Le virus est encore de l’autre côté de la frontière. Mais pour la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), l’heure n’est plus à l’attentisme. Face à la flambée de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, la Commission de la CEMAC enclenche l’alerte maximale et propose un plan d’urgence régional chiffré à 6,09 milliards de FCFA.

Le rapport de situation épidémiologique, publié avec l’appui du Programme de Sécurité Sanitaire en Afrique Centrale (HeSP-CEMAC) financé par la Banque mondiale, ne laisse guère de place à l’optimisme. Si aucun cas n’a, à ce stade, été détecté dans les six États membres, la menace est jugée imminente. La République centrafricaine et la République du Congo figurent en première ligne, tandis que le Cameroun est classé à risque élevé en raison de l’intensité des échanges transfrontaliers.
Le cœur de la riposte repose désormais sur un vaste dispositif préventif. L’enveloppe de 6,09 milliards de FCFA vise à verrouiller les principales portes d’entrée de la sous-région. Au programme : renforcement du triage sanitaire aux frontières, intensification de la surveillance dans les aéroports, ports et postes terrestres, détection précoce des cas suspects et montée en puissance des capacités diagnostiques des laboratoires nationaux grâce à des tests adaptés à l’espèce Bundibugyo.
L’objectif est simple : casser toute chaîne de transmission avant qu’elle ne s’installe. Une stratégie dictée par la progression rapide de l’épidémie en RDC, où plus de 3 200 cas confirmés et 1 405 décès ont déjà été enregistrés. À cette inquiétude s’ajoute une difficulté majeure : contrairement à la souche Zaïre, la variante Bundibugyo ne dispose pas encore d’un vaccin ou d’un traitement spécifique immédiatement disponible à grande échelle.
Au-delà des équipements, la CEMAC appelle à une mobilisation coordonnée des États membres. Harmonisation des protocoles, partage en temps réel des données épidémiologiques, formation accélérée des personnels de santé et sensibilisation des populations frontalières constituent les autres piliers de cette riposte collective. Le virus n’a pas encore franchi les frontières communautaires. Mais pour la CEMAC, la meilleure victoire sera peut-être celle qui ne se verra jamais : empêcher Ebola d’entrer.
Bobo Ousmanou