Nom de l’auteur/autrice :Nina Prisca MEKAM

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Le Cameroun donne de la voix ? Victoria Falls

Transformer d?fis et espoirs en actions concr?tes, et construire des soci?t?s africaines v?ritablement pr?tes pour demain, tel est le message port? par le pays aux oreilles du monde. Du 2 au 3 octobre 2025, Victoria Falls, au Zimbabwe, a ?t? le th??tre d?une diplomatie innovante o? le Cameroun s?est affirm? comme porte-voix de l?Afrique. ? l?occasion de la 22e r?union des ministres des Affaires ?trang?res des pays africains et nordiques, plac?e sous le th?me ??Leveraging Technology and Collaboration for Future-Ready Societies??, la d?l?gation camerounaise a port? haut les ambitions du continent en mati?re de technologie et de coop?ration.Conduite par S.E. Chinmoun Oumarou, Secr?taire G?n?ral du minist?re des Relations ext?rieures, et compos?e de repr?sentants du MINREX et du MINPMEESA, la d?l?gation a pris part aux ?changes avec force et clart?. Pour le Cameroun, cette rencontre n??tait pas seulement un forum diplomatique : c??tait l?opportunit? de traduire les d?fis et aspirations africains en actions concr?tes, et de montrer que le continent peut ?tre acteur et non spectateur de l?innovation mondiale. Sur le plateau des discussions, le Cameroun a port? la voix de la jeunesse, des entrepreneurs et des start-ups, soulignant la n?cessit? de cr?er des ?cosyst?mes capables de stimuler l?innovation et de renforcer la r?silience des soci?t?s africaines face aux d?fis du futur. La r?union a rassembl? cinquante pays africains et cinq pays nordiques (Su?de, Norv?ge, Danemark, Finlande et Islande) ainsi que des hommes d?affaires et des jeunes innovateurs venus partager exp?riences et projets. L?accent a ?t? mis sur des enjeux cl?s : transformation num?rique, ?nergie verte, ?ducation technologique et promotion de l?entrepreneuriat. Les pays nordiques ont partag? leur savoir-faire et leurs mod?les de gouvernance, mais c?est la voix camerounaise qui a rappel? que les solutions doivent ?merger du terrain et r?pondre aux r?alit?s africaines. ? l?issue de la rencontre, engagements et promesses ont ?t? scell?s : intensifier les ?changes bilat?raux et multilat?raux, soutenir la jeunesse et multiplier les initiatives conjointes. R?my Biniou

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Gadgets de campagne: les pagnes du RDPC se distribuent ? l’appel ? Nkongoa

Des philanthropes font du porte ? porte pour offrir les tissus du pr?sident candidat. Au lieu de regarder le meeting du candidat RDPC bon nombre de personnes les femmes en particulier disputent les pagnes chez un des voisins allog?nes. Pas moins de 400 ?toffes seront partag?s. Ce partage de pagnes est le principal sujet d’attraction dans la localit? de Nkongoa. Cette distribution se r?pand comme une tra?n?e de poudre et irrite les ?lites du dit village. L’un d’eux constitue des ?quipes pour sillonner dans les maisons pour donner des pagnes aux habitants, ? que vous soyez ?trangers o? enfants du village, que vous soyez du RDPC, du PCRN ou de l’UNDP, on vous donne le pagne. C’est le vivre ensemble ?, d?clare Joseph, un des chefs d’?quipe de distribution que nous retrouvons au quartier Ebouma-Adam. Il est en pleine discussion avec des jeunes refusant de prendre les gadgets du candidat pr?sident. M?me les employ?s des chantiers sont servis. Dans un grand chantier situ? juste en face du CITIC de Nkongoa, tous les techniciens re?oivent un kit complet. Tout le monde rentre ce mercredi 8 octobre le sourire aux l?vres. Magloire l’un d’eux est en extase, il re?oit 10 pagnes, les montres et les t?l?phones portables, ? je peux aussi faire la campagne ? mon niveau. Et depuis que les gens sont au courant que j’ai eu une importante dotation, mon t?l?phone ne cesse de cr?piter. Ma m?re, ma belle-m?re, mes belles s?urs m’appellent ? tout moment. Ce jeudi matin, je me r?veille, je trouve une grand-m?re devant ma porte. Elle me dit qu’elle est venue prendre le pagne ?, se r?jouit le ma?on. Son coll?gue Jordan plut?t que de partager ces pagnes se transforme en vendeur. Il liquide un tissu de 6 m?tres ? 1 000 FCFA. La cl? USB et la montre co?tent 2 000 FCFA la pi?ce. Seuls les t?l?phones portables ne sont pas ? vendre, ? le boss nous a g?t? avec les pagnes, les cl?s USB. Je fais alors quoi avec autant de pagnes. Que de saturer ma chambre mieux je liquide. Quand on nous donne ces choses c’est pour donner autour de nous et non de conserver. D?cryptage Ce qui retient l’attention de Guillaume est le fait qu’il n’y ait pas le logo et le sigle du parti ? la flamme, ? Paul Biya vous dit qu’il n’est pas avec vous. Il parle directement au peuple. Le peuple ne veut plus d’interm?diaires ?, c’est ce que Guillaume semble voir comme message du pagne de campagne. C’est une occasion pour lui de se moquer des femmes qui accourent pour avoir le pagne. Andr? Gromyko Balla

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Tchiroma et Bello Bouba: dans la bataille num?rique

