Pr?ter serment sur un livre « saint » ne garantit ni la sinc?rit? ni la cr?dibilit? d?un intervenant

Lors de l??dition du 27 novembre 2025 de « La Quotidienne Info » sur NCI (Nouvelle cha?ne ivoirienne), Monsieur Demba Traor? est apparu sur le plateau avec un Coran ? la main.

L?animateur, Ali Diarrassouba, a qualifi? la sc?ne ? d?in?dite ?, soulignant qu?un tel geste ne s??tait encore jamais produit dans un d?bat politique diffus? sur une cha?ne publique ivoirienne. Certains observateurs se sont demand? si un symbole religieux avait sa place dans un espace audiovisuel public, con?u pour repr?senter l?ensemble des citoyens, quelles que soient leurs croyances. D?autres ont rappel? que la recherche de la v?rit? et la d?fense d?une position politique ne n?cessitaient pas l?usage d?un livre « saint ». Selon ces points de vue, la force d?un argument devrait reposer sur les faits et la coh?rence du discours, plut?t que sur l?invocation d?un symbole religieux destin? ? renforcer la cr?dibilit? d?un intervenant. Enfin, certains analystes estiment que les tensions li?es au d?bat sur le d?sarmement des rebelles avant l??lection pr?sidentielle constituent le c?ur du d?bat, ind?pendamment de la port?e symbolique du Coran brandi sur le plateau.

Les serments religieux dans la vie politique ouest-africaine

Ces derni?res ann?es, plusieurs dirigeants ont pr?t? serment sur des textes sacr?s, souvent dans des contextes de transition ou de crise. Dans de nombreux cas, ces engagements n?ont pas ?t? suivis d?effets concrets.
C?est le cas en Guin?e, avec Mamady Doumbouya, arriv? au pouvoir par un coup d??tat. Il avait publiquement jur? sur le Coran de ne pas se porter candidat ? la future ?lection pr?sidentielle. Pourtant, ? l?approche du scrutin, il est devenu l?une des figures majeures de la comp?tition politique, ce qui a relanc? le d?bat sur la valeur r?elle de tels serments.
Au Mali, Assimi Go?ta avait jur? sur le Coran de conduire une transition courte avant de restituer le pouvoir aux civils. Les ?volutions ult?rieures de la transition ont montr? que ce serment n?avait pas suffi ? garantir le respect strict du calendrier initial.

En C?te d?Ivoire, ? en croire Soro Guillaume, Alassane Ouattara avait pr?t? serment sur le Coran pour lui transmettre le pouvoir ? l?issue de son mandat. Non seulement le serment ne fut pas respect? mais o? Soro se trouve-t-il aujourd’hui? Ne m?ne-t-il pas une vie d?errance? N?est-il pas devenu persona non grata dans un pays ? la t?te duquel il a contribu? ? porter Ouattara?
Certains mouvements extr?mistes ont, eux aussi, eu recours ? des serments religieux, parfois avant de commettre des actes violents. Tous ces exemples montrent que le fait de pr?ter serment sur un livre saint ne garantit ni la sinc?rit? ni la fid?lit? ? un engagement.

Dans ce contexte, certains observateurs ivoiriens pensent que le d?bat actuel devrait davantage se concentrer sur des enjeux institutionnels: la gestion du d?sarmement, les responsabilit?s dans la s?curisation des ?lections, et les d?cisions politiques prises ? cette p?riode. Selon eux, l?utilisation d?un symbole religieux d?tournerait l?attention des questions essentielles, notamment:
? la place du d?sarmement dans le processus ?lectoral,
? les avantages accord?s ou refus?s ? certains acteurs arm?s,
? les r?actions suscit?es par ceux qui demandaient l?application stricte des mesures de s?curit?.
Le 24 novembre, Charles Bl? Goud? a jet? un gros pav? dans la mare en r?v?lant, entre autres choses, que, convoqu? chez Nady Bamba en 2009, il fut somm? de pr?senter des excuses ? Guillaume Soro pour avoir r?clam? le d?sarmement des rebelles avant l??lection pr?sidentielle de 2010. Laurent Gbagbo, Sidiki Konat? et M?it? Sindou ?taient pr?sents ? cette rencontre.
M?me si on peut reprocher ? l?ancien « g?n?ral de la rue » certains choix politiques du pass?, dont son message de f?licitations adress? ? Alassane Ouattara lors de sa pseudo-r??lection, un geste qui avait surpris et parfois heurt? une bonne partie de la population, il semble hasardeux de lui imputer la division du FPI, d??affirmer qu?il a t?moign? contre Simone Gbagbo dans un proc?s dont on n?a jamais entendu parler ou de consid?rer que son intervention du 24 novembre visait ? salir et ? d?construire Laurent Gbagbo qui, de son propre aveu, est et demeure son mentor.

Jean-Claude Dj?r?k?

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