Samora Mois?s Machel est n? le 29 septembre 1933 dans une famille de fermiers. Quoique baptis? dans l??glise protestante, il est inscrit dans l??cole catholique la plus proche. Apr?s la mort de son fr?re dans une mine en Afrique du Sud, il r?alise qu?il ne pourra pas faire de longues ?tudes. Pour sa survie, il est oblig? de suivre une formation d’infirmier. Une fois la formation termin?e, il est embauch? ? l’h?pital de Louren?o-Marqu?s (aujourd?hui Maputo). L?, il ne tarde pas ? protester contre les bas salaires des infirmiers noirs. En 1961, il rencontre Eduardo Mondlane, un intellectuel mozambicain engag? dans la lutte contre le colonialisme portugais au Mozambique.

En 1962, se sentant surveill? par la police portugaise, il abandonne son ?pouse pour rejoindre le Front de lib?ration du Mozambique (FRELIMO) dans la Tanzanie de Julius Nyerere. Le mouvement d?clenche, le 25 septembre 1964, la lutte arm?e contre le Portugal. En 1966, Machel devient secr?taire ? la D?fense du FRELIMO, poste qu?occupait Filipe Magaia, mort au combat. En 1968, il entre au comit? central du FRELIMO avec le grade de commandant en chef des forces arm?es..
Pendant deux ans, Eduardo Mondlane discute avec le gouvernement colonial, mais les discussions ne donnent rien. Mondlane d?cide alors de transformer le FRELIMO en un mouvement arm?. Il b?n?ficie, pour cela, du soutien de l?Union sovi?tique, de la Chine et de Cuba qui lui fournissent des armes. Ses hommes sont militairement form?s en Alg?rie. Depuis la Tanzanie, Mondlane lance sur le Nord du Mozambique son arm?e qui inflige de lourdes pertes aux Portugais. Ceux-ci ripostent en commettant de nombreux crimes contre l?humanit?. Malheureusement, Mondlane meurt dans un attentat ? la bombe en 1969. Samora Machel lui succ?de et prend la direction du FRELIMO. Avec une grande intelligence, il continue l?offensive et s?approche progressivement du Sud. Le mouvement finira par franchir le fleuve Zamb?ze. ? Lisbonne, le r?gime dictatorial du pr?sident Salazar est renvers? en 1974 lors de la r?volution dite des ?illets. Machel n?gocie l?ind?pendance et obtient le d?part de la minorit? blanche. Depuis la Tanzanie, il entre dans le pays sous les ovations du peuple mozambicain.
Chef de l??tat
En 1975, il est ?lu pr?sident de la R?publique. En bon communiste, il nationalise l??conomie et restitue aux Mozambicains les terres que les Portugais leur avaient vol?es. Il rend la sant? gratuite, d?veloppe l??ducation et permet aux Noirs de prendre possession des appartements qui ?taient occup?s par les Portugais au centre-ville. Toutes ces mesures sont ?videmment bien accueillies par les Mozambicains. Mais Machel sait aussi se montrer s?v?re, voire sans piti?, avec les tra?tres ? la nation car ?notre guerre de lib?ration n?a pas ?t? men?e pour remplacer l?injustice portugaise par l?injustice mozambicaine, l?injustice europ?enne par l?injustice africaine et l?injustice ?trang?re par l?injustice nationale?.
