Le pr?sident Paul Biya ? Boulouris Saint-Rapha?l lors du 80?me anniversaire de la comm?moration du d?barquement de Provence

Un d?but de victoire pour le peuple camerounais et les africains en g?n?ral ! Un infime pas vers la v?rit?, vers la v?ritable histoire de l?Afrique noire francophone spoli?e de sa m?moire, mais une victoire quand m?me !

Daniel Yagnye Tom


Ce 15 ao?t, le Pr?sident Paul Biya ?tait invit? ? la comm?moration du 80?me anniversaire du d?barquement de Provence. Une comm?moration bien timide au regard du tintamarre fait pour le d?barquement de Normandie, le 06 juin dernier. Le Chef de l?Etat camerounais y a fait une d?claration o? ?taient abord?es des questions internationales en pr?sentant la posture du Cameroun. En dehors de quelques aspects positifs de l?analyse sur la situation internationale, il a pour la premi?re fois dans l?histoire du Cameroun publiquement parl? de Douala et du 27 ao?t 1940, de son importance capitale dans la victoire des Alli?s de la Deuxi?me Guerre Mondiale.

Nous pouvons comprendre cette amn?sie qui a dur? plus de 64 ans, car c?est depuis 1958 que la famille politique issue du BDC-UC-UNC-RDPC du Pr?sident Paul Biya est au pouvoir au Cameroun. Le Pr?sident parle ouvertement de la date et du lieu historique Douala le 27 ao?t 1940. On serait amen? ? dire qu’il vaut mieux tard que jamais si le Pr?sident Paul Biya n?avait pas une approche essentiellement n?ocoloniale sur cette date historique pour le Cameroun, pour l?Afrique, pour la France, l?Europe et le Monde.
Cette sortie opportune du pr?sident Paul Biya, il faut le dire, rejoint un petit ?l?ment du ?contentieux historique Afrique?France? pron? par les dirigeants up?cistes et non-up?cistes de l?Alliance Patriotique, (A.P.). Ce sont eux qui, depuis plusieurs ann?es ont initi? la bataille pour la reconnaissance et la valorisation des ?v?nements du 27 ao?t 1940 ? Douala.

Ce que le pr?sident Paul Biya n’a pas dit?
Il n?est pas juste de parler de ralliement du Cameroun puisque le 27 ao?t 1940 est le jour de la naissance effective et mat?rielle ? Douala de la France Libre, avec la proclamation de l?ind?pendance politique et ?conomique du Cameroun ! Avant cette date, la France Libre n?avait ni territoire, ni troupes, ni moyens mat?riels, financiers et ?conomiques pour la guerre. Lorsque le g?n?ral Charles de Gaulle d?clarait que ?le Cameroun vient de prendre une belle d?cision?, il parlait d?une d?cision d?un Cameroun ind?pendant ! Ne pas ?voquer ces ?l?ments fondamentaux sur ?Douala, le 27 Ao?t 1940?, c’est ne pas rappeler au Pr?sident Emmanuel Macron son amn?sie et son m?pris pour le peuple camerounais, puisqu’il a d?marr?, ? dessein sa ?Commission M?moire? en 1945, alors que la France est officiellement au Cameroun depuis le Mandat de la Soci?t? des Nations en juillet 1922. De ce fait, le Cameroun n?a jamais ?t? une colonie de la France et le territoire Cameroun sous Mandat ne pouvait pas se doter de troupes militaires. Ce n?est donc un Cameroun ind?pendant qui pouvait avoir des troupes militaires !
C’est le non-respect de cette ind?pendance du Cameroun qui est ? l?origine de la cr?ation de l?Union des Populations du Cameroun (UPC) le 10 Avril 1948. C?est ? cause de la participation d?cisive des camerounais dans la Deuxi?me Guerre Mondiale que le Secr?taire G?n?ral de l?UPC, Ruben Um Nyobe avait d?clar? que l?UPC n?avait plus ? prendre des armes pour conqu?rir l?ind?pendance du Cameroun, puisque les camerounais l?avaient d?j? conquise en lib?rant la France et l?Europe du fascisme hitl?rien. Il faudrait le marteler, sans ?Douala, le 27 ao?t 1940?, la France n?aurait jamais ?t? ce qu’elle est devenue aujourd’hui !