Depuis que la campagne pr?sidentielle a plant? ses tentes sur les rives de la B?nou?, Garoua est devenue le th??tre d?un duel in?dit. Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maigari ne s?affrontent plus sur les estrades, mais sur les chiffres. ? On dirait deux vieux g?n?raux qui bataillent avec des ordinateurs ?, raille Baba Hamadou, journaliste local. ? Les meetings ? Termin?. Maintenant, c?est le chiffre qui parle. Ici, la chaleur suffocante ne fait pas fondre les ambitions ; elle fait seulement transpirer les pourcentages. Chaque sondage devient une arme, chaque graphique un ?tendard, et chaque courbe une d?claration de guerre. Ici, on ne mesure pas l?opinion, on la fabrique ?, soupire Baba Hamadou.Chaque jour, les tendances se contredisent, les courbes se croisent, les certitudes s??vaporent. Sur les plateaux de t?l?visions locales, des experts de toutes les farines se succ?dent, arm?s de graphiques color?s et de phrases prudentes en langue locale : ? Selon nos projections, la dynamique est favorable au candidat Tchiroma? ?Entre-temps, affiches et tracts rivalisent d?assurance : ? Issa Tchiroma en t?te avec 98 % !?, crie l?un. ? Bello Bouba Maigari 99% ?, corrige un autre. D’ordinaire paisibles, les radios de Garoua, se sont transform?es en ar?nes sonores. Le matin, une voix enthousiaste annonce : ? Tchiroma m?ne avec 62 % ! ? ? peine le caf? termin? qu?une autre station r?plique : ? Bello Bouba garde la main avec 59 % ! ? Entre les deux, les auditeurs jonglent avec les chiffres comme avec des noix de kola : personne ne sait vraiment qui tient la balle. Sur les r?seaux sociaux, c?est la foire aux graphiques bricol?s et aux vid?os mont?es ? la h?te. ? Ces chiffres tombent comme la pluie, mais on ne sait jamais d?o? elle vient ?, sourit le Pr. Abdoulaye Tamba, sociologue ? l?Universit? de Garoua. ? Ils vivent juste le temps d?enflammer un meeting. ? Les instituts improvis?s se multiplient comme des mangues apr?s la pluie : tous offrent leur dose quotidienne de v?rit?? ou de fantaisie. Les uns jurent que ces chiffres sont des barom?tres d?opinion ; les autres y voient des outils de persuasion d?guis?s. Chaque camp partage celui qui lui ressemble, comme on choisit un miroir qui flatte son reflet. Chaque camp s?y agrippe comme ? une bou?e statistique dans une mer d?incertitudes. Plus on avance vers la fin de la campagne ?lectorale, plus on assiste ? un concours d?illusions, une bataille d?algorithmes et de slogans. ? Roumde-Adjia, un cybercaf? s?est autoproclam? ? Centre d?analyse ?lectorale du Septentrion ?. Trois ordinateurs poussifs, un ventilateur grin?ant et un jeune homme en chemise froiss?e : ? Nous avons interrog? 1 200 personnes ?, assure-t-il. Quand on demande comment, il h?site : ? Par WhatsApp? et un peu au lamidat ?. Le s?rieux n?est pas de mise, mais l?enthousiasme, lui, d?borde. ? Le chiffre n?est plus un constat, c?est un cri de guerre ?, r?sume Nadine Badjeck, consultante politique en mission dans la ville. Dans les rues sablonneuses, les d?bats font rage. Au march? central, les vendeuses de l?gumes brandissent leurs pr?f?rences comme des ?tendards. ? Bello, c?est le Nord vrai ! ? ? Non, Tchiroma, c?est la voix du peuple ! ? s??crie une autre. Dans le tumulte, un mototaximan s?invite : ? Moi, j?ai transport? dix clients aujourd?hui : six Tchiroma, trois Bello, un qui voulait juste une r?duction. Alors qui gagne ? ? Et tout le monde ?clate de rire. M?me les caisses enregistreuses semblent rire ? chaque chiffre ?chang?. Pr. Tamba observe cette ferveur avec un brin de m?lancolie : ? Ces chiffres sont comme les mirages du d?sert. On croit y voir l?eau de la victoire, mais c?est juste la chaleur des illusions ?. Pourtant, ces illusions nourrissent l?espoir et entretiennent la flamme. Dans une ville o? la politique se vit autant dans les c?urs que dans les urnes, r?ver vaut parfois mieux que compter. Le vieux statisticien Hamidou Garba, retrait? depuis belle lurette, regarde cette effervescence avec un sourire fatigu? : ? Autrefois, on comptait les gens avec des carnets et des crayons. Aujourd?hui, on compte les clics. Mais les clics ne votent pas ?. Sous un manguier du quartier Plateau, un groupe d?anciens commente la journ?e. Les radios gr?sillent au loin, les enfants jouent entre les bancs. ? Ces deux-l?, Bello et Tchiroma, se connaissent trop bien pour se ha?r vraiment ?, glisse l?un d?eux. Un autre rench?rit : ? Ils s?affrontent ? coups de chiffres, mais ils savent que le peuple du Nord ne se laisse pas compter ?. Un p?cheur, jetant son filet dans la B?nou?, conclut : ? Le seul pourcentage qui compte ici, c?est celui du courage. Et ? Garoua, il d?passe toujours les 100 %. ? Les sondages continueront de pleuvoir, les graphiques de fleurir, les ordinateurs de grincer, mais sous le ciel br?lant du Nord, ce sont les rires, les r?ves et le souffle des habitants qui d?terminent vraiment l?issue. Dans cette ville o? l?absurde et le s?rieux se c?toient, la politique n?est jamais qu?une com?die charmante et bruyante, o? chaque mirage a le go?t sucr? de l?espoir? et o?, parfois, un pourcentage bien plac? vaut mieux qu?un kilo de b?uf. JRMA

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Bello Bouba Maigari: le vieux ch?ne Grand Nord

