Quand les peuples deviennent complices de la confiscation du pouvoir en Afrique
L?Afrique continue d??tre le th??tre de sc?nes politiques o? des pr?sidents s?accrochent au pouvoir malgr? les lois, les constitutions et les principes d?mocratiques. Si les projecteurs se braquent souvent sur ces dirigeants jug?s ? assoiff?s de pouvoir ?, il serait malhonn?te de ne pas ?voquer le r?le actif ? ou ? tout le moins complice ? que jouent certains segments de la population. Une partie du peuple, au lieu d?exiger le respect des r?gles d?mocratiques, supplie parfois les dirigeants de rester, les ?rige en demi-dieux, en p?res de la nation ?ternels, comme si le destin du pays d?pendait d?un seul homme. Ce ph?nom?ne, loin d??tre anodin, refl?te une pathologie d?mocratique profonde : la personnification du pouvoir et l?instrumentalisation de la voix populaire pour justifier l?injustifiable. I. Quand le peuple r?clame ce qu?il devrait d?noncer Les 20 et 21 juin 2025, lors du congr?s du Rassemblement des Houphou?tistes pour la D?mocratie et la Paix (RHDP) en C?te d?Ivoire, Patrick Achi, ancien Premier ministre, implore le pr?sident Alassane Ouattara de se repr?senter ? l??lection pr?sidentielle d?octobre : ?Ne nous abandonnez pas. Si vous ne voulez pas le faire pour nous, faites-le ? cause de Dieu.? Cette phrase, lourde de signification, r?sume ? elle seule le glissement op?r? dans certaines soci?t?s africaines o? l?appel au divin devient un argument politique pour justifier la transgression des r?gles constitutionnelles. Pourtant, Alassane Ouattara avait d?j? enfreint en 2020 la Constitution qui limitait les mandats pr?sidentiels ? deux. Malgr? cela, des voix se sont ?lev?es non pour d?noncer cette violation, mais pour l?encourager ? continuer, y compris parmi des enseignants d?universit?, cens?s ?tre les garants du savoir et de l??thique publique.La situation n?est pas isol?e. Au Cameroun, en f?vrier 2025, un collectif d?universitaires et de membres de la soci?t? civile appelle ? une nouvelle candidature de Paul Biya, ?g? de 92 ans, au pouvoir depuis 1982. Ces appels ne sont pas faits dans l?int?r?t du peuple, mais dans une logique d?all?geance, de client?lisme, de privil?ges. ? ?couter ces discours, on croirait que, sans le pr?sident en place, le pays va s??crouler, comme si la stabilit? d?une nation tenait ? la long?vit? d?un seul homme. II. Le mythe de l?homme providentiel: une illusion dangereuse Ce culte du chef n?est pas propre ? un pays ou un r?gime. ? travers le continent, la rengaine est toujours la m?me: ?Pr?sident, nous te voulons encore au pouvoir, tu travailles bien, tu es le meilleur candidat.? Ces ?loges, parfois creux, rel?vent davantage de la flatterie int?ress?e que d?un v?ritable jugement politique. Dans certains cas, le bilan du pr?sident est m?diocre: h?pitaux d?labr?s, ?coles sans enseignants, routes impraticables, ch?mage end?mique. Pourtant, les appels ? la r??lection affluent.Pourquoi donc cette contradiction ? Pourquoi les populations r?clament-elles la reconduction de dirigeants qui n?ont pas v?ritablement am?lior? leur quotidien ? La r?ponse est simple : l?int?r?t personnel l?emporte souvent sur l?int?r?t g?n?ral. Les partisans de ces chefs d??tat ne d?fendent pas toujours un projet politique ou une vision de soci?t?, mais les avantages, les postes, les march?s, les nominations qu?ils esp?rent obtenir ou conserver. La loyaut? se monnaye, et le silence devient complice. III. Le respect du mandat : une le?on d?mocratique oubli?e L?une des grandes le?ons de la d?mocratie est que ?nul n?est indispensable?. L?histoire des nations prouve que les hommes passent, mais les institutions demeurent. L?exemple de Barack Obama est souvent cit? ? juste titre. Lorsqu?il quitte la pr?sidence des ?tats-Unis, il est encore jeune, populaire, et porteur d?id?es. Pourtant, il choisit de respecter la Constitution qui limite les pr?sidents ? deux mandats. Il aurait pu modifier la loi ou chercher un subterfuge, mais il ne l?a pas fait, parce qu?il savait que la force d?une d?mocratie repose sur le respect des r?gles, pas sur le charisme d?un homme.Ce contraste est r?v?lateur. Dans certains pays africains, les Constitutions sont devenues des textes mall?ables, modifiables ? souhait pour satisfaire les ambitions d?un individu. Le peuple, au lieu de d?fendre ces textes comme les piliers de sa souverainet?, les foule aux pieds en soutenant ceux qui les violent. IV. Vers une nouvelle conscience citoyenne Il est temps que les peuples africains prennent conscience de leur r?le dans le maintien ou la rupture de ces cycles autoritaires. L?heure est venue de mettre fin ? l??go?sme politique. On ne soutient pas un pr?sident uniquement parce qu?il est de notre ethnie, de notre religion, ou parce qu?il nous accorde des faveurs personnelles. Il faut avoir le courage de dire non, m?me ? celui qu?on admire, lorsque son mandat est termin? ou lorsqu?il ne respecte pas les lois du pays.La d?mocratie n?est pas un buffet o? l?on choisit ce qui nous arrange. C?est un ensemble de principes qui s?appliquent ? tous, sans exception. Si nous voulons des ?coles, des h?pitaux, des routes, de la justice et de la paix, nous devons d?abord exiger le respect des institutions. Cela commence par dire non ? la pr?sidence ? vie, non ? la d?ification des dirigeants, non ? la voix qui pr?tend parler au nom de Dieu pour maintenir un homme au pouvoir. Conclusion Les peuples africains doivent cesser de se comporter en complices de leur propre servitude. La d?mocratie est un combat de chaque jour, et elle commence par le courage de tenir t?te aux puissants. Il faut d?sapprendre l?ob?issance aveugle, refuser l?idol?trie politique et remettre l?int?r?t collectif au centre des priorit?s. Certes, ? vox populi, vox Dei ? mais la voix qui appelle un dictateur ou un incomp?tent ? rester au pouvoir n?est pas la voix de Dieu. Elle est celle de la peur, de la r?signation, de l?int?r?t personnel. Et tant que cette voix dominera, les promesses de libert?, de progr?s et de dignit? resteront de vains mots sur un continent en qu?te de renaissance. Jean-Claude DJEREKE








