Dans un monde où les données sont devenues une ressource stratégique, l’Institut sous-régional de la Statistique et d’Économie appliquée (ISSEA) a diplômé 108 statisticiens et économistes appelés à éclairer les politiques publiques de dix pays africains.

Les applaudissements ont longtemps résonné dans la salle du complexe Arc Bi Valley de Yaoundé. Vendredi 31 juillet, les sourires des familles répondaient à la fierté des diplômés. Au total, 108 lauréats issus de dix nationalités ont reçu leur parchemin lors de la cérémonie de sortie de la 42ᵉ promotion de l’Institut sous-régional de la Statistique et d’Économie appliquée (ISSEA), en présence du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, du gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, ainsi que de plusieurs représentants diplomatiques.
Au-delà du caractère solennel de la cérémonie, c’est un message fort qui a été adressé à cette nouvelle génération de spécialistes : l’Afrique ne peut plus se développer sans des données fiables. À l’heure où les gouvernements cherchent à mieux cibler leurs investissements, mesurer la pauvreté ou encore évaluer l’efficacité des politiques publiques, les statisticiens deviennent des acteurs incontournables de la décision.
« Ce chiffre est plus qu’une statistique », résume le directeur général de l’ISSEA, le Dr Marcel Opoumba. Pour lui, ces 108 diplômés illustrent la vocation régionale de l’école et la confiance que lui accordent les États d’Afrique centrale. Ils rejoignent désormais un réseau d’anciens présents dans les administrations, les banques centrales, les instituts nationaux de statistique ou les organisations internationales.
La promotion 2026 regroupe quatre filières : les Techniciens supérieurs de la statistique, les Analystes statisticiens, les Ingénieurs statisticiens économistes en cycle de trois ans et ceux du nouveau cycle long de cinq ans. Cette dernière formation marque une évolution importante pour l’établissement. Elle prépare des profils capables de maîtriser les nouveaux outils de traitement des données, notamment ceux liés à l’intelligence artificielle et à la science des données.
Pour le parrain de cette promotion, Paul Henri Nguema Meye, directeur général d’AFRISTAT, les futurs diplômés auront une responsabilité qui dépasse largement les tableaux de chiffres. « Sans données fiables, on gouverne à l’aveugle, on investit au hasard et on planifie sans connaître les besoins réels », a-t-il rappelé. Selon lui, chaque indicateur correctement produit contribue à renforcer la confiance des citoyens et à améliorer l’action publique.
Le ministre Alamine Ousmane Mey partage ce constat. Face aux défis économiques et sociaux de la Cemac, il estime indispensable de disposer de statistiques harmonisées et comparables pour orienter les politiques publiques. Réduction de la pauvreté, suivi des Objectifs de développement durable, évaluation des politiques budgétaires ou monétaires : autant de domaines où la qualité des données conditionne désormais la qualité des décisions.
L’ISSEA entend ainsi poursuivre sa transformation pour accompagner la révolution numérique. Les données sont devenues le « pétrole » du XXIᵉ siècle, mais elles ne valent que par les compétences de celles et ceux qui les collectent, les analysent et les interprètent.
Avant de quitter l’amphithéâtre, les jeunes diplômés ont reçu un dernier conseil : faire preuve d’intégrité, d’humilité et de persévérance. Trois qualités qui, selon leurs enseignants, restent aussi essentielles que la maîtrise des algorithmes. Car derrière chaque statistique se cache une réalité humaine, et derrière chaque décision publique, la nécessité de disposer de chiffres justes pour construire un développement durable.
Olivier Mbessité