Harc?lement, humiliations, insultes, assassinats?: les Camerounais sont bien avertis de ces violences faites aux femmes dans leur pays. Mais il y a un cas de figure n?glig?: celui de l?absence des femmes dans les r?cits de la lutte anticoloniale au Cameroun. Laurence Eteki Maladi, Emma Ngom, Catherine Ngo Komol, Marthe Moumie, Marie-Ir?ne Ngapeth Biyong, Gertrude Omog? Que vous rappellent ces noms? Pour certains ?tudiants en histoire approch?s les 28 et 29 novembre dernier au campus de l?Universit? de Yaound? I, la r?ponse est loin d??tre une ?vidence. Pour d?autres, elle demande de la r?flexion. Entre temps, quelques cop?s se perdent en conjectures: ?Si ces noms ne d?signent pas des influenceuses, ils pourraient ?tre ceux des footballeuses expatri?es?, entend-on. Entre temps aussi, d?autres r?ponses regrettent p?le-m?le l?effacement de de ?petits aspects de l?Histoire du Cameroun?. Ignor?esApr?s avoir pris connaissance de ces r?ponses, Edith Kah Walla s?empresse d?examiner la mani?re dont les r?cits des h?ros nationalistes se composent, se superposent, mais aussi s?opposent et s?affrontent dans les programmes scolaires et universitaires au Cameroun. ?On y a superbement ignor? ces vaillantes dames au profit des hommes. A l?exception de quelques ouvrages (voir encadr?) mal exploit?s ou radi?s des programmes, tout montre que ceux qui con?oivent les manuels d?histoire ont du mal ? pr?senter les femmes comme actrices de l??mancipation de notre pays. Et c?est bien l?, une forme de violence faite aux femmes?, d?nonce la leader politique. L?histoire du nationalisme dans leur pays est-elle mal enseign?e aux ?l?ves et ?tudiants camerounais? C?est en tout cas ce que sous-entend Jean de Dieu Evouna (expert en sciences sociales et pr?sident de l’ONG Organisme africain de d?veloppement des familles, OADF). ? partir d?une construction th?orique qu?il fait sienne, ce dernier postule que c?est sur le front d?un nombre consid?rable d?enjeux que tout se joue. ?Il va de soi que l’on ne puisse trouver dans le contenu de notre syst?me ?ducatif les femmes camerounaises martyres, car celui-ci est fa?onn? ? dessein pour produire plus de dipl?m?es que des intellectuelles, des ex?cutantes que des leaders, des missionnaires que des visionnaires pour une vie de prol?taire?, assure-t-il. Le?on de chosesPlus pointilleuse, Pauline Bekono rel?ve que ?l?absence des grandes figures f?minines du nationalisme au Cameroun est un indice suppl?mentaire, s’il en fallait, de ce que, jusque dans les manuels d?histoire, la Femme camerounaise subit des violences?. ?On ne peut pas, regrette l?enseignante d?histoire et de g?ographie au lyc?e bilingue de Kribi, faire croire aux apprenants que seuls les hommes m?ritent un devoir de m?moire?. ?Sur les chemins de l?ind?pendance du Cameroun, les femmes n?auraient-elles donc rien fait qui vaille la peine qu?elles soient reconnues??, s?interroge Tabitha Tchinda, secr?taire ex?cutive de l?Association ?Une voix de femme, mille pouvoirs?. ?Pourtant, en balayant les l?gendes, en soulevant les tapis, en fouillant les placards, on d?couvre que dans l?Histoire du Cameroun, il y a bien des femmes qui ont brill? par leur fougue revendicatrice?, r?pond Carole Pauline Bekono. Et l?enseignante de citer en vrac Laurence Eteki Maladi, Emma Ngom, Catherine Ngo Komol, Marthe Moumie, Marie-Ir?ne Ngapeth Biyong, Gertrude Omog. ?Marthe Moumie (?pouse de Roland Moumie, l?un des cadres de l?Union des populations du Cameroun, UPC), par exemple, a d? s?exiler au Soudan, puis en Egypte apr?s l?assassinat de son mari ? Gen?ve le 3 novembre 1960. Elle a poursuivi le combat au prix de sa libert? puisqu?elle a ?t? tortur?e et emprisonn?e dans les ann?es 1970 en Guin?e Equatoriale et au Cameroun. Nous avons l?exemple de Marie-Ir?ne Ngapeth Biyong; une ancienne pensionnaire de l?Ecole Normale de Foulassi (promotion 1945), elle est n?e le 22 juillet 1926 ? Maka? e Dehane dans la Sanaga- Maritime. Elle a milit? au sein de l?UPC, avant de devenir membre fondatrice de l?Union D?mocratique des Femmes Camerounaises (UDEFEC) en 1952, puis Secr?taire g?n?rale de ladite organisation en ao?t 1954. On ne saurait oublier Gertrude Omog. N?e le 15 janvier 1939 ? Mintounga pr?s d?Ed?a, elle a fait des ?tudes d?infirmerie ? l?Ecole des infirmiers d?Ayos. Elle adh?re ? l?UPC en 1953 et parvient ? ?tre copt?e au Comit? directeur de ce parti en f?vrier 1955. Bon ? savoir, cette dame a effectu? plusieurs missions p?rilleuses pour le compte de l?UPC et a ?t? la secr?taire particuli?re de Ruben Um Nyobe, dans le maquis de Ngog Mapubi. En 1946, Laurence Eteki Maladi, sage-femme de formation, ouvre la premi?re clinique priv?e du Cameroun ? Douala et cr?e l?Assofecam (Association des femmes camerounaises). Militant pour ?l??mancipation de la femme camerounaise?, elle r?clame une lev?e des restrictions ? l?exercice du droit de vote des femmes. ? travers son combat, l?Assofecam remet en cause les repr?sentations coloniales sur le r?le des Africaines. Elle met ? mal l?entreprise coloniale de hi?rarchisation des populations en revendiquant l??gale capacit? civique de toutes les femmes et incite les lettr?es ? d?passer les normes sociales orient?es vers des valeurs domestiques qu?elles ont int?gr?es. Per?ue comme subversive, l?association est rapidement interdite par l?administration coloniale. En 1952, ?merge l?Union des femmes camerounaises (UFC), qui va prolonger le combat initi? par l?Assofecam. L?UDEFEC (Union d?mocratique des femmes du Cameroun) a ?t? cr??e le 3 ao?t 1952 par un groupe de lettr?es urbaines, proches des leaders nationalistes, au retour de l?une d?elles, Emma Ngom, de la conf?rence sur l?enfance tenue en 1952 ? Vienne sous l??gide de la F?d?ration d?mocratique internationale des femmes (FDIF). L?objectif fix? ?tait de rassembler les femmes ?de toutes les tribus sans distinction de clan, de religion [ou] de classe sociale. Elle partageait les aspirations ind?pendantistes des leaders nationalistes, estimant que ?l?UPC, la CGT et tous les autres mouvements anti-colonialistes sont ses alli?s dans la lutte anti-colonialiste pour l??mancipation de la femme camerounaise?. Dans sa d?marche visant ? assurer une plus grande visibilit? des probl?matiques sp?cifiques des colonis?es sur le plan local comme sur le plan international, l?UDEFEC se heurte parfois ? l?attitude paternaliste des leaders nationalistes, notamment en raison des modalit?s de sa cr?ation, de l?in?gale r?partition des ressources et des liens personnels entre militants. Loin de freiner les militantes, les relations conflictuelles qui d?coulent de cette