La méthode de Brice Clotaire Oligui Nguema

Chaque chef d’État imprime sa marque personnelle à l’exercice du pouvoir. Certains privilégient la distance et le protocole, d’autres choisissent la proximité avec les populations.

À travers les propos qu’il a tenus sur « Africa 24 » lors de sa visite d’État en France, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a présenté une vision de la gouvernance qui repose sur trois principes majeurs : la proximité avec le peuple, l’inclusion dans les relations internationales et le respect de la souveraineté des autres États africains.

Le premier pilier de son action est la proximité avec les gouvernés. Dans de nombreux pays africains, les présidents apparaissent entourés d’importants dispositifs de sécurité, au point de devenir presque inaccessibles. Clotaire Oligui Nguema semble avoir choisi une autre voie. Les images de lui dansant avec des jeunes, courant dans les rues avec des citoyens, échangeant simplement avec des villageois ou voyageant avec une escorte réduite lorsqu’il quitte Libreville traduisent une volonté de rester au contact de la réalité quotidienne de son peuple.

Cette proximité n’est pas seulement une question d’image. Elle permet à un dirigeant de mesurer directement les difficultés auxquelles sont confrontés les citoyens. Les rapports administratifs et les statistiques ne remplacent jamais les échanges directs avec les populations. Lorsqu’un président écoute les agriculteurs, les commerçants, les étudiants ou les habitants des villages, il comprend mieux leurs attentes et peut adapter ses décisions aux réalités du terrain. Gouverner, ce n’est pas seulement administrer ; c’est aussi écouter.

Le deuxième principe est celui de l’inclusion plutôt que de l’exclusion. Depuis son arrivée au pouvoir, Oligui Nguema affirme que le Gabon ne souhaite pas dépendre d’un seul partenaire. Son ambition est de travailler avec tous les pays disposés à établir une coopération fondée sur le respect mutuel et les intérêts réciproques.

Cette orientation se traduit déjà dans les choix économiques du Gabon. Là où certains secteurs étaient traditionnellement dominés par la France, le gouvernement a diversifié ses partenariats. L’Australie intervient dans le domaine des mines, la Suisse dans le projet de port en eau profonde, la Chine dans les infrastructures ferroviaires, les États-Unis pour les wagons, tandis que la France demeure présente dans le secteur de l’électricité. Cette diversification illustre une volonté de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier et de favoriser une saine concurrence entre les partenaires internationaux.

Mais, au-delà de cette diversification, le président gabonais insiste sur un principe essentiel: le partenariat doit être gagnant-gagnant. Pendant longtemps, de nombreux pays africains ont exporté leurs matières premières sans véritable transformation locale. Les richesses quittaient le continent tandis que la valeur ajoutée, les emplois qualifiés et les bénéfices industriels étaient créés ailleurs. Clotaire Oligui Nguema affirme vouloir rompre avec cette logique en encourageant la transformation des ressources sur le territoire gabonais. Une telle politique peut contribuer à créer davantage d’emplois, à développer les compétences nationales et à renforcer l’économie du pays.

Le troisième aspect de sa méthode concerne sa vision des relations entre les États africains. Contrairement à certains dirigeants ou responsables internationaux, il refuse de qualifier les chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES) de « juntes ». Il préfère les considérer comme des frères africains qui ont fait un choix politique qu’il convient de respecter, même lorsqu’on ne le partage pas. Cette position traduit une certaine conception de la solidarité africaine. Pour Clotaire Oligui Nguema, les désaccords politiques ne doivent pas empêcher le dialogue entre les peuples du continent. Il soutient que chaque nation est souveraine et doit pouvoir déterminer librement son avenir. Cette approche privilégie le respect mutuel plutôt que les condamnations systématiques et invite les Africains à rechercher eux-mêmes des solutions à leurs différends.

Aucun dirigeant n’est parfait. Clotaire Oligui Nguema ne fait pas exception. Sa gouvernance peut faire l’objet de critiques, et plusieurs défis demeurent pour le Gabon, notamment en matière d’emploi, de lutte contre la corruption et de consolidation des institutions démocratiques. Les résultats de son action devront être évalués à l’aune des réformes effectivement mises en œuvre et de leur impact sur la vie quotidienne des Gabonais.

Cependant, à l’écoute de ses interventions publiques, il se dégage l’image d’un homme qui paraît sincère dans son engagement, humble dans son attitude et profondément attaché à son pays. Depuis qu’il a renversé le régime d’Ali Bongo, il affirme vouloir ouvrir une nouvelle page de l’histoire du Gabon, fondée sur une gouvernance plus proche des citoyens et sur une meilleure valorisation des richesses nationales.

Le temps dira si cette ambition se traduit durablement dans les faits. En politique, seules les réalisations permettent de juger un dirigeant. Mais une chose semble déjà acquise: Clotaire Oligui Nguema propose une manière différente de concevoir le pouvoir. Son approche, qui combine proximité avec le peuple, diversification des partenariats internationaux et respect de la souveraineté des États africains, mérite d’être observée avec attention. On peut ne pas partager toutes ses orientations, mais il est difficile de nier que cette vision participe au débat sur les nouvelles formes de gouvernance que beaucoup d’Africains appellent de leurs vœux.

Jean-Claude Djéréké

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