Avec la Tanzanie et la Zambie, il forme la ligne de front qui apporte son soutien ? l?ANC d?Oliver Tambo, ? la ZANU de Robert Mugabe et ? la SWAPO de Sam Nujoma. La ligne de front n?avait pas d?autre but que de d?barrasser l?Afrique australe de la colonisation anglaise et hollandaise. Il va sans dire que l?engagement et les actions de Machel ne pouvaient que lui attirer l?ire des Blancs. Ces derniers vont donc cr?er la R?sistance nationale mozambicaine (RENAMO) constitu?e de Portugais et de Mozambicains. Lorsque la guerre ?clate entre la RENAMO et le FRELIMO, Machel est oblig? de signer un accord de non-agression avec l?Afrique du Sud. L?accord, qui exige que le Mozambique ne soutienne plus l?ANC, ne fait cependant pas dispara?tre l?hostilit? de Samora Machel envers le gouvernement raciste de Pretoria. Ses liens avec Moscou et Cuba aggravent l?inimiti? des tenants de l?apartheid ? son ?gard. C?est en revenant d?une r?union en Zambie, o? il ?tait question de demander ? Mobutu (Za?re) et ? Kamuzu Banda (Malawi) de l?cher l?apartheid et ses alli?s locaux, que Samora meurt dans un accident d?avion. Le Tupolev 134, qui avait ? son bord 35 passagers, survolait l?espace a?rien sud-africain. Nous sommes le 19 octobre 1986 et Machel n?a que 53 ans. C?est la fin d?une belle aventure avec le Mozambique. La guerre entre le FRELIMO et la RENAMO, elle, continue jusqu?en 1992, faisant environ 1 million de morts. Des unit?s d’?lites de l?arm?e sud-africaine et des membres de l?ex?cutif se rendent imm?diatement sur le lieu du crash. Le Mozambique ne sera inform? que dix heures plus tard. L’URSS et le Mozambique exigent une enqu?te internationale. Finalement, l?enqu?te sera men?e par l?Afrique du Sud. En janvier 1987, elle rend son rapport qui incrimine l??quipage sovi?tique qui n?aurait pas demand? les v?rifications d’usage. Les Sovi?tiques, qui rel?vent certaines contradictions dans le rapport, penchent pour la th?se de l?assassinat. Puisque les Sud-Africains avaient refus? de remettre la bo?te noire de l?avion aux autorit?s mozambicaines.
Hommage
Thomas Sankara avait une grande estime pour Machel. Il lui rendit hommage en ces termes: ?Il ne s?agit pas pour nous de pleurer, pour ne pas nous confondre avec tous ces hypocrites, ces crocodiles et ces chiens qui ici et ailleurs font croire que la mort de Samora Machel provoque en eux la tristesse. Nous savons tr?s bien qui est triste et qui se r?jouit de la disparition de ce combattant. Nous ne voulons pas tomber dans cette comp?tition de cyniques qui d?cr?tent par-ci, par-l? tant et tant de jours de deuil, chacun essayant d?affirmer et d?afficher son abattement par des larmes que nous r?volutionnaires devons interpr?ter ? leur juste valeur. Samora Machel est mort. En tant que r?volutionnaires, cette mort doit nous ?difier, nous fortifier en ce sens que les ennemis de notre r?volution, les ennemis des peuples nous ont d?voil?s une fois de plus une de leurs tactiques, un de leurs pi?ges. Nous avons d?couvert que l?ennemi sait abattre les combattants m?me quand ils sont dans les airs. Nous savons que l?ennemi peut profiter d?un moment d?inattention de notre part pour commettre ses odieux crimes. De cette agression directe et barbare qui n?a pour seul but que de d?sorganiser la direction politique du FRELIMO et de compromettre d?finitivement la lutte du peuple mozambicain mettant fin ainsi ? l?espoir de tout un peuple, de plus d?un peuple, de tous les peuples tirons-en les le?ons avec les fr?res mozambicains.?
Quelle image les Mozambicains et les Africains gardent-ils de Machel? Celle d?un homme charismatique, anticolonialiste et panafricaniste. Mais ils se souviennent aussi de son attachement sinc?re et profond au Mozambique, de sa passion pour la libert? et la justice sociale, de sa non-complaisance avec le tribalisme et la corruption. On peut affirmer, sans se tromper, qu?il est, avec Eduardo Mondlane, le p?re de la nation mozambicaine qu?il dirigea de 1975 ? 1986 et qu?il est une des plus grandes figures des ind?pendances africaines. Un jour, on lui demanda de quoi il ?tait le plus fier et il donna la r?ponse suivante: ?De toutes les choses que nous avons faites, le plus important ? celui que l?histoire consid?rera comme la contribution principale de notre g?n?ration ? est de comprendre comment transformer la lutte arm?e en r?volution. Il ?tait essentiel de cr?er une nouvelle mentalit? pour construire une nouvelle soci?t?.?
Jean-Claude Djereke