Faustin Archange Touadera : les pays amis vont d?fendre les populations de la RCA

Dans une interview r?alis?e ce dimanche 3 novembre 2024, par le journaliste Mohamed Bachir Ladan, ? travers l??mission ?la Grande Interview?, diffus?e sur la chaine panafricane, Panafrican Media, le pr?sident Centrafricain fait le bilan de ses r?alisations en huit ans de gouvernance. A la t?te de la R?publique Centrafricaine depuis 2016, Faustin Archange Touadera, ?tait l?invit? de l??mission ?La grande Interview? sur la cha?ne de t?l?vision panafricaine Panafrican Media, dimanche 3 novembre 2024. Dans cette interview retranscrite par la r?daction de La Plume de l?Aigle, le chef de l??tat fait le point sur ses r?alisations en huit ans de gouvernance (2016-2024).

Vous avez effectu? beaucoup de d?placements ces derniers temps, une bonne fr?quence d?ailleurs qui vous a conduit tour ? tour au Sommet Chine-Afrique, vous ?tiez ? la francophonie, ? l?Assembl?e g?n?rale des Nations Unies ? New-York mais ?galement en Ouganda, entre autres. Monsieur le pr?sident, quelles sont les retomb?es pour le peuple centrafricain?
Je crois que ces d?placements, m?me ici ? Bangui, beaucoup de nos compatriotes se posent la question. Ils disent que le pr?sident se d?place beaucoup. M?me quelques acteurs politiques en parlent. Mais vous savez, les fonctions de chef de l?Etat contiennent aussi la repr?sentativit?. Le pr?sident doit repr?senter son pays dans le monde, pour porter la voix du pays et du peuple centrafricain. Vous avez mentionn? la Chine, c?est un pays avec qui nous avons de tr?s bonnes relations. La Chine, d?abord sur le plan diplomatique, nous a beaucoup soutenu au Conseil de s?curit? pour la lev?e de l?embargo. Elle a aussi beaucoup investi dans des projets de d?veloppement et nous avons de tr?s bonnes relations et je crois que c?est un moment historique dans les relations de la Chine avec l?Afrique. Beaucoup de chefs d?Etats africains ?taient ? cette rencontre et il est tout ? fait normal que la R?publique Centrafricaine, compte tenu du niveau de relation que nous avons avec la Chine, que nous soyons aussi pr?sents. Et ? chaque fois c?est l?occasion aussi de rencontrer les autres chefs d??tats pour parler des autres questions. Vous savez que je suis le pr?sident en exercice de la Conf?rence des chefs d??tats de la Cemac. Nous n?avons pas eu la possibilit? de beaucoup nous voir et je crois que c?est des occasions pour pouvoir ?changer aussi sur des questions d?actualit?s concernant nos pays et de partager.

Mais ce sommet en Chine a ?t? productif pour les centrafricains puisque dans les ?changes, nous avons pu discuter sur le plan bilat?ral avec le pr?sident Xi Jinping et il y a eu beaucoup de promesses de coop?ration avec la R?publique Centrafricaine qui ont ?t? faites. Il y a eu des appuis budg?taires, des soutiens dans le domaine militaire, il y a aussi des projets de sant?, de r?habilitation, des projets aussi au niveau du minist?re des Affaires ?trang?res, des conventions que nous avons pu signer avec le gouvernement chinois.

Vous savez qu?en Ouganda, la LRA (L?Arm?e de r?sistance du Seigneur, ndlr) de Joseph Kony qui ?tait une r?bellion ougandaise, a beaucoup s?vi en R?publique Centrafricaine. Elle a caus? beaucoup de deuils et fait beaucoup de victimes au niveau des populations centrafricaines. Mais gr?ce ? la mont?e en puissance de nos forces de d?fense et de s?curit?, beaucoup des ?l?ments de la LRA ont finalement rendu les armes. Avec la collaboration du gouvernement ougandais, de la Minusca, ces combattants qui ont rendu les armes et arr?t?s la r?bellion, ont ?t? rapatri?s avec le soutien de leur pays d?origine pour la r?conciliation. Je pense qu?il y a eu, des deux c?t?s, beaucoup de visites pour mener ces op?rations. Les ministres de d?fense, les ministres du DDR, il y a eu beaucoup d??changes entre nos deux pays. Il ?tait temps que nous puissions au niveau des chefs d??tats consacrer cela ? travers un document, la signature d?un protocole d?accord qui englobe plusieurs th?mes notamment les plans militaire, commercial, diplomatique. C??tait l?occasion d?avoir des ?changes de vues entre les deux pays. J?ai ?t? donc invit? officiellement pour une visite d??tat en Ouganda et nous avons ?t? tr?s bien re?us. ?a nous a donn? l?occasion aussi de participer, de c?l?brer la f?te de l?ind?pendance avec nos fr?res ougandais.

