Depuis quelques mois, le d?bat sur la nationalit? exclusive des aspirants aux plus hautes fonctions de l’?tat ivoirien est revenu avec vigueur au centre de l?actualit? politique.

? la faveur de renoncements successifs ? la nationalit? fran?aise de la part de personnalit?s politiques de premier plan comme Patrick Achi et Tidjane Thiam, les projecteurs se tournent d?sormais vers Alassane Dramane Ouattara. Une question br?lante anime les discussions: le chef de l??tat, qui semble pr?parer le terrain pour un quatri?me mandat controvers?, a-t-il lui aussi renonc? ? sa seconde nationalit?, en l?occurrence volta?que (burkinab?) ? Et si ce n?est pas le cas, pourquoi semble-t-il au-dessus des exigences l?gales auxquelles les autres doivent se soumettre ?
Une exigence constitutionnelle claire
La Constitution ivoirienne, dans son article 55, est sans ?quivoque : ? le Pr?sident de la R?publique doit ?tre exclusivement de nationalit? ivoirienne, n? de p?re et de m?re eux-m?mes ivoiriens d?origine. ? Cette clause, tr?s discut?e depuis des ann?es, trouve son origine dans les conflits identitaires et politiques qui ont d?chir? la C?te d?Ivoire au d?but des ann?es 2000. L?id?e ?tait de garantir une certaine l?gitimit? et loyaut? nationale des dirigeants, en excluant toute all?geance ?trang?re potentielle. Cette exigence s’accompagne de dispositions du Code de la nationalit? ivoirienne, qui ne reconna?t pas la double nationalit? pour ceux aspirant ? exercer les plus hautes fonctions de l??tat. Ainsi, toute personne candidate ? la pr?sidence de la R?publique doit renoncer formellement ? toute autre nationalit? ?trang?re avant de pouvoir pr?tendre ? cette fonction.
Patrick Achi et Tidjane Thiam, deux exemples r?cents
C?est dans ce contexte juridique que Patrick Achi, ancien Premier ministre, a renonc?, le 12 ao?t 2025, ? sa nationalit? fran?aise. Ce geste, hautement symbolique, vise ? se conformer aux exigences constitutionnelles en vue d?une possible candidature aux prochaines ?lections pr?sidentielles. Quelques mois plus t?t, en f?vrier 2025, c?est Tidjane Thiam qui avait entam? la m?me d?marche. Sa lib?ration officielle de la nationalit? fran?aise a ?t? confirm?e le 20 mars, confirmant ainsi sa volont? de se conformer aux lois de la R?publique.
Ces deux renoncements sont per?us par certains comme des actes de patriotisme et de respect des institutions. D?autres y voient un simple calcul politique. Quoi qu?il en soit, ils rappellent l?importance d?une r?gle du jeu politique claire, ? laquelle personne ne devrait pouvoir d?roger.
Alassane Ouattara et la question de la nationalit? volta?que
Mais qu?en est-il d?Alassane Dramane Ouattara ? Depuis de nombreuses ann?es, une controverse entoure son origine nationale, notamment son lien avec la nationalit? volta?que (devenue burkinab?). Plusieurs documents et t?moignages ont circul? au fil des ann?es, mettant en cause la conformit? de sa situation avec les exigences constitutionnelles ivoiriennes. Si ces all?gations ont ?t? ? plusieurs reprises contest?es ou minimis?es par ses partisans, aucune preuve officielle de renoncement ? une autre nationalit? n?a ?t? rendue publique.
Ce flou alimente les soup?ons et fragilise la l?gitimit? morale du pr?sident, surtout dans un contexte o? il envisage un quatri?me mandat, en contradiction avec l?esprit ? sinon la lettre ? de la Constitution, qui ne pr?voit que deux mandats pr?sidentiels.
Il devient alors l?gitime de poser la question : pourquoi M. Ouattara devrait-il ?chapper ? l?application rigoureuse de la loi ? Si Achi et Thiam, pour pouvoir ?tre candidats, ont d? faire acte de renonciation, la m?me r?gle devrait logiquement s?appliquer au pr?sident sortant, quelle que soit sa position ou son bilan politique.
Le cas d?Alpha Cond?
La situation n?est pas propre ? la C?te d?Ivoire. D’autres pays africains ont d?j? ?t? confront?s ? cette probl?matique de la double nationalit? au sommet de l??tat. L?exemple le plus frappant reste celui d?Alpha Cond?, pr?sident de la Guin?e, qui, avant de briguer la pr?sidence, avait renonc? ? sa nationalit? fran?aise, conform?ment ? la loi guin?enne.
Alpha Cond?, bien que form? et ?tabli en France pendant une grande partie de sa vie, n?a pas h?sit? ? faire ce sacrifice politique et personnel pour respecter la loi de son pays. Ce pr?c?dent montre que la loi peut ? et doit ? s?appliquer ? tous, quelles que soient l?envergure ou l?histoire personnelle des individus concern?s.
Un besoin de clart? juridique
La perspective d?un quatri?me mandat d?Alassane Ouattara, alors m?me que le d?bat sur la nationalit? est relanc?, nourrit un climat de suspicion et de frustration parmi une partie croissante de la population. Beaucoup s?interrogent : la loi est-elle faite pour certains et non pour d?autres ? La Constitution ne devrait-elle pas ?tre un socle commun, inali?nable, au-del? des int?r?ts personnels et des calculs politiques ?
La cr?dibilit? des institutions d?mocratiques repose en grande partie sur l??galit? de tous devant la loi, notamment lorsqu?il s?agit des r?gles d??ligibilit?. Si des figures comme Thiam ou Achi ont respect? les exigences constitutionnelles au prix d?une identit? administrative ?trang?re, le pr?sident Ouattara, plus que quiconque, se doit d?en faire autant, s?il veut ?viter d?alimenter le sentiment d?injustice ou de duplicit?.
Conclusion : L?exigence de coh?rence et d?exemplarit?
? l?approche de l??lection pr?sidentielle de 2025, la question de la nationalit? exclusive n?est pas un d?tail juridique. Elle constitue un test de coh?rence, de transparence et d?exemplarit?. Si la Constitution ivoirienne fixe une r?gle, cette r?gle doit s?appliquer sans distinction. Ce n?est qu?? cette condition que la confiance dans les institutions pourra ?tre restaur?e, et que le d?bat d?mocratique pourra se d?rouler dans un climat apais?. Le silence persistant sur la question de la nationalit? d?Alassane Ouattara est un probl?me politique majeur. Il est urgent que la lumi?re soit faite, non seulement par souci de l?galit?, mais aussi par respect pour tous ceux qui, dans l?ombre ou sous les projecteurs, ont consenti aux sacrifices n?cessaires pour se conformer ? la loi. La loi est dure, certes, mais elle est la loi. Et elle doit s?appliquer ? tous, sans exception.
Jean-Claude DJEREKE