Dans le vaste th??tre politique camerounais, certains acteurs sont des ?clairs qui traversent la sc?ne et s??teignent, tandis que d?autres sont des phares : constants, observateurs, et in?branlables face aux temp?tes. Bello Bouba Maigari appartient ? cette derni?re cat?gorie. N? en 1947 ? Maroua, il porte sur ses ?paules l??ge de l?exp?rience et le poids de la m?moire politique. ? 78 ans, il sait que l??tat n?est pas un jeu de hasard : c?est un labyrinthe o? chaque couloir cache un d?fi et o? chaque porte peut r?v?ler une surprise. Son parcours ?lectoral est ponctu? de tentatives courageuses et de le?ons d?humilit?. Aux pr?sidentielles pass?es, il s?est pr?sent? avec la conviction d?un navigateur qui conna?t les courants. Si les chiffres de ses r?sultats n?ont jamais atteint les sommets, ses coups d??clat ont marqu? les esprits. On se souvient de ce d?bat t?l?vis? o?, face ? des adversaires plus flamboyants, il a calmement r?sum? la situation ?conomique du pays en une m?taphore : ??Le Cameroun est comme un fleuve : il peut ?tre calme, mais si l?on ignore les rapides, on finit par chavirer.?? Les t?l?spectateurs ont applaudi, certains ont ri, et tous ont reconnu le doigt? d?un homme qui ne parle pas pour remplir l?air, mais pour instruire et faire sourire. Gu?guerre Celle avec Issa Tchiroma Bakary, jadis ami et aujourd?hui rival, ajoute une saveur particuli?re ? son portrait. Dans les salons feutr?s de Garoua, on raconte encore cette anecdote o? Tchiroma, en pleine campagne, avait ironis? sur l??ge de Bello Bouba, le qualifiant de ??monument historique du Nord??. Bello Bouba, imperturbable, avait r?pliqu? en souriant : ??M?me un monument sait r?sister aux temp?tes mieux qu?une maison en carton.?? Depuis, leurs confrontations sont devenues l?gendaires : piques subtiles dans les m?dias, clins d??il ironiques lors des meetings, et parfois ce qui semble ?tre un duel de regards plus redoutable que n?importe quel slogan ?lectoral. Bello Bouba excelle dans l?art de conna?tre les rouages de l??tat. Ses collaborateurs politiques le d?crivent comme un virtuose des dossiers, capable de d?m?ler un budget complexe ou d?anticiper les d?cisions administratives avec une pr?cision presque chirurgicale. On raconte qu?il a d?j? sauv? une n?gociation strat?gique simplement en citant un article oubli? d?une loi datant des ann?es 1980, provoquant ? la fois admiration et consternation chez ses interlocuteurs. Cette connaissance intime des m?canismes du pouvoir, ajout?e ? son calme l?gendaire, lui conf?re un cr?dit que les projecteurs m?diatiques ne peuvent jamais totalement ?clipser. Et pourtant, derri?re la rigueur et le pragmatisme se cache un homme dot? d?un humour pince-sans-rire et d?une vision po?tique du monde. Lors d?un meeting dans la r?gion de l?Extr?me-Nord, il avait compar? la politique ? un champ de mil : ??Il faut savoir semer, arroser, attendre patiemment que les r?coltes viennent, sinon on finit par nourrir uniquement les oiseaux.?? Ce m?lange de sagesse et de malice lui attire l?estime de certains jeunes militants et la tendresse des anciens qui reconnaissent en lui un guide discret, loin des ?clats de voix et des slogans tonitruants. Passif Ses coups d??clat ?lectoraux, bien que modestes dans les chiffres, sont r?v?lateurs de son audace. Lors d?une campagne pass?e, il avait surpris tout le monde en organisant une visite impromptue ? un march? de Maroua, discutant avec les commer?ants, go?tant ? des sp?cialit?s locales et improvisant un discours po?tique sur l??conomie informelle. Les images de cette journ?e ont circul? longtemps : un candidat ?g?, attentif, riant avec les habitants, prouvant que la proximit? humaine peut ?tre un atout ?lectoral puissant. La rivalit? avec Tchiroma, ses campagnes pass?es, ses r?ussites et ses coups d?humour politique forment le portrait d?un homme qui sait que la politique est autant affaire de constance et de strat?gie que de charisme m?diatique. Comme un vieux ch?ne solidement enracin? dans le paysage du Nord, Bello Bouba r?siste aux temp?tes ?lectorales, aux vagues de critiques et aux flots parfois tumultueux de la presse. Et s?il conna?t parfaitement les r?gles du jeu, il n?h?site jamais ? y ajouter une touche de po?sie, un sourire malicieux ou une anecdote savoureuse qui humanise l?exercice du pouvoir. ? 78 ans, il montre que l?on peut faire de la politique avec s?rieux, finesse et humour, tout en restant fid?le ? ses convictions. Sa connaissance des arcanes de l??tat, son exp?rience ?lectorale, ses confrontations avec Tchiroma Bakary et sa capacit? ? toucher les c?urs sans crier font de Bello Bouba Maigari une figure incontournable et fascinante. Dans un Cameroun souvent emport? par les passions et les slogans, ses proches estiment qu’il demeure ce sage discret mais attentif, qui rappelle que la politique, au fond, est un art de patience, de strat?gie et de nuances, o? le vrai pouvoir r?side autant dans le savoir que dans la capacit? ? faire sourire et r?fl?chir. Jean Ren? Meva’a Amougou

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Afrique : cr?er des emplois ou perdre le si?cle