Aux jeux olympiques, j??tais l?invit? du pr?sident du comit? olympique et aussi le pr?sident du comit? olympique centrafricain qui a tout fait pour que je puisse faire ce d?placement. C??tait une occasion de participer ? ce festival pour soutenir d?abord nos athl?tes mais aussi l?occasion de rencontrer les responsables de haut niveau du sport international, le pr?sident de CIO, de la Fifa et ?a nous a permis de renforcer notre coop?ration avec ces institutions et avec des retomb?es. Je pense que dans les prochains jours, il y aura une visite de la CAF ici pour voir comment soutenir la R?publique Centrafricaine. Les appuis ce n?est pas exclu;

Excellence Monsieur le pr?sident, je voudrais qu?on parle ? pr?sent de la lev?e de l?embargo sur les armes. Vous l?avez obtenu au forceps, il faut le dire, ?a n?a pas du tout ?t? facile. Qu?est-ce que cela implique aujourd?hui pour le renforcement des capacit?s op?rationnelles des forces arm?es centrafricaines?
Mais vous vous en doutez bien. Nous sommes un pays ind?pendant qui veut retrouver l?ordre constitutionnel, qui a une arm?e nationale, qui est une institution. Et continuer ? subir la pression de cet embargo, nous l?avons trouv? injuste et nous l?avons d?nonc?. Nous n?avons rat? aucune occasion pour d?noncer cette situation et beaucoup de pays africains, de chefs d??tats ont soutenu cette position notamment, le pr?sident Louren?o de l?Angola qui a d? faire le d?placement au Conseil de s?curit?, le pr?sident Sassou-Nguesso aussi qui a fait le d?placement pour dire que c?est injuste, ce n?est pas normal qu?un pays souverain, qu?un pays qui a retrouv? l?ordre constitutionnel, qui a eu des ?lections continue ? subir cet embargo. Nous avons trouv? ces dispositions injustes et il fallait quand-m?me donner les moyens ? nos forces de d?fense pour prot?ger la population.
Comment avez-vous une arm?e qui a les mains li?es? Comment cette arm?e pourrait avoir l?opportunit? de remplir correctement sa mission de protection de la population, des biens et de s?curit?? ?tant entendu que nous sommes un pays o? aujourd?hui il y a encore des questions s?curitaires. On a besoin d?avoir les moyens et cet embargo ?tait devenu injuste. Nous en profitons pour remercier les membres du Conseil de s?curit? qui ont eu la sagesse de pouvoir lever d?finitivement cet embargo. Nous en sommes tr?s heureux et le peuple centrafricain est tr?s reconnaissant. C?est vrai que c?est un peu tardif, mais il fallait ?a. Et aujourd?hui, nous pensons que nos forces de d?fense pourraient effectivement avoir les moyens si nous pouvons avoir les moyens de leur fournir les ?quipements qu?il faut.

Alors qu?est-ce que cela implique d?sormais Monsieur le pr?sident, je veux dire quelle sera la prochaine ?tape maintenant que l?embargo a totalement ?t? lev?? Doit-on s?attendre ? une entr?e massive, une fourniture massive d?armement ? vos forces de d?fense?
Vous savez que la R?publique Centrafricaine ne fabrique pas les armes et ce sont des choses qui co?tent ch?res donc, ce n?est pas comme vous le dites ?une entr?e massive?. Non. M?me le principe de dire qu?une arm?e est sous embargo, ce principe n?est pas juste. Bon le fait de chercher maintenant ? ?quiper cette arm?e, ?a c?est un autre probl?me, ?a c?est un probl?me de moyens. Et certains pays amis qui voudront bien, vont aider la R?publique Centrafricaine ? trouver les moyens pour d?fendre sa population. M?me si on n?a pas beaucoup d?armes aujourd?hui, mais le principe, ?a vaut la peine qu?on se batte pour ?a.

