Chaque fois que Goma est tomb?e, l’?quilibre des forces ? l’Est de la R?publique d?mocratique du Congo a ?t? profond?ment boulevers?.

En 1996, la prise de la ville par l’AFDL de Laurent-D?sir? Kabila, avec l’appui du Rwanda et de l’Ouganda, a marqu? le d?but de la chute du r?gime Mobutu. Deux ans plus tard, en 1998, le Rassemblement congolais pour la d?mocratie (RCD), soutenu par Kigali, s’en est empar?, alimentant la deuxi?me guerre du Congo. En 2012, le M23 a bri?vement occup? Goma avant de se retirer sous la pression internationale. Chaque conqu?te de Goma modifie la dynamique du conflit, augmentant la pression sur Kinshasa et, dans certains cas, fragilisant ?galement la position de Kagame. Aujourd’hui, le M23 poursuit son offensive, cherchant ? ?tendre son contr?le sur l’Est de la RDC. La situation est plus critique que jamais: soit des solutions sont trouv?es pour d?samorcer la crise, soit le conflit risque de prendre une tournure encore plus dramatique.
Le r?le des organisations r?gionales, notamment la Communaut? d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communaut? de d?veloppement de l’Afrique australe (SADC), est ?galement sujet ? critique. L’EAC, sous l’impulsion de l’ancien pr?sident k?nyan Uhuru Kenyatta, a largement sous-estim? la complexit? du conflit et surtout le r?le du Rwanda. En croyant pouvoir r?gler la crise du M23 en six mois, elle a fait preuve d’un optimisme d?connect? de la r?alit? du terrain.
La SADC, quant ? elle, a sous-estim? la puissance militaire du M23 ainsi que l’ampleur du soutien rwandais. Son intervention est d’autant plus compliqu?e que la coop?ration avec les FARDC se r?v?le difficile, ces derni?res ?tant elles-m?mes li?es ? des groupes arm?s, tels que les Wazalendo et les FDLR. Cette situation rend toute strat?gie militaire incertaine et limite consid?rablement l’efficacit? des op?rations de la SADC. De plus, cette mission semble strictement militaire, sans v?ritable approche politique. En t?moignent les derniers communiqu?s de l’organisation, o? aucune mention n’a ?t? faite du r?le du Rwanda.
L’Union africaine, pour sa part, est rest?e largement absente de la gestion de cette crise. Son manque d’implication est frappant, et aucune initiative s?rieuse n’a ?t? mise en place pour tenter de r?soudre le conflit. Toutefois, avec l’?lection imminente d’un nouveau commissaire ? la t?te de la Commission africaine, il est possible que l’organisation adopte une approche plus proactive et moins complaisante envers Kigali.
Concernant le r?le des multinationales, la question semble marginale dans cette crise. La zone de guerre actuelle est principalement exploit?e par des mineurs artisanaux, tandis que les grandes compagnies mini?res op?rent surtout au Katanga. Certes, ces multinationales devraient s’interroger sur l’origine des minerais qu’elles ach?tent, mais, en r?alit?, il est peu probable qu’elles prennent des mesures concr?tes dans ce sens. Ce n’est tout simplement pas leur priorit?.
S?agit-il vraiment d?un ?retour? ou simplement d?une r?affirmation de l?ordre international fond? sur les guerres et les enjeux de s?curit?? Avait-on vraiment quitt? ce type d?ordre et un ?tat de guerre inh?rent au syst?me international? En tout cas, ces ?v?nements qui se succ?dent ? l?Est de la RDC t?moignent d?une permanence de l??tat d?ins?curit? qui ne dispara?t jamais de la sc?ne politique, qui tout au plus s?efface, comme durant les ann?es 1990, lorsque le contexte et les acteurs de cette sc?ne l?autorisent.
Jean-Ren? Meva?a Amougou