L?Afrique subsaharienne avance, mais sur un fil. Une croissance de 3,8 % en 2025, selon la Banque mondiale, semble prometteuse apr?s les turbulences des derni?res ann?es. Pourtant, derri?re ces chiffres, se cache une ?quation plus angoissante : comment transformer cette r?silience ?conomique en prosp?rit? partag?e ? Comment donner un avenir aux millions de jeunes qui frappent d?j? ? la porte du march? du travail ? Car le v?ritable d?fi n?est plus la survie ?conomique, mais la cr?ation d?emplois de qualit?. Le dernier Africa?s Pulse de la Banque mondiale, publi? ce 7 octobre, en fait le c?ur de son diagnostic. L?Afrique comptera, dans un quart de si?cle, 600 millions d?actifs suppl?mentaires. Une force d?mographique qui pourrait devenir le plus grand levier de croissance du monde, ou son fardeau le plus lourd. Aujourd?hui, seuls 24 % des nouveaux travailleurs d?crochent un emploi salari?. Le reste s?accroche ? l?informel, ce vaste refuge de la d?brouille qui nourrit, mais n?enrichit pas. Le rapport est clair : la r?gion doit changer de dimension. Cr?er des emplois ne se d?cr?te pas, cela s?organise. Il faut abaisser le co?t de l?activit? ?conomique, renforcer les infrastructures et investir massivement dans les comp?tences. L?Afrique ne manque pas d??nergie, mais d??lectricit? ; elle ne manque pas de jeunesse, mais de formation. C?est l? que se joue la bataille. Tant que l?entrepreneuriat restera prisonnier de la bureaucratie et de l?incertitude, les ambitions se faneront avant d?avoir germ?. Le secteur priv?, souvent c?l?br? dans les discours, doit devenir l?ossature r?elle du d?veloppement. Agroalimentaire, construction, tourisme, sant? : les gisements d?emplois sont l?, encore inexplor?s. Chaque emploi cr?? dans le tourisme, rappelle le rapport, en g?n?re un et demi dans les secteurs connexes. Mais il faut un environnement des affaires stable, des institutions solides et une gouvernance cr?dible. Sans cela, les investisseurs continueront de regarder l?Afrique comme un pari risqu? plut?t qu?une promesse d?avenir. La dette, elle, p?se comme une pierre sur les ?paules des ?tats. En dix ans, le service de la dette ext?rieure a doubl? pour atteindre 2 % du PIB. Vingt-trois pays sont d?sormais surendett?s ou proches de l??tre. Ce carcan budg?taire r?duit la marge de man?uvre publique, tandis que l?aide internationale se contracte. Autrement dit, le salut viendra moins de l?ext?rieur que de la capacit? des pays africains ? b?tir eux-m?mes les conditions d?une croissance cr?atrice d?emplois. L?Afrique a trop souvent v?cu de promesses de lendemains meilleurs. L?heure n?est plus aux d?clarations d?intention mais ? la lucidit? et ? l?action. Transformer la d?mographie en dividende suppose un saut de gouvernance et d?audace ?conomique. Sans cela, la croissance restera une belle illusion statistique ; avec cela, elle deviendra le socle d?une nouvelle ?re. Jean-Ren? Meva’a Amougou

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Cemac: Tchad et Gabon principaux partenaires commerciaux du Cameroun

Le pays de Idriss Deby a achet? pour 139 milliards de FCFA au Cameroun en 2024, malgr? une contraction des ?changes entre les deux parties. ? Malgr? la diversification des partenaires, les ?changes avec les pays africains restent limit?s dans les statistiques douani?res. Elles repr?sentent seulement 9,4 % des recettes totales d’exportations dont 6,8% en direction des autres pays de la Cemac ?, ce constat est de l?Institut national de la statistique (Ins). Il pose un rappel de la pr?carit? des rapports commerciaux qu?entretiennent les Etats africains entre eux ; particuli?rement, ceux de la Communaut? ?conomique et mon?taire de l?Afrique centrale (Cemac) entre eux. Et pour poser les fondements de cette r?alit?, l?Ins s?appuie sur le volume des ?changes entre le Cameroun et ses voisins durant l?exercice 2024. Il en ressort que du groupe des dix grands clients du Cameroun, seul le Tchad partage le m?me espace que lui. R?trogradation ? l?exportationLe Tchad est sorti du Top 5 des clients en 2024. Le pays d?Idriss Mahamat Deby r?trograde du 5e au 8e rang dans le top 10 des destinations des produits camerounais avec des parts de march? de 4,3%. Tandis que des pays comme L?Inde et l?Italie renforcent leur coop?ration commerciale avec des valeurs respectives de 327,4 milliards de FCFA (soit 10,1%) et 206,8 milliards de FCFA (soit 6,4%). Avec des tractations d?une valeur de 138,9 milliards de FCFA, le volume des achats du Tchad au Cameroun connait une baisse par rapport ? l?exercice 2023 ; o? il se situait ? 149,1 milliards de FCFA, indique l?INS.En 2023, l?expansion commerciale du Cameroun en Afrique tournait autour du Tchad, l?Afrique du Sud (1,6%), le Nigeria (1,3%), la Centrafrique (1,1%), le Gabon (1%), le Congo (0,6%), le S?n?gal (0,6%), la Guin?e Equatoriale (0,3%), l?Ethiopie (0,3%) et l?Alg?rie (0,3%). De faibles importationsAu Cameroun, la dynamique des importations au Cameroun est tourn?e vers la Chine, l?Inde, la Belgique, la France, les Etats-Unis. Les 10 plus grands fournisseurs du pays totalisent ? eux seuls 60% des importations. Seul le Nigeria y a sa place. ? Les importations originaires des pays africains ont l?g?rement augment? (1,4 point) par rapport ? l?ann?e 2023. Elles repr?sentent 10,9% des d?penses totales d?importations. Dans ce sous-groupe, le Nig?ria se positionne au premier rang avec un poids de 3%. Les importations vers ce partenaire africain sont constitu?es en grande partie des carburants et lubrifiants (67,4%) et du sel, soufre et clinker (16,7%). Il est suivi par la c?te d?Ivoire (1,2%), le Togo (0,9%) et le Maroc (0,9%) ?, rapporte l?Institut national de la statistique.Dans l?espace Cemac, le Gabon est le seul pays ? exporter de fa?on intensive en direction du Cameroun. Cela bien que ses marges soient fix?es ? 0,5% seulement, pour une valeur de 24,7 milliards de FCFA. Louise Nsana

