Une ?tude men?e par l?Universit? de Maroua et Action contre la Faim avec l?appui de l?AFD r?v?le que les relations entre ?leveurs transhumants et populations s?dentaires sont ? la fois un moteur ?conomique et une source majeure de conflits. Entre compl?mentarit? marchande et comp?tition pour les ressources, l??quilibre reste fragile.

Au Sahel camerounais, la cohabitation entre transhumants et s?dentaires n?est ni une guerre permanente ni une harmonie idyllique. C?est un syst?me complexe d??changes, de d?pendances et de tensions. Dans sa publication QDD n?100 (f?vrier 2026), l?Agence fran?aise de d?veloppement (AFD), en partenariat avec l?Universit? de Maroua et Action contre la Faim, dresse un constat nuanc? ? partir d?une enqu?te men?e aupr?s de 124 m?nages dans trois villages du Nord-Cameroun : 60 ?leveurs transhumants et 64 cultivateurs et agro?leveurs s?dentaires.
Une ?conomie d?interd?pendance
Les r?sultats sont clairs : l??conomie locale repose sur une compl?mentarit? structurelle. Les transhumants vivent principalement de la vente de viande, de lait et de sous-produits (peaux, fumier), ainsi que de services pastoraux (garde d?animaux, croisement de races, interm?diation sur les march?s ? b?tail). Les s?dentaires, eux, commercialisent c?r?ales, r?sidus agricoles et parfois du lait, tout en d?veloppant progressivement leur propre ?levage. Le lait, longtemps autoconsomm?, devient un produit fortement mon?tis?. La viande progresse sur les march?s. Les r?sidus de r?colte acqui?rent une valeur marchande croissante. Les contrats de fumure et de p?turage se multiplient. Mais cette mon?tisation transforme les relations. L?entraide traditionnelle diminue au profit d??changes contractuels. L?acc?s ? l?eau, aux p?turages ou aux march?s devient payant, structur?, parfois discriminant.
Des co?ts qui alimentent les tensions
L??tude identifie deux grandes sources de litiges : l?acc?s aux ressources (eau, p?turages) et l?acc?s aux services (march?s ? b?tail, infrastructures v?t?rinaires). Entre 80 % et 92 % des r?pondants d?signent l?eau comme principal facteur de conflit. Sa rar?faction et la privatisation progressive de certains points d?abreuvement alourdissent les charges, notamment pour les pasteurs mobiles. Les transhumants supportent en moyenne plus de 100 000 F CFA de co?ts par saison, soit pr?s d?un cinqui?me de leur revenu pastoral annuel. Leurs pertes d?passent 120 000 F CFA par m?nage, contre 92 000 F CFA pour les s?dentaires.
Autre point sensible : les d?g?ts aux cultures. Pour 53 % ? 90 % des s?dentaires, le pi?tinement des champs constitue la forme la plus visible des litiges. En retour, 80 % des transhumants d?noncent des accusations injustifi?es et une stigmatisation syst?matique. La sant? animale accentue les in?galit?s : les pasteurs mobiles paient deux ? trois fois plus en soins v?t?rinaires, notamment parce qu?ils traversent davantage de zones ? risque et n?ont pas toujours acc?s aux subventions locales.
Une gouvernance sous tension
La d?fiance envers les autorit?s locales est marqu?e. Dans certains villages, pr?s de 90 % des s?dentaires jugent l?administration inefficace ; ailleurs, 88 % des transhumants d?noncent son favoritisme. Pourtant, les m?canismes coutumiers de m?diation restent largement pl?biscit?s, jug?s efficaces ? 70 %. N?gociation, indemnisation concert?e, r?paration symbolique : ces outils traditionnels limitent l?escalade. L??tude souligne que la croissance d?mographique et l?augmentation des troupeaux intensifient la pression sur les ressources. Sans cadre clair, la comp?tition ?conomique peut basculer vers la violence. Les chercheurs recommandent d?agir d?abord sur les leviers ?conomiques : s?curiser les points d?eau, baliser et prot?ger les couloirs de transhumance, moderniser les march?s ? b?tail et r?guler les co?ts d?acc?s aux infrastructures.
Ils plaident ?galement pour une meilleure int?gration du pastoralisme dans les politiques publiques : reconnaissance ?conomique de ses apports (fumure, emploi, commerce), soutien ? la transformation des produits d??levage, encadrement juridique des contrats. Enfin, la cl? r?side dans une gouvernance inclusive : comit?s mixtes de gestion de l?eau et des p?turages, participation des transhumants aux instances locales, harmonisation des r?gles d?acc?s aux soins v?t?rinaires. Car au Nord-Cameroun, transhumants et s?dentaires ne sont pas condamn?s ? s?opposer. Leur ?conomie est d?j? profond?ment imbriqu?e.
Reste ? savoir si les politiques publiques sauront transformer cette interd?pendance fragile en v?ritable moteur de d?veloppement partag?.
Tom.