sans aucun go?t et difficilement identifiables par les consommateurs?, glisse Simon Kaldjob, pr?sident et porte-parole du Collectif des Organisations des Consommateurs du Cameroun.Comment les citoyens font-ils face ? cette situation? On commence ? le savoir, et ce n?est gu?re r?jouissant. Chez le marchand, les femmes ach?tent d?sormais le riz au gobelet, ?pour faire semblant de bien voir ce qu?on prend; car dans le sac ils dissimulent d?j? du riz avari??.?Du coup, la soupe du soir est de plus en plus liquide. Seuls quelques grains sont autoris?s ? flotter sur l?eau dans la marmite?, souffle R?gine Essama. Sur la sc?ne commercialeTous les moyens sont bons. Le tableau pr?sente un march? du riz pour le moins contrast?, o? des pratiques peu d?fendables se perp?tuent au nom de l?imp?ratif de rentabilit?. La preuve: fin juin dernier, dans un entrep?t situ? dans l?arrondissement de Yaound? 3e, la D?l?gation r?gionale du Commerce du Centre et la gendarmerie nationale, ont mis la main sur un r?seau de r?ensachage de riz avari?. Environ 4000 sacs de riz pr?ts ? ?tre commercialis?s, ont ?t? saisis. A Douala, un trader explique, chiffres ? l?appui, comment le march? du riz a, de fa?on tr?s opportuniste, provoqu? l?envol?e des prix. ?D?s qu?ils ont su que la demande devient plus forte que l?offre, des commer?ants ont fait passer le sac de 25 kilo de 13 000 ? 17 000 FCFA?, trahit-il.Dans la m?me ville, le g?rant d?une sup?rette de proximit? explique l?absurdit? de sa situation et comment la centrale d?achat de riz de son enseigne lui impose des prix plus ?lev?s que ceux de ses concurrents. Mais il d?couvre au cours d?une discr?te enqu?te dans les rayons d?un supermarch? voisin que la baisse n?est pas r?percut?e par certaines grandes enseignes, qui profitent donc de l?occasion pour augmenter substantiellement leurs margesDans cette ambiance, les petits d?taillants ne font qu’amplifier une appr?ciation g?n?rale: il n?y a pas assez de riz. ?Aujourd’hui, c?est toutes les vari?t?s et origines de riz qui sont concern?es par des ruptures d’approvisionnements. A la diff?rence des crises anciennes, il y a un probl?me d’approvisionnement ou de couverture, l’offre est insuffisante pour couvrir la demande courante de riz. Moralit? de l?histoire: les profits capt?s d?un c?t? de la cha?ne doivent immanquablement ?tre pay?s de l?autre? par les consommateurs. Du coup, tous les prix s’envolent?, tente de r?pondre une source au minist?re du Commerce. ?Ce qu’il faut esp?rer, c’est que ?a se d?bloque et qu’on soit r?approvisionn?s, parce qu’on ne sait pas trop o? on va?, ajoute notre interlocuteur.Au passage, on a vite devin? que la situation actuelle convoque de multiples interactions commerciales. Sur le terrain, chacun se d?brouille, arnaque, jauge, juge, observe, esquive, d?nonce, d?teste, rejette? La grande distribution du riz dit offrir des prix toujours plus bas et rend syst?matiquement responsables des hausses les demi-grossistes, lesquels retournent l?accusation vers les petits d?taillants. Qui dit vrai? Personne, peut-?tre? Le 12 avril 2024, le Mincommerce, Luc Magloire Mbarga Atangana annonc? par le biais d’un communiqu? de presse une baisse significative du prix du riz au consommateur final. Les ?quipes charg?es du contr?le au sein du minist?re du Commerce ont re?u des directives pr?cises pour garantir une application rigoureuse et efficace de ces nouveaux tarifs sur le terrain, dans l’int?r?t des consommateurs. ?Bien entendu, l?effet de cette d?marche n?est pas de dissiper le danger qui presse ou de r?soudre le probl?me pos?; bien au contraire, elle repr?sente une sorte d?aveu, de d?guiser le danger ou le probl?me, de les mettre en quelque sorte ? distance et ainsi de vivre avec eux, aussi longtemps du moins qu?ils demeurent chroniques et ne connaissent pas d?aggravation brutale?, commente Dr Jude Batoum, ?conomiste. Jean-Ren? Meva?a Amougou Fili?re riz : Pas suffisamment de grains pour tout le monde Au Cameroun, les estimations de la demande en riz blanc s’?l?vent ? 648 085 tonnes contre 140 710 tonnes seulement pour ce qui est de l?offre en 2024. Sur les r?seaux sociaux, on peut lire: ?Vous vous interrogez sur la r?alit? de la fili?re riz du pays, voici la dure r?alit? en chiffres?. Et pour ?tre complet, cette r?alit? est en d?phasage avec les objectifs vis?s par le Plan int?gr? d?import substitution agropastoral et halieutique (Piisah) 2024-2026 du gouvernement. C?est que, le d?ficit en riz au Cameroun est en hausse de 11 964 tonnes (+3%) par rapport ? celui affich? en 2023. ?Il suit d?ailleurs une courbe ascendante depuis 2020?, pointe Dr Jude Batoum. S?inspirant d?un document de travail ?labor? par le minist?re de l?Economie, de la Planification et de l?Am?nagement du territoire (Minepat), l?universitaire ?tablit que ?la demande du riz est ?troitement li?e ? la croissance d?mographique de la population, au taux d?urbanisation et ? l?indice de consommation du riz par habitant qui est d?environ