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Les potins de la campagne

Faits et m?faits rep?r?s au cours de la campagne ?lectorale La campagne pr?sidentielle au Cameroun, c?est un peu comme un grand carnaval? mais avec plus de banderoles et moins de confettis. Pendant deux semaines, les candidats vont courir le pays, secouer leurs militants et multiplier les spots publicitaires comme des influenceurs en promo. Tout ?a co?te un bras, parfois deux. Alors, d?o? sort l?argent ? Entre les fonds personnels, les cotisations militantes et les dons des sympathisants g?n?reux (ou strat?ges), chacun tente de remplir sa tirelire ?lectorale. Cerise sur le g?teau : chaque candidat re?oit 15 millions FCFA rien que pour d?marrer, et une petite rallonge si au moins 5 % des ?lecteurs disent ? oui, je te choisis ?. Comme le dit St?phane Akoa, c?est avant tout un jeu de collecte de sous? fa?on grande loterie politique. Tchiroma, ? notre bon diable ? Ah, Tchiroma ! L?homme qu?on croyait ind?boulonnable, inoxydable, increvable ? et qui rena?t, chaque ?lection, tel un ph?nix coiff? d?un turban oratoire. Ses adversaires le disent ? cam?l?on politique ?, lui se revendique ? exp?riment? ?. Apr?s tout, il a tout vu : l?opposition, le pouvoir, la chute, la r?surrection. Et le voil?, repenti, th??tral, presque mystique : ? Je demande pardon aux Camerounais ?. Cette fois, les micros n?ont pas trembl?, ils ont fondu. ?tait-ce sinc?re ? ?tait-ce calcul? ? Nul ne sait. Mais le moment restera grav? : Tchiroma en p?nitent r?publicain, la main sur le c?ur, le ton grave. Un internaute raille : ? M?me Lucifer aurait besoin d?un attach? de presse comme lui ?. Un autre ironise : ? C?est notre bon diable : il allume le feu, mais jamais la maison ?. Car Tchiroma, c?est ?a : un m?lange de th??tre et de sagesse populaire. Il tonne, il rit, il gesticule. On ne l??coute pas, on le regarde. Il pourrait vendre de la pluie ? Douala et du soleil ? Bamenda. Et pourtant, derri?re les mots qui flambent, il y a une vraie intelligence politique ? celle du terrain, de la m?moire et du verbe. En somme, un bon diable au sens camerounais : roublard, bavard, mais toujours attachant. Capable de transformer un meeting en confession et une confession en spectacle. Sa devise implicite ? ? Je parle, donc je suis ?. Et dans une campagne o? d?autres se taisent prudemment, ce n?est d?j? pas rien. Abdoulaye Abakar, artiste du d?chiquetage politique Dans le festival des gestes ?lectoraux improbables, Abdoulaye Abakar a d?croch? la palme : arm? de ses mains et d?un courage? un peu mal plac?, il a d?chir? les effigies de Paul Biya comme on froisse une vieille facture. Son acte, immortalis? en vid?o virale, a d?clench? une temp?te d?indignation et quelques crises de rire involontaires : on ne savait plus si c??tait de la politique ou du th??tre exp?rimental. La police, peu friande d?art moderne, l?a rapidement invit? ? m?diter sur le papier qu?il venait de martyriser. Entre incitation ? la haine et hostilit? contre la Patrie, Abdoulaye pourrait bien d?couvrir que ? d?fendre Tchiroma ? ne vaut pas l?exposition d?un carnet judiciaire. Moralit? : ? l?approche des urnes, mieux vaut les slogans et les stickers que les ciseaux et la col?re. Mais qui sait ? Dans ce pays, m?me un portrait d?chir? peut devenir l?gendaire? Hilare Il y a un mois, Nke Fridolin se lan?ait ? la t?l? dans une enqu?te dramatique : ??Les 7 p?ch?s de Tchiroma??. Trois semaines plus tard, face au ministre, le voil?? bouche b?e, yeux ?carquill?s, sourire jusqu?aux oreilles?! Celui qui jurait le plus grand m?pris pour Tchiroma se transforme en fan num?ro un, acceptant sa main avec un respect quasi religieux pendant que le ministre, lui, a d?j? le regard ailleurs. Incroyable mais vrai : Tchiroma semble avoir ce petit truc qui d?sarme m?me les plus sceptiques. Hier encore, un avocat, vice-pr?sident d?un parti concurrent, se tr?moussait joyeusement au meeting du FSNC? la preuve que le charme Tchiroma n??pargne personne Sourire de chirurgien Ah, le professeur Jean Bahebeck, toujours ?gal ? lui-m?me ! Il entre en campagne? sans campagne ! Voil? un homme qui d?clare la guerre au silence tout en brandissant le drapeau blanc ? celui du vote, bien s?r. Il nous explique qu?il ne donnera pas de consigne de vote, mais il en donne une quand m?me, fa?on ? je t?aime, moi non plus ? ?lectoral. Pendant que certains candidats s?accrochent aux micros comme ? des bou?es, lui, il l?che l?affaire avec un sourire de chirurgien : pr?cis, tranchant et sans anesth?sie. Et quand il parle d?un ? individu venu de nulle part ?, on se demande si ce n?est pas une nouvelle esp?ce politique d?couverte par l?UPC : l?homo opportunistus, rare mais bruyant. R?sultat : Bahebeck choisit le vote blanc, parce qu?au Cameroun, dit-il, m?me les bulletins ont besoin de repos. Moralit? : entre la com?die politique et la trag?die nationale, lui a choisi? la satire. Jean-Ren? Meva?a Amougou

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Interview Colonel Didier Lavenir Mvom: ? les candidats n?ont pas suffisamment ?clair? les Camerounais sur des questions de s?curit? ?