Une amn?sie coupable !
Ce qui est tout aussi incompr?hensible dans cette d?claration du pr?sident camerounais, c’est l?omission sur la cruaut? et l?ingratitude des Alli?s et de la France sur ce qui s’est r?ellement pass? apr?s ce d?barquement, contre les Noirs africains (tirailleurs S?n?galais). Il ne peut avoir de v?ritable comm?moration sur le D?barquement de Provence sans percer l?abc?s purulent et f?tide sur ce comportement ignoble. Heureusement, la v?rit? et la justice sont in?vitables d?sormais, ce, avec les incontournables r?parations.
Un petit rappel sur l?ingratitude et l?amn?sie criminelle ? l?encontre des tirailleurs s?n?galais qui avaient lib?r? les 2/3 de la France.
Le d?barquement de Provence, ?galement connu sous les noms de code Anvil puis Dragoon, s?est d?roul? le 15 ao?t 1944. Cette op?ration militaire a ?t? men?e par les troupes alli?es dans le Sud-Est de la France, entre Toulon et Cannes.
Forces en pr?sence :

  • La 7e arm?e am?ricaine du g?n?ral Alexander Patch.
  • 250 000 hommes de l?arm?e B du g?n?ral Jean de Lattre de Tassigny, compos?e des Forces fran?aises libres et d?unit?s de l?arm?e d?Afrique.

R?le des troupes d?Afrique:

  • Pr?s de 225 000 tirailleurs s?n?galais et alg?riens, ainsi que des goumiers et tabors marocains, ont particip? au d?barquement en Provence. Ils ont jou? un r?le essentiel dans la lib?ration de la France.
    Ce d?barquement a contribu? ? l?avanc?e des forces alli?es en Europe et ? la d?faite de l?arm?e allemande. Les troupes d?Afrique ont apport? leur courage et leur d?termination ? cette op?ration historique.
    Malheureusement, d?s l’automne 1944, ? mesure que la France se lib?re progressivement, les tirailleurs coloniaux de la 1?re arm?e (anciennement l’arm?e ?B? du g?n?ral de Lattre de Tassigny) sont d?mobilis?s. Le g?n?ral de Gaulle, dans ses m?moires de guerre, justifie le ?blanchiment des forces fran?aises? combattantes en invoquant la n?cessit? de pr?server le moral des tirailleurs, ?puis?s par des ann?es de combat et vuln?rables au froid dans les Vosges. Pour les tirailleurs africains, l?espoir m?rit? de participer ? la liesse g?n?rale de la lib?ration a ?t? stopp?e nette.
    Le Nouvel Obs dans son ?dition le 15 ao?t 2014 ?La m?moire a blanchi le d?barquement en Provence? (L?Obs) ?Les Africains ont ?t? envoy?s ? l?Est de la France au moment de la lib?ration de Paris car dire que les Maghr?bins et les Subsahariens ont lib?r? la capitale n??tait pas envisageable ? l’?poque?, remarque l?historien Pascal Blanchard, sp?cialiste de la colonisation. Des documents publi?s par la BBC, r?v?lent que les commandants britanniques et am?ricains ont insist? pour que la lib?ration de Paris le 25 ao?t 1944 soit consid?r?e comme une victoire ?r?serv?e aux Blancs?. En r?ponse ? la demande de Charles de Gaulle, chef des forces fran?aises libres, le haut commandement alli? a accept? ? une condition : la division de De Gaulle ne devait pas inclure de soldats noirs. La 2e division blind?e du g?n?ral Leclerc, compos?e principalement de personnel m?tropolitain, ?tait la seule division fran?aise op?rationnelle enti?rement blanche. Aucune unit? de l’arm?e ne pouvait afficher plus de 40% d’effectif blanc. En premi?re ligne, les Africains laissaient leur ?quipement et leurs armes ? des combattants inexp?riment?s, sans c?r?monie, gage de confort et de fiert?. Rapidement, les g?n?raux fran?ais ont r?alis? que les m?tropolitains seuls ne pourraient pas compenser l’absence des soldats d’Afrique de l’Ouest, m?me en int?grant les combattants de la R?sistance. Les Maghr?bins et Syriens ont ?t? maintenus, tandis que les autres Africains noirs ont ?t? renvoy?s chez eux avant la fin de la guerre. »
    ?On ne nous a pas pr?venus que nous allions remplacer les tirailleurs. On nous a plac?s chacun en face d?un tirailleur et ces derniers ont commenc? ? se d?shabiller. Ils nous ont donn? leur pantalon de treillis, leur manteau? Ils se sont retrouv?s en cale?on de corps?? T?moignage de Gilbert Beurier, v?t?ran de la 9e D.I.C (Division d?Infanterie Coloniale), dans le livre ?la Fin de la ?Force noire? ?Une ingratitude insupportable bien illustr?e dans cet extrait de ?la revue des troupes coloniales n? 281 octobre 1946 ? le blanchiment de la 9?me D.I.C.?
    ?Relever brutalement neuf mille hommes d?une Division est en tout temps une op?ration compliqu?e. Elle exige des d?lais tr?s longs, des formalit?s difficiles, et a pour le moins pour effet de paralyser la vie de la Grande Unit? pendant plusieurs semaines.
    Certains Officiers, qui ont group? un ?maquis? autour d?eux, s?offrent ? rejoindre avec lui les rangs de la Division ; ?. Par contre, les individuels se pr?sentent nombreux, de la r?gion de Grenoble et de Lyon. ? Au total, deux mille engag?s viennent ? la 9e D.I.C. pendant les trois premi?res semaines de septembre et permettent de renvoyer un nombre ?gal de S?n?galais dans le midi?
    Le mois d?octobre est marqu? par une intense activit? de recrutement? le D.I.C. sera, pendant toute cette p?riode, l??ternel errant manquant de mat?riel, de moyens de transport et surtout, chose plus grave, d?habillement. Quel d?vouement de la part de ses cadres ! Finalement, il faut en arriver ? d?shabiller en partie nos S?n?galais pour pouvoir doter nos Fran?ais de l?essentiel.
    Certes, on ne r?alise pas ainsi une troupe de dandies. Les capotes, les souliers, les pantalons de nos tirailleurs ne sont ?videmment pas ? la taille de jeunes engag?s amaigris par les privations endur?es pendant l?occupation. Car ces petits gars qui viennent ? nous n?ont pas un physique brillant. Ils sont tr?s jeunes dans l?ensemble 17, 18, 19 ans?
    Dans d?autres bataillons, la rel?ve se fait en ligne, car la Division doit tenir plus de vingt kilom?tres d?un front que l?ennemi t?te continuellement. Et l?on voit alors de jeunes ?p?kins? venir remplacer, dans leurs trous individuels, nos tirailleurs transis qui leur passent capotes, casques, armes?, et consignes.
    Et toujours, le chiffre des recrues augmente, et aussi les difficult?s pour les habiller. Les effets promis n?arrivent pas, ou en quantit?s insuffisantes.
    Enfin octobre passe, Le blanchiment est presque achev?.
    Le 1er novembre 1944, les 4e, 6e, 13e R?giments de Tirailleurs S?n?galais deviennent les 21e, 6e et 23e R?giments d?Infanterie Coloniale.
    Le 10 novembre, les trois cent cinquante derniers engag?s n?cessaires pour combler les vides rejoignent leurs unit?s?. Extraits : Revue des troupes coloniales n? 281 octobre 1946 ? Le Blanchiment de la 9?me D.I.C.
    Apr?s le blanchiment, les tirailleurs ont ?t? expuls?s du champ d’honneur et regroup?s dans des camps pendant plusieurs mois avant de retourner pitoyablement dans leur pays d’origine. Pour eux, ce fut le d?but de la d?route. De nombreux tirailleurs ont mal v?cu cette d?cision unilat?rale. Le 30 novembre 1944, plus d’un millier de ces soldats, d?mobilis?s et rassembl?s dans le camp de Thiaroye pr?s de Dakar, se sont r?volt?s pour r?clamer le paiement de leurs arri?r?s de solde et de leurs primes de d?mobilisation. S?en suivra la grande trag?die de Thiaroye, le 1er d?cembre 1944, o??35 tirailleurs trouv?rent la mort, plus de 70 si l?on ajoute les victimes d?c?d?es de leurs blessures imm?diatement apr?s les faits? Fran?ois Hollande, Pr?sident de la r?publique en 2014 (RFI -15 /08/2014).
    En 2024, le gouvernement fran?ais a pris une d?cision m?morielle : six tirailleurs s?n?galais, ex?cut?s en 1944 sur ordre d?officiers de l?arm?e fran?aise au camp de Thiaroye pr?s de Dakar, ont ?t? officiellement reconnus comme ?Morts pour la France? : ?Une deuxi?me mort des tirailleurs s?n?galais de Thiaroye?. Cette ?reconnaissance? ? titre posthume, officialis?e par l?Office national fran?ais des combattants et des victimes de guerre, est cens?e permettre aux familles de ces soldats de faire leur deuil apr?s 79 ans?
    Visiblement, la France a de la peine ? reconnaitre v?ritablement l?apport incommensurable de l?Afrique durant la 2?me guerre mondiale. Mais cette histoire est en marche. Le ?Contentieux Historique Afrique ? France? doit ?tre r?solu pour des relations plus harmonieuses, et il le sera !

Dr Daniel YAGNYE TOM
Repr?sentant Sp?cial de l?UPC
En Afrique Centrale et Australe
Pr?sident de l?Alliance Patriotique

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