Justement Monsieur le pr?sident, il y a la pol?mique sur le comportement de certains contingents onusiens et certaines forces bilat?rales relativement au professionnalisme et ? leur contribution au retour de la paix en R?publique Centrafricaine. Un commentaire l?-dessus?
Vous savez qu?il y a des r?gles. Pour nous, s?il y a des all?gations il faudrait que nous arrivions ? d?montrer et nous sommes dans la situation o? nous devons prot?ger nos populations d?une certaine mani?re. Que ce soient les forces onusiennes ou m?me nos propres forces, nous avons l?obligation de prot?ger et on doit tout faire avec professionnalisme et respect des droits humains. Et donc si c?est av?r?, nous devons engager la proc?dure qui est d?j? engag?e par les textes.

Excellence Monsieur le pr?sident, avec cette mont?e en puissance d?sormais des forces arm?es centrafricaines, est-ce qu?on peut s?imaginer une Centrafrique sans forces ?trang?res?
Ces forces n?ont pas vocation ? s??terniser dans le pays. C?est parce qu?il y a des besoins pour l?instant. Vous vous souvenez que nous sortons d?une crise depuis 2013 et il a fallu que les forces onusiennes viennent pour essayer de stabiliser, de prot?ger la population. Mais nous sommes en train de travailler pour une v?ritable mont?e en puissance de nos forces de d?fense et de s?curit?, pour stabiliser, pour qu?elles aient les moyens de prot?ger la population. Et donc comme tout peuple, nous sommes vraiment jaloux de notre souverainet? et dans le contexte actuel, nous continuons ? travailler avec un certain nombre de troupes des pays amis qui nous appuient pour la protection de nos populations en attendant vraiment de construire notre outil de d?fense.
Votre question est pertinente mais vous savez qu?en 2016 lorsque je suis arriv?, nous avions un effectif tr?s r?duit. Et Donc, vous comprenez qu?? ce jour, il y a eu des avanc?es significatives;

A plus de 50000?
Non, nous n?avons pas encore atteint cela mais nous allons y arriver parce que former et recruter ?a co?te beaucoup et nous n?avons pas encore les moyens pour pouvoir r?mun?rer, pour pouvoir les encadrer, leur fournir les moyens. Nous avons opt? pour une arm?e de garnison. Donc, nous sommes en train de construire des garnisons ? travers le pays suivant notre plan national de d?fense. Et ? cause des d?fis s?curitaires qui existent, ce plan est en train d??tre mis en ?uvre. Donc bient?t, vous allez voir que nos forces de d?fenses vont ?tre positionn?es sur leurs zones.

Monsieur le pr?sident, on a parl? de s?curit?, qu?en est-il des questions de d?veloppement qui touchent ? l?am?lioration des conditions de vie des Centrafricains?
Oui la s?curit? est une priorit? compte tenu du contexte, de la fragilit? avec les questions de groupes arm?s. Mais, il n?y a pas que les questions militaires. Nous avons d?ploy? des strat?gies de r?conciliation avec l?APPR (Accord politique pour la paix et la r?conciliation, ndlr) et aussi la feuille de route de Luanda (capitale de l?Angola, ndlr) o? on cherche la r?conciliation. Mais si on travaille sur ce c?t? s?curitaire avec la r?conciliation, il n?y aura pas que la mont?e en puissance de nos forces et le travail en synergie avec les forces onusiennes et du c?t? bilat?ral. Il y a aussi le c?t? comme vous l?avez dit, le d?veloppement parce que ?a va de pair. Vous savez avec la crise, beaucoup d?infrastructures notamment dans les domaines de la sant?, de l??ducation ont ?t? d?truites par les groupes arm?s. Et l? vraiment il y a eu un recul. Il y a eu des ?coles qui ont ?t? d?truites, des centres de sant? br?l?s par les groupes rebelles, donc il faut reconstruire le pays, repartir ? z?ro, mettre en place un dispositif d?abord politique, faire un choix et l? on doit aller vers les priorit?s.
Par exemple, dans le domaine de la sant?, nous avons mis en place dix domaines d?impulsion pr?sidentiels pour nous attaquer aux urgences. On ne va pas tout r?soudre donc on a choisi dix domaines dans lesquels on doit travailler pour couvrir pratiquement le syst?me de sant? et l?am?liorer. Dans le domaine de l??ducation, il faudrait aussi envoyer les enfants ? l??cole. Leur place, c?est ? l??cole et c?est ?a qui va r?duire le fait que beaucoup de nos jeunes ?coutent les gens qui appartiennent ? ces groupes arm?s. Combattre cela c?est les ?duquer. Et pour cela, il nous faut remettre les infrastructures en place et non seulement les infrastructures, mais il faut aussi les enseignants. Depuis 5 ans et jusqu?? nos jours, nous avons recrut? beaucoup d?enseignants. Presque 6000 enseignants contractuels. Aujourd?hui, on a remplac? les ma?tres Pam. Et non seulement ?a, il faut des contenus, il faut des livres. Donc aujourd?hui, nous sommes en train d?y penser parce que notre objectif c?est un ?l?ve, un livre.

