Les programmes politiques des douze (12) candidats en lice pour la magistrature supr?me sont d?sormais connus.

En parcourant attentivement les diff?rentes offres politiques destin?es ? convaincre l??lectorat camerounais, il est curieux de constater que, l?int?gration communautaire demeure la grande oubli?e de l?heure. L?on peut cependant relever dans le programme politique du Parti Camerounais pour la R?conciliation Nationale (PCRN) de CABRAL LIBII LI NGUE, un aspect d?di? ? l?int?gration notamment : ? la r?alisation du r?ve panafricain ?. Cela traduit une ambition avou?e par ce candidat de vouloir unir l?Afrique au-del? des fragmentations ?conomiques et culturelles par le biais de la coop?ration. Cette vision panafricaniste s?inscrit indubitablement dans la logique des partisans de l?int?gration ? minimalisme ? r?unis autrefois au sein du ? groupe de Monrovia ?. Ces derniers d?fendaient la th?se d?une int?gration graduelle avec pour leitmotiv la pr?servation de la souverainet? des Etats.
Ce d?ficit d?attention port? ? l?int?gration communautaire par les entrepreneurs politiques candidats ? l??lection pr?sidentielle du 12 octobre prochain peut se justifier aussi bien par des logiques strat?giques et institutionnelles que sociales. Nous avons pu mobiliser quelques ?l?ments li?s ? ce d?sint?r?t relatif ? savoir : la logique ?lectorale, la fragmentation sociale et identitaire, les faibles incitations institutionnelles et l?id?ologie souverainiste. Dans une perspective de logique ?lectorale l?on subodore que ces candidats mettent plut?t l?accent sur les r?sultats ?lectoraux imm?diats au d?triment de l?int?gration communautaire qui s?av?re un processus complexe et dont la r?alisation ob?it au long terme.
Du point de vue de la fragmentation sociale et identitaire, le Cameroun repr?sente une Afrique en miniature qui se caract?rise par une diversit? ethnique, religieuse linguistique et culturelle. De ce fait, les diff?rents entrepreneurs politiques utilisent les identit?s communautaires dans le but de se positionner comme ?tant des repr?sentants d?une communaut? sp?cifique. C?est justement pour cette raison que bon nombre de militants adh?rent ? certains partis politiques au Cameroun sur la base des consid?rations sus ?voqu?es. S?agissant de la faible implication des institutions dans le processus d?int?gration, il va sans dire que, le seuil d?implication des institutions politiques dans le processus d?int?gration communautaire en Afrique centrale est un indicateur favorable pour l?adh?sion des entrepreneurs politiques. Au Cameroun, la politique de l?int?gration communautaire est au c?ur des pr?occupations gouvernementales. Le pays participe activement aux efforts relatifs ? l?harmonisation des politiques et la promotion de la libre circulation des biens et des personnes ainsi qu?? l??dification d?un march? commun visant ? renforcer l?int?gration ?conomique.
L?id?ologie souverainiste pour sa part, implique l?id?e selon laquelle l?Etat doit pr?server sa souverainet? sans subir de limitations impos?e par les organisations internationales ou communautaires. Elle d?fend la primaut? de la souverainet? nationale face ? toute forme d?autorit? supra nationale ou d?ing?rence ext?rieure. Cette id?ologie va ? l?encontre de l?int?gration communautaire qui pr?conise la mise en commun de certaines comp?tences ? l?instar de la monnaie, du commerce et de la politique ext?rieure ; la subordination partielle du droit national au droit communautaire ; et une solidarit? r?gionale susceptible de remettre quelquefois en cause les int?r?ts nationaux.
Sous le b?n?fice des observations pr?c?dentes, il apparait clairement que, les programmes politiques des diff?rents candidats ? l??lection pr?sidentielle du 12 octobre prochain dessinent en filigrane une marginalisation de la question de l?int?gration communautaire. Il s?agit pr?cis?ment d?une option d?orientation politique retenue par chaque candidat. L?analyse qui en ressort se veut plut?t ?volutive voire constructive car, l?heure du renfermement ?tatique est r?volu. Aucun Etat ne pourrait envisager son d?veloppement en dehors des regroupements r?gionaux ou sous r?gionaux.
Au moment o?, la sous-r?gion Afrique centrale s?est engag?e dans un processus de fusion des Communaut?s Economiques R?gionales (CER), il est pertinent que, les candidats ? l??lection pr?sidentielle int?grent cette question dans leurs programmes et se positionnent clairement ? ce sujet. L?objectif ?tant de permettre au peuple camerounais d?entrevoir l?avenir du Cameroun par le biais de l?int?gration communautaire dans un contexte marqu? par la promotion de la Zone de Libre Echange Continentale (ZELECAF). Comme c?est le cas au S?n?gal avec le parti Patriotes Africains du S?n?gal pour le Travail, l?Ethique et la Fraternit? (PAFTEF) qui pr?ne l?int?gration en Afrique de l?Ouest en mettant l?accent sur l?interconnexion des infrastructures, le d?veloppement de partenariats avec les pays voisins pour l?exploitation des ressources, et la mutualisation des exp?riences.
Dr AMINE AMOA Idriss, Enseignant d?Universit?, Secr?taire g?n?ral de l?Observatoire Sous R?gional d?Int?gration Communautaire en Afrique Centrale (OBSIC-AC)