Pour l?ancien expert charg? des questions de d?fense et de s?curit? ? la Ceeac, les questions s?curitaires sont d?autant plus importantes que des bandes arm?es multiplient des exactions aux fronti?res. La campagne pr?sidentielle s?ach?ve et les candidats ont eu l?opportunit? de faire le tour de leurs offres politiques. En tant que sp?cialiste des questions s?curitaires, que retenez-vous s?agissant de ce segment ? Il y a beaucoup de sujets qui n?ont pas ?t? abord?s par les candidats. Comme celui relatif ? la s?curit?. Or la question de la s?curit? n?est pas un probl?me essentiellement camerounais. Le probl?me est sous r?gional et c?est dans cette optique que moi je vois ces choses. Si l?on doit par exemple se r?f?rer ? l?Afrique de l?Ouest, la s?curit? est une affaire r?gionale. Chez nous ?a l?est ?galement parce nous l?avons sur nos deux fronts avec notamment Boko Haram ? l?Extr?me-Nord. Le pr?sident sortant ?tait ? Maroua, il en a parl? un peu mais ce n??tait pas au fond un sujet prioritaire. Il y a aussi la question du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui nous interpelle. Vous allez voir que nous sommes au pif de ce probl?me en compagnie du Nigeria et du Tchad dans le Bassin du Lac Tchad? Donc en fait la probl?matique est sous r?gionale mais il faut la prendre ? bras le corps parce qu?on ne peut pas la focaliser sur le Cameroun. ?a sort de quelque part, ?a rentre au Cameroun, ?a sort de chez nous, ?a va quelque part. Nous sommes dans une r?gion comme la Ceeac (Communaut? ?conomique des Etats de l?Afrique centrale) qui a des instruments juridiques, comme par exemple des instruments de lutte contre la prolif?ration des armes, qui sont pour la plupart contraignants, mais nous ne mettons pas ?a suffisamment en ?uvre pour bloquer les fronts d?entr?e des armes chez nous et dans les pays voisins. Parfois, ?a passe m?me dans les pays voisins pour venir ici. L?ins?curit? chez nous est transfrontali?re. Qu?ont dit les candidats ? ce sujet ? Pas grand-chose ? mon avis. Boko Haram et la filiale locale de l?Etat islamique ont repris du z?le au niveau de nos fronti?res. Qu?est-ce qu?on peut attendre du futur pr?sident du Cameroun alors que la force multinationale mixte est aujourd?hui affaiblie ? C?est le pr?sident du Cameroun mais son pays est la zone du Lac Tchad. Ce qu?on peut attendre du futur pr?sident c?est qu?il engage r?solument les autres. Si la r?ponse commune commence ? s?affaiblir qu?on essaie de comprendre pourquoi cela se passe ainsi. Pour le cas de la Force multinationale mixte qu?on essaie de s?organiser par ce que nous, nous avons peut-?tre les capacit?s, mais le th??tre des affrontements c?est au niveau de nos fronti?res et ?a implique les autres. Quand on fait une campagne ?lectorale, on peut ne pas tout dire mais on doit absolument dire l?essentiel sur certains sujets. On va dire que le Cameroun fait une diplomatie silencieuse, d?accord mais sauf que quand nous voyons la coordination dans laquelle rentre le Cameroun pour la s?curit? chez nous, on se rend compte que cette coordination ne marche pas pour plusieurs raisons. Le chef d?Etat au Cameroun doit absolument se r?engager aupr?s des autres pour r?activer tous m?canismes l?. Je vous prends le cas de la Ceeac. Il y a des m?canismes quand un pays est attaqu?. Nous avons le pacte de non-agression, le pacte d?assistance mutuelle. Ce dernier pacte a ?t? activ? ici en 2013 d?une mani?re assez simpliste au plus fort de la lutte contre Boko Haram. Par contre, nous avons vu nos pays s?engager en Centrafrique. Le Cameroun est fortement engag? en Centrafrique mais quand le Cameroun a eu ce probl?me, quelle aide lui a-t-on apport? ? Ce sont des choses dont les candidats ? la pr?sidentielle doivent aborder. Et d?ailleurs, il y a des signes qui ne trompent pas. Par exemple, vous n?allez pas voir un candidat ici vous faire un meeting quelque part avec le drapeau du Cameroun et celui de la Ceeac. Vous ne les verrez pas avec le drapeau du Bassin du Lac Tchad. ?a veut dire que ce n?est pas leur affaire. Il y a un candidat aime beaucoup faire ces choses-l? mais il n?a jamais que le drapeau du Cameroun. Or, on ne peut pas s?engager l?-dedans sans les autres pays. Le drapeau nous am?ne ? nous impliquer donc si nous consid?rons que nous appartenons ? une communaut?, on doit voir son drapeau. C?est cette division qu?on nous reproche et qui font penser qu?on peut se d?brouiller chacun chez soi. Les candidats ne nous ont pas suffisamment dit comment est-ce qu?ils comptent s?engager pour des questions de s?curit? internationale et c?est dommage. On parle de Boko Haram, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, d?accord. Mais tout ?a est aliment? ? partir de l?ext?rieur. Est-ce que les candidats prennent cela ? c?ur quand ils parlent aux Camerounais ? Or ils devaient vraiment mettre cette probl?matique en exergue car l?une des premi?res obligations d?un Etat c?est la s?curit? des citoyens. Consid?rez-vous donc que cette omission des candidats est un grief ? mettre ? leur encontre ? Tout ? fait. Quand un candidat se pr?sente devant vous, chacun a ses attentes. Et donc ? moins qu?on me dise que la s?curit? n?int?resse pas les Camerounais mais il me semble que ce n?est pas le cas. Qu?est-ce qu?on en a fait ? Est-ce qu?on en a parl? ? Il me semble que les candidats n?ont pas suffisamment abord? la question de la s?curit?. C?est un grief. Le silence des candidats interroge. Nous avons m?me des probl?mes de s?curit? ? l?int?rieur mais je n?ai pas entendu les orientations qu?on donne pour leur r?solution. Or c?est dans leur discours de campagne que se dessinent les grandes lignes de leurs actions. Nous avons beaucoup d?armes qui viennent du Nigeria, nous avons beaucoup de gens qui sont install?s au Nigeria. On va nous que dire que les services de renseignement font des choses mais la v?rit? c?est que c?est une pr?occupation majeure.

