Inflation en zone Cemac: navigation ? vue

La hausse des prix persiste m?me si l?on assiste une r?duction progressive des pressions inflationnistes sur l?ensemble de la sous-r?gion.

Yvon Sana Bangui, gouverneur de la Beac

C?est un gouverneur de la Banque centrale des ?tats de l?Afrique centrale (Beac) bien serein qui scrute l?horizon pour en d?celer des perspectives heureuses sur une potentielle sortie de l?inflation dans la sous-r?gion. Yvon Sana Bangui pense que cela pourrait se produire en 2025, ? en croire la teneur de son propos devant les hommes des m?dias le 23 septembre 2024. ?Nous maintenons la trajectoire actuelle?. Comme pour ?tayer sa pr?diction, les indicateurs en la mati?re se replient en une courbe positive. La sous-r?gion enregistre ?l?inflation persiste mais la tendance est baissi?re?, argue-t-il. La moyenne annuelle se situe 4,2% contre 5,6 en 2023. Si la banque centrale accorde un grand int?r?t ? la question des prix, la raison tient de ce que ?l?inflation est couteuse pour l??quilibre macro?conomique?, rel?ve-t-elle dans son document de travail ?Quels indicateurs d?inflation sous-jacente pour la Cemac? consultable en ligne. Toutefois, les r?sultats des mesures prises ? court terme pour r?sorber le probl?me pr?sente des disparit?s d?une p?riode ? une autre. Par exemple, au 2e trimestre 2023, la hausse des prix dans la Cemac s?est hiss?e ? 6,6% en moyenne annuelle et 5,7% en glissement annuel, contre respectivement 3,0% et 5,4% un an plus t?t; ce qui marque d?j? en soi une augmentation par rapport ? des donn?es de 2021. Lesquelles tournaient autour de 2,1 et 4,1% en 2021.

Les tensions inflationnistes observ?es dans la sous-r?gion courent depuis le 4e trimestre 2021, ce qui a un lien avec la crise sanitaire de Covid-19. Mais l?ann?e 2022 et a marqu? un autre tournant avec notamment: les r?percussions de la crise russo-ukrainienne et la hausse en 2023 des prix des carburants ? la pompe dans tous les pays, en dehors du Gabon et de la Guin?e ?quatoriale. Face ? cette situation. ? cela, il faut ajouter les co?ts ?lev?s produits locaux. Ces derniers constituaient 73% du poids du panier de la m?nag?re ? fin septembre 2023. ?L?augmentation est plus marqu?e par les produits locaux, dont les prix en moyenne annuelle ont augment? de 7,7% que pour les produits import?s. Lesquels ont connu une hausse relativement moins importante de 6,1%?, souligne le rapport de politique mon?taire de la Beac de septembre 2023. Mais tout ne se limite car la Banque centrale a d?j? reconnu l?importance de facteurs sociologiques, institutionnels et socio-politiques dans la hausse g?n?ralis?e des prix en Afrique centrale. Dans son ?tude d?nomm?e ?D?terminants de l?inflation dans la Cemac: le r?le de la monnaie?, elle cite l?insuffisance des industries d?velopp?es, la guerre et les troubles politiques, la qualit? des infrastructures, la gouvernance et la qualit? des institutions.

Horizon 2024
Si le gouverneur Yvon Sana Bangui tanche en faveur de 2025 pour un retour au seuil communautaire d?inflation de 3%. Il convient de souligner que ce n?est pas la premi?re fois Qu?une date est avanc?e en ce sens. L?on ?tait d?j? partie sur une ?ch?ance de 2024. ?Les facteurs externes et internes mobilis?s dans cette analyse indiquent que les pressions inflationnistes devraient continuer leur acc?l?ration au moins jusqu?en fin d?ann?e 2022 apr?s avoir atteint leur pic avant d?amorcer une d?c?l?ration sur l?ann?e 2023 pour retomber progressivement au-dessous de la norme communautaire ? l?horizon 2024?, lit-on dans la Note sur l??volution de l?inflation dans la Cemac au mon?taire restrictive depuis 2021, par le rel?vement et le maintien de ses taux d?int?r?t. Seulement, le recours laisse plus d?une institution dubitative. ?La Banque mondiale note dans son barom?tre ?conomique du mois de mai 2024 que les taux pratiqu?s dans la Cemac restent plus ?lev?s que ceux de l?Union ?conomique e mon?taire ouest-africaine (Uemoa) mais avec des r?sultats moindres. ?Bien que cette tendance soit encourageante, l?inflation reste sup?rieure ? la cible r?gionale de 3,0%. En comparaison, en d?cembre 2023, l?inflation globale dans l?Uemoa ?tait inf?rieure ? 2,4%.

