La fève remonte, mais la confiance des producteurs reste à tempérer.

La campagne cacaoyère 2026-2027 s’ouvre au Cameroun avec une promesse aussi séduisante qu’une cabosse bien mûre : celle d’un marché appelé à reprendre de la vigueur. Mais, dans les bassins de production, les producteurs ont appris à se méfier des récoltes de bonnes nouvelles. Les prix, eux, ont la fâcheuse habitude de mûrir… puis de tomber.
Update
Le 5 août 2026, le kilogramme de cacao s’échangeait à 3 414 FCFA au port de Douala, pour un prix d’entrée magasin compris entre 2 800 et 2 900 FCFA. Un rebond appréciable après les 700 à 1 000 FCFA observés durant certains mois de la campagne 2025-2026. Mais le souvenir des sommets précédents reste vivace : 6 300 FCFA le kilogramme en 2023-2024, puis jusqu’à 5 400 FCFA en 2024-2025 dans certains bassins.
De quoi donner le sourire au planteur ? Oui. De quoi l’inciter à sabrer le champagne ? Pas encore.
Le ministre du Commerce, Luc Magloire Atangana, veut croire à une nouvelle poussée des cours. Il mise notamment sur une demande asiatique dynamique, susceptible de soutenir les cotations internationales. Autre motif d’optimisme : la transformation locale. Le gouvernement ambitionne de transformer 40 % de la production nationale et affirme désormais avoir atteint un niveau de transformation locale de 250 000 tonnes. Une évolution qui permettrait au Cameroun de conserver davantage de valeur ajoutée sur son territoire, plutôt que d’exporter essentiellement la fève et les espoirs.
Ouverture
La ZLECAF ouvre par ailleurs, un nouveau champ de bataille commercial. Le Nigeria, voisin immédiat et marché de plus de 250 millions de consommateurs, développe des unités de transformation proches des frontières camerounaises. Avec une capacité installée annoncée proche de 200 000 tonnes, le géant ouest-africain pourrait devenir un débouché stratégique pour le cacao camerounais.
La qualité, l’autre récolte
Reste le nerf de la guerre : la qualité. Le directeur général de l’Office national du cacao et du café (ONCC), Mikael Ndoping, prévient que la tolérance administrative appartient désormais au passé. Avec l’entrée en vigueur des nouvelles exigences européennes, notamment en matière de légalité et de traçabilité, les textes seront appliqués avec davantage de rigueur. Pour les opérateurs qui avaient pris quelques libertés avec les règles, la prochaine récolte pourrait donc être moins généreuse en indulgence.
Le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) appelle également à une meilleure organisation des producteurs. Son secrétaire exécutif, Omer Maledi, plaide pour un regroupement accru en coopératives et défend l’idée d’un « OPEP du cacao », portée par le Ghana et la Côte d’Ivoire. Objectif : coordonner les calendriers de récolte et renforcer le pouvoir de négociation des pays producteurs face aux industriels.
Car le véritable enjeu est là . Le Cameroun ne manque ni de cabosses, ni de producteurs, ni de marchés potentiels. Il lui faut désormais transformer cette abondance en pouvoir de marché. À défaut, les « seigneurs de la terre » continueront de regarder leurs fèves prendre de la valeur… surtout dans les statistiques.