Afrique de l?Ouest: le pr?sent se conjugue au pass?
Pourquoi l’Alliance des ?tats du Sahel (AES), un groupe de trois pays (Mali, Niger et Burkina Faso), suscite-t-il autant de passion? C?est parce qu?ils ont claqu? la porte de la Communaut? ?conomique des ?tats de l?Afrique de l?Ouest (Cedeao), disent les uns. C?est parce que ces pays ont dit non ? la France, r?pondent les autres. C?est parce qu?avec le retrait de ces trois pays, la Cedeao a ?chou? dans l’une de ses missions principales en tant que communaut? ?conomique et politique, pr?tendent certains. Qui a raison? Il ne s?agit pas ici dapporter une r?ponse ferme ? cette question. Cependant, nous allons tenter d?apporter une r?ponse ? une autre question: quelles le?ons pouvons-nous tirer de la situation actuelle en Afrique de l?Ouest? Dans l?actualit? donc, il y a cette sortie du ministre togolais des Affaires ?trang?res. En quelques phrases post?es sur la toile le 11 mars dernier, Robert Dussey a exprim? la volont? de son pays de rejoindre l?AES. Pour le membre du gouvernement togolais, il s?agit d??une d?cision strat?gique qui pourrait renforcer la coop?ration r?gionale et offrir un acc?s ? la mer aux pays membres. Il est clair qu?un bouleversement majeur est en train de se profiler en Afrique de l?Ouest. Ce bouleversement affecte d?j? tous les pays de l?espace Cedeao. Chacun en a conscience, mais personne encore n?a contempl? cette crise avec la profondeur de champ qu?elle m?rite. Comment en est-on arriv? l?? En exergue de notre r?ponse, cette parole si pertinente de Faulkner: ?Le pass? ne meurt jamais. Il ne faut m?me pas le croire pass??. A partir de ce pass? justement, l?Afrique de l?Ouest montre aux yeux de tous les empires du Ghana (IIIe au XIIIe si?cle de notre ?re), celui de Songha? (tr?s puisant entre le XVe et le XVIe si?cle) et celui du Mali (qui connut son apog?e au XIVe si?cle) sont en train de se reconstituer. Car, au vrai, il se trouve que les peuples de ces empires-l?, ruminent une rancune tenace envers l?Occident, rancune qui perdure encore aujourd’hui et leur sert de rep?re id?ologique. En ?valuant les forces ? l’?uvre, il est possible de comprendre ce changement de paradigme historique. Et ? l?aune des ?v?nements actuels, une synth?se des diff?rentes situations g?opolitiques ? l’?uvre en Afrique de l?Ouest sugg?re de ne plus croire en la modification de certains sc?narii guid?s par des lois immuables que des th?oriciens, plong?s dans des omissions factuelles et des g?n?ralisations hasardeuses, h?sitent ? d?crypter pour le moment. En tout cas, il faut bien se le dire: la situation appelle d?j? ? un chamboulement g?opolitique dabord, avec l?mergence de l?AES autoproclam?e qui r?voque lh?g?monie de la Cedeao. Elle appelle ensuite un s?isme moral, parce que l?Afrique de l?Ouest est historiquement li?e ? ces empires cit?s supra. Fracture soci?tale enfin, tant les peuples de cette sous-r?gion sont taraud?s par une polarisation identitaire in?dite. On pourrait nous faire le proc?s d?exceller dans un exercice pr?tentieux et pesant o? les raccourcis simplistes remplacent la profondeur des analyses, et o? la surench?re dramatique masque mal l’absence de v?ritables compr?hensions d?une autre facette de la situation en Afrique de l?Ouest. Mais, la port?e r?elle d?un tel grief s’effondre sous le poids de son obsession r?currente ? croire que la Cedeao gardera encore la main pour longtemps. Jean-Ren? Meva?a Amougou