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Nous ne connaissons pas ?a

Quand tu parles de lutte des classes ? un Camerounais, il te r?pond qu?on ne conna?t pas ?a ici. Pourtant, regardez les militants du RDPC : bien habill?s, ventrus, s?rs d?eux, distribuant ou recevant des ?choses?. Ce sont des fonctionnaires, ou des anciens fonctionnaires, des hommes d?affaires, des chefs, des notables. Ceux qui ont tout.Et regardez ceux qui suivent Tchiroma : maigres, poussi?reux, n?ayant rien ? offrir que leurs voix, leurs corps. leur ?nergie. Ils n?ont rien ? sinon la foi de crier leur mis?re et leur esp?rance. Je le dis : cette affaire va se terminer entre ceux qui ont et ceux qui n?ont rien.Ce que Karl Marx appelait la lutte des classes. Mais si vous regardez Tchiroma, vous vous trompez. Regardez ceux qu?il attire.Ce que j?ai vu dans les vid?os de ses meetings, c?est un peuple qui se d?couvre.Je n?ai pas vu une campagne ?lectorale : j?ai vu un ?veil.Des visages illumin?s, une ?nergie neuve, une vibration qu?on ne fabrique pas.J?ai vu un mur tomber. Ce peuple-l? est plus jeune que ce r?gime qu?il veut voir partir.Il est n? sous Biya, n?a jamais choisi son pr?sident, n?a jamais aim? ses dirigeants ? seulement appris ? les craindre.Et voil? qu?il sent battre quelque chose de neuf : une appartenance, un destin.Ce peuple sans privil?ges ni avenir assur? est pr?t ? tout donner ? celui qui, pour la premi?re fois, lui parle sans m?pris. En face, il y a ceux qui ont tout : les ?gens bien?, les notables, les fonctionnaires, les commer?ants prosp?res, les distributeurs de ?choses?.Prot?g?s par la police, ils disent que le peuple fait du d?sordre.Mais ils ont oubli? qu?ils viennent de ce peuple.Notre histoire coloniale a produit cette ?lite fascin?e par le pouvoir.Fascin?s par le faste, ils ont oubli? la dignit? dans la poussi?re. Ce qui se joue aujourd?hui n?est pas une ?lection, c?est le rejet d?un style : celui de la distance, de l?arrogance, du m?pris.Un style qui n?est pas seulement celui du pr?sident, mais d?une ?lite tout enti?re, persuad?e que r?ussir, c?est s??loigner .Une ?lite qui confond r?ussite et s?paration, autorit? et m?pris, privil?ge et comp?tence. Ils ont chang? de classe ? les arrivistes. Ceux qui pensent pouvoir refaire avec Tchiroma ce qu?ils ont fait avec Kamto se trompent.Les campagnes de d?nigrement ne marchent plus.Quand le peuple dit ?notre diable pr?f?r??, c?est qu?il a d?j? accept? les imperfections de son h?ros. Car le virtuel de Paul Biya, d?sormais adepte de Twitter, a perdu contre le r?el de la rue.Les t?l?phones qui filment les foules ne diffusent pas des ?fake news? : ils montrent que le peuple existe et s?est lev?.Ce pouvoir qu?on ne voyait qu?? la t?l?vision, le voil? dans la rue.Et pour la premi?re fois, le peuple ose regarder le pouvoir en face.Autrefois, quand Biya passait, on leur demandait de tourner le dos.Aujourd?hui, Tchiroma leur apprend ? lever la t?te. Et ceux qui ont pris la rue ne la rendront plus.Le message est clair : partez avant qu?il ne soit trop tard.Nulle part au monde, aucun r?gime n?a triomph? d?un peuple debout. Jean-Paul Sartre ?crivait 😕 Le peuple, ce n?est pas une somme d?individus, c?est une force en attente de se reconna?tre. ? Hannah Arendt ajoutait 😕 Le pouvoir na?t quand des hommes se rassemblent et agissent de concert. ? Le peuple n?existe pas dans le silence. Il devient peuple quand il agit ensemble.C?est ce qui s?est produit en 1789 ? Paris, en 1960 ? Accra, en 2011 ? Tunis, en 2019 ? Khartoum.C?est ce que vivent aujourd?hui les Camerounais dans la rue : ils se reconnaissent.Sortir dans la rue, c?est recharger le r?el, reconnecter le politique et le sacr?.? Quand le peuple danse, la terre bouge. ?Le peuple camerounais, aujourd?hui, s?est remis ? danser. Et quand la terre bouge, aucun mur, aucune police, aucun mensonge ne peut la retenir. Oui, cette affaire va se terminer en lutte entre ceux qui ont tout pris et veulent encore tout garder, et ceux ? qui ils demandent d?attendre sept ans de plus. Jean Pierre Bekolo