M?mes effets
Le contexte reste le m?me dans l?Afrique centrale. M?me si des efforts sont faits aux niveaux nationaux pour am?liorer la gouvernance et stabiliser les prix. Toutefois de nouvelles hausses de prix des hydrocarbures ? la pompe ? partir de 2025 – selon le calendrier ?tabli avec le Fonds mon?taire international (FMI) pour la lev?e des subventions p?troli?re au Cameroun et d?autres pays de la sous-r?gion – pourrait susciter de nouvelles flamb?es de prix ? la consommation des m?nages. De plus. Celles-ci sont principalement port?es par les produits alimentaires locaux. Or la production agricole reste insuffisante dans la plupart des pays de la sous-r?gion du fait des facteurs tels que les al?as climatiques, l?ins?curit?, le vieillissement de la main d??uvre, la chert? des intrants agricoles. ?Ce probl?me est particuli?rement ?vident en Afrique subsaharienne. Les prix des engrais ont tripl? depuis le d?but de 2020 et restent volatiles, ce qui prive de nombreux petits agriculteurs d?un approvisionnement stable. La petite agriculture familiale dans les pays en d?veloppement ne sera pas mise en mesure de survivre, et encore mois d??tre comp?titive?, alerte la Banque mondiale dans un article sur son blog. L?agriculture et l?agro-alimentaire sont pourtant au c?ur de la politique communautaire d?import-substitution. Ce qui devrait, au-del? de renforcer les ?changes de l?Afrique centrale avec les autres r?gions du monde, contribuer ? renforcer l?approvisionnement du march? local et ainsi avoir une incidence sur les prix des produits alimentaires. La mayonnaise tarde ? prendre du fait des d?un climat des affaires d?favorables.

Duel de chocs

Le Comit? de politique mon?taire (CPM) de la Banque des Etats de l?Afrique centrale (BEAC) a tenu sa 3eme session ordinaire de l?ann?e 2024. Travaux pendant lesquelles la situation ?conomique de la Communaut? ?conomique et mon?taire de l?Afrique centrale est pass?e en revue; afin de d?finir les actions ? entreprendre ? court terme pour maintenir l??quilibre ?conomique de la sous-r?gion. Apr?s cet imp?ratif, le Comit? d?cide de maintenir inchang?s: ses Taux d?int?r?t des appels d?offres ? 5,00%, le Taux de la facilit? de pr?t marginal (6,75%), le Taux de facilit? de d?p?t ? 0,00%, les coefficients de r?serve obligatoires 7,00% sur les exigibilit?s ? vue et 4,50% sur les exigibilit?s ? terme. Lesdits taux ont connu des rel?vements en mars 2022, en septembre 2022 et en mars 2023. Puis en juin 2023, la banque centrale a d?cid? de proc?der ? un statut quo en la mati?re. La situation se p?rennise au sortir des travaux de ce 23 septembre.

Cet imp?ratif que tente de relever l?institution remet au gout du jour l?autre d?fi majeur de la Cemac relatif au rel?vement de son activit? ?conomique. Ceci a d?autant plus d?importance que pour juguler l?inflation, la banque centrale limite le financement de l??conomie. Ce qui a pour cons?quence de limiter l?acc?s des op?rateurs ?conomiques au cr?dit. Le pr?sent dossier fait une analyse d?s l??volution de l?inflation en zone Cemac. Il met aussi en lumi?re la pertinence de la politique mon?taire adopt?e.

Louise Nsana

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