Difficile de minimiser. Le coup re?u par la grande famille du journalisme au Cameroun est bien rude. Suzanne Kala Lob? est morte et repose d?sormais ? Bali (Douala). Autour de la disparition de la journaliste camerounaise, des hommages de grande ampleur.

Des t?moignages vertigineux que l?on a pu entendre lors de ses obs?ques, l?on retient surtout que son esprit revendiquait une ?rudition sophistiqu?e de l?Histoire du Cameroun. En imposant, ? titre posthume, une galerie de ses portraits, ??Maa Sue?? a inspir? une polyphonie de t?moignages pour son talent. De sorte que, quiconque pouvait se montrer r?fractaire ? toute anthropologie de l?admiration, se laisse aujourd?hui convaincre par la mani?re dont s??tait constitu?e la vie de Suzanne Kala Lob?. Femme ? la parole d?complex?e, affranchie de certaines contraintes, elle balisait, chaque jour, sa fa?on de tout dire.
En suivant l?itin?raire m?diatique de Suzanne Kala Lob?, cela se dit avec une clart? particuli?re. Partout o? elle est pass?e, ? Maa Sue ? faisait le proc?s d?un ordre des choses totalement d?prav?, dans une soci?t? camerounaise ?branl?e, n?gociant des certitudes qu?elle cherche ? se donner d?elle-m?me. Elle s?en prenait vertement aux ?cheveaux touffus politiques, client?listes et affairistes qui ?cument le pays. Selon elle, quelques-uns parmi ses compatriotes s?cr?tent beaucoup d?anticorps pour att?nuer, voir an?antir, toute tentative d?alternance. Invariablement, elle d?non?ait ceux qui souillent le peuple de concepts branch?s, et ceux qui recyclent les bienfaits de l?imp?rialisme occidental. D?apr?s quelques indiscr?tions, la journaliste articulait une angoisse int?rieure qui faisait rage, pleurait et sanglotait en elle. Cela s?observait lorsqu?elle abordait des th?mes comme la corruption et la violation des droits de l?homme. La Camerounaise r?sumait v?h?ment cette affaire en une s?rie de brigandages ?hont?s et de crimes impunis. Elle ne cessait de convoquer le comment et le pourquoi tout cela a ?t? soigneusement organis? gr?ce ? l?addition de plusieurs cerveaux camerounais.
C??tait elle, Suzanne Kala Lob?. Toujours pr?te ? ne pas brader sa prose pour claironner ceux qui, aur?ol?s d?un certain pouvoir, escamotent toute perspective de changement. Jamais, elle ne s??tait d?tach?e de cette posture ? la fois raide et aust?re. En tout cas, cette dame occupait la place qui ?tait la sienne, celle d?un preux chevalier qui ne cherchait pas ? se d?ifier, mais qui ?voluait modestement sous l?aile de ses convictions. Ceux qui ne la connaissaient pas pourraient avoir affaire avec une frondeuse n?e, si son air convivial ne venait pas d?mentir cette impression. Toujours ?tait-il que Suzanne Kala Lob? ?tait au centre de quelques proc?s tenaces instruits par des comparses qui, ? tort ou ? raison, jalousaient sa pugnacit?.
Seulement, comme un legs ? la post?rit?, ? Maa Sue ? estimait que, pour que son pays puisse fonctionner, il faut bien que tous les citoyens soient ? la fois fid?les et capables de produire d?heureuses conditions de d?veloppement. Et dans sa logique, Suzanne Kala Lob? croyait que, dans cette d?marche, il n?y a pas que la seule expertise des hommes politiques qui tienne la rampe. Il y a aussi et surtout le peuple.
Jean-Ren? Meva?a Amougou