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Paul Biya: Maestro Discreto

Silhouette filtr?e par le temps, l?homme avance dans l?histoire du Cameroun comme un souffle ancien dans la savane, ? la fois immobile et patient. Depuis 1982, son visage se m?le aux contours m?mes du pays, comme une ombre qui traverse les saisons et les scrutins, silencieuse mais persistante. Chaque ?lection semble moins un rendez-vous d?mocratique qu?un rite suspendu, o? les urnes deviennent des bassins de m?moire, les bulletins des feuilles emport?es par le vent, et la campagne une rivi?re lente o? son image flotte, immuable et diffuse. Sa mani?re de faire campagne rel?ve de l?art du retrait calcul?. En 2018, toute la campagne pr?sidentielle s?est r?sum?e ? un unique discours de onze minutes cinquante ? Maroua, tandis que ses adversaires parcouraient le pays comme des messagers infatigables. Et pourtant, au bout du compte, il fut d?clar? vainqueur avec 71 % des voix. Une performance qui illustre ? la fois l?anciennet? de son parti, le Rassemblement d?mocratique du peuple camerounais (RDPC), et la constance de sa pr?sence, m?me quand elle semble se faire discr?te. Caravage du temps Mais le vent change dans la savane politique. Depuis les ?lections municipales et l?gislatives de 2020, le RDPC n?est plus ma?tre absolu de la ??Fille a?n?e du Renouveau??. Le Front pour le Salut national du Cameroun (FSNC) d?Issa Tchiroma et d?autres partis ont pris pied, ?branlant le bastion jadis incontest? de Biya. Des meetings d?sert?s, des ?lus qui se rebellent, des tensions au sein m?me du parti au pouvoir : autant de signes que l?autorit? n?est plus seulement affaire de pr?sence physique ou de tradition. ? Maroua, les habitants attendent d?sormais le bilan concret des projets annonc?s, qu?il s?agisse du Parse, du Programme sp?cial de reconstruction et de d?veloppement (PSRDEN) ou de Viva Logone. Dans cette lutte ?lectorale, Paul Biya fait face ? des figures qui ont longtemps ?t? ses alli?s, voire des h?ritiers de l??re Ahidjo. Bello Bouba et Issa Tchiroma, hommes l?gu?s par l?histoire, se pr?sentent d?sormais comme concurrents dans l?Extr?me-Nord, deuxi?me plus grand vivier ?lectoral du pays apr?s la r?gion du Centre. La bataille pour le contr?le du Grand-Nord, jadis chasse gard?e du pr?sident, promet d??tre ?pre, et il n?est plus certain que les c?urs lui soient acquis. Pourtant, l?homme ne se presse jamais vers l?exub?rance. Ses slogans, brefs mais intenses, sont comme des ha?kus dispers?s dans le temps : ??La force de l?exp?rience??, ? les grandes r?alisations??, ? les grandes opportunit?s ?. Chaque mot, r?p?t? depuis des d?cennies, devient un ?cho du temps, un souffle de patience et de ma?trise. Derri?re ces mots soigneusement choisis, il y a un effacement strat?gique : non pas disparition, mais retrait calcul?, comme si l?histoire devait s??crire moins avec lui et plus avec le Cameroun lui-m?me. Chaque scrutin devient un th??tre o? sa pr?sence se fait moins corporelle que symbolique, un souffle qui traverse affiches et antennes, jamais totalement atteignable. C?ur et corps de cam?l?on  Ses campagnes ressemblent ? des po?mes en alexandrins irr?guliers. Une strophe ici, un refrain l?, des promesses modul?es, des incantations de continuit?. La r?p?tition devient m?moire collective, un ?cho o? les ?lecteurs retrouvent non seulement le pr?sident, mais le temps lui-m?me, suspendu. Les images qu?il ?voque ? fleuves calmes, baobabs immobiles, vent l?ger caressant la savane ? sont autant de m?taphores d?une pr?sence mesur?e et d?une autorit? discr?te. L?effacement apparent n?est pas absence, mais contr?le subtil. L? o? d?autres cherchent le feu de la jeunesse ou l??clat du scandale, Biya offre la lenteur, la constance d?un fleuve qui creuse son lit au fil des ann?es. Chaque slogan devient un vers, chaque apparition une strophe silencieuse. Pas de flamboyance, pas d?exub?rance : tout est mesure, harmonie, respiration longue et r?guli?re, comme un po?me ?crit en marge de la h?te du monde. Ainsi se dessine le portrait d?un homme ? la fois pr?sent et absent, immuable et changeant. Ses scrutins sont des po?mes de l?attente, des chants de m?moire et d?exp?rience. Il enseigne que la force peut r?sider dans la constance, que l??loignement peut ?tre strat?gie, et que la po?sie peut traverser la politique comme un vent l?ger dans les feuilles d?un arbre ancien. Au bout de ces d?cennies, Paul Biya demeure une figure suspendue entre m?moire et pr?sent, o? chaque scrutin devient ?cho de son passage, chaque slogan miroir de ses choix, chaque silence ligne de po?sie d?fiant l?agitation des voix et des passions. Dans ce retrait apparent, il est partout : stabilit? incarn?e, patience sculpt?e, constance devenue art. Le Cameroun le contemple et le mesure, non seulement comme pr?sident, mais comme vers vivant dans le po?me continu de sa nation, un souffle ancien qui traverse l?histoire sans jamais se disperser. Et si l?on y cherche un peu d?humour, on pourrait dire que Paul Biya est ce baobab qui, m?me au c?ur de la temp?te, continue de m?diter sur la pluie et le vent, laissant les oiseaux s?agiter autour de lui tandis que ses racines plongent profond?ment dans l?histoire. L?homme avance lentement, mais in?luctablement, comme un po?me que personne n?oserait interrompre, ni juger, ni raturer. Il est partout, tout en ?tant presque invisible : un ma?tre du camouflage politique, mais en version ?l?gante, presque po?tique. Et c?est peut-?tre l? sa v?ritable magie : tenir le temps, suspendre les ?mes, imposer la lenteur comme une performance, et transformer la constance en spectacle, le silence en chant, et chaque scrutin en vers. Jean-Ren? Meva?a Amougou

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