N?oublions pas que notre deuxi?me priorit? apr?s la s?curit? c?est le capital humain. Donc, nous travaillons vraiment pour le d?veloppement du peuple centrafricain, son bien-?tre ? travers l??ducation, la sant? et aussi, il faut qu?il se nourrisse. Il y a aussi le c?t? de l?agriculture. Nous avons un grand projet pour ce domaine-l? car, l?agriculture de rente a beaucoup perdu ? cause des crises. Il y avait beaucoup de coton, de caf?, mais tout ?a a pris un peu de recul. Actuellement, nous nous attardons sur les cultures vivri?res pour nourrir le peuple et ensuite nous allons relancer avec les cultures de rente. Mais quand vous travaillez sur l?agriculture, il faut travailler aussi sur les pistes rurales parce qu?il faudrait que ces productions-l? soient achemin?es sur les march?s. Donc c?est tout ?a que nous devons faire en m?me temps. Mais avec des moyens limit?s, il faut prioriser ces moyens et je vois que le peuple centrafricain a progressivement retrouv? la paix. Ce n?est pas encore ?a mais, je pense que c?est une strat?gie en fonction de nos moyens.

Les panafricanistes m?en voudraient, Monsieur le pr?sident si je ne vous posais pas cette question avant de sortir de cet entretien. On se demande quel est l??tat de vos relations avec les pays de l?AES, l?Alliance des ?tats du Sahel (Burkina, Mali et Niger)?
Ce sont des pays africains qui ont fait un choix et que nous comprenons et avec qui nous avons de bonnes relations. On discute, on ?change bien entendu sur les approches et je crois qu?il y a beaucoup d??changes et de discussions entre nous et ce sont des pays africains, des pays fr?res.

Il se dit aussi qu?ils se sont inspir?s de vous sur les questions s?curitaires en nouant des relations tr?s fortes avec la Russie et aujourd?hui on a l?impression que tout ceci est ? la mode et l?AES s?en tire tant bien que mal?
Ce sont des pays fr?res et ? un moment donn?, ils ont fait un choix. Nous sommes en train de discuter. Avec les dirigeants, on a de tr?s bons rapports pour discuter, pour comprendre ?galement ce qui se passe et nous ?changeons.

Monsieur le pr?sident, nous sommes arriv?s au terme de cet entretien. Peut-?tre un dernier mot ? l?endroit de tous ceux qui nous suivent? Ils sont tr?s nombreux, nous sommes suivis sur tout le continent africain, dans une grande partie de l?Asie, une grande partie de l?Europe et de l?Europe centrale et dans le monde entier ? travers nos plateformes num?riques.
Nous saluons tous les t?l?spectateurs et tous ceux qui nous ?coutent depuis Bangui. Le peuple centrafricain les salue et remercie tout leur soutien, surtout les panafricanistes pour tout le soutien qu?ils apportent aux combats que nous menons pour la souverainet? du peuple centrafricain.

Propos retranscris par
Fadira Etonde

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