L?internationaliste camerounais brosse le tableau des rapports de forces dans la sous-r?gion, fait le bilan du leadership ?conomique du Cameroun et ?labore des perspectives.

A la lecture des actualit?s sous r?gionales les plus r?centes, peut-on parler de crise de leadership entre les pays de la Cemac?
Afin de parvenir ? une d?finition plus claire du leadership au sein de l?espace Cemac, nous dirons qu?il d?signe la capacit? d?un pays ? favoriser au sein de la communaut? internationale la r?alisation d?objectifs communs sp?cifiques, par l?exercice de son influence et avec l?appui d?autres protagonistes.
En sa qualit? d?unique superpuissance de la Cemac, le Cameroun a d?ploy? tous les efforts possibles pour asseoir un ordre sous r?gional plac? sous son autorit?. Cette position quasi naturelle lui a permis d?exercer un pilotage dans des domaines distincts, ou sur diverses questions g?opolitiques qu?on ne saurait ?num?rer ici. C?est dire que, par des voies de la diplomatie formelle ou informelle, le Cameroun s?emploie ? d?finir les buts communs en fonction de sa propre exp?rience, de ses valeurs et int?r?ts bien compris, tandis que le second met l?accent sur une d?finition collective de l?objectif ? affecter aux actions communes, en fonction de l?exp?rience des diff?rents ?tats, de leurs valeurs et de leurs int?r?ts partag?s. En effet, le Cameroun a pris l?habitude de d?finir l?objectif commun ? tous les six Etats de la Cemac, en fonction de ses propres pr?f?rences et int?r?ts. Mais lorsqu?un tel objectif ne correspond pas aux int?r?ts des autres pays, cette forme de leadership, me semble-t-il, ?choue ? r?soudre les probl?mes de la Cemac.
Insinuez-vous que le leadership du Cameroun commence ? ?tre contest??
De notre point de vue, la question de savoir si le Cameroun devrait ou non assumer une plus grande responsabilit? internationale et un r?le moteur ne se pose plus. La puissance dirigeante est-elle reconnue par les autres membres de la Cemac? La question est essentielle. Un niveau ?lev? de reconnaissance, c?est la garantie d?un soutien volontaire et affirm? de la part des autres acteurs, ce qui se traduira par une plus grande efficacit?. Une faible reconnaissance, ? l?inverse, g?n?rera moins de coop?ration de la part des autres protagonistes: la capacit? du leader ? diriger s?en trouvera amoindrie. Pour asseoir sa l?gitimit?, le leader doit int?grer les int?r?ts et les aspirations de ses suiveurs lorsqu?il fixe l?objectif de son leadership. Il aura de surcro?t int?r?t ? adopter, pour l?essentiel, une m?thode de leadership attrayante et un style non hi?rarchique. C?est pourquoi il ne faut pas se demander si le Cameroun doit ou non tenir un r?le de leader ?conomique de la Cemac, mais quelle est la meilleure mani?re, pour lui, de d?finir ce r?le et de l?assumer. Il ne faut pas perdre de vue que le leadership, en fait, revient ? une question d?influence, et ? la fa?on dont on l?utilise. Quand les ?tats-Unis, pour influencer, utilisent leur pouvoir d?attraction, leur leadership gagne en popularit?. L?ouverture de leur vaste march? int?rieur ? leurs partenaires commerciaux constitue de longue date l?une des cl?s de leur attractivit? et de leur influence dans le monde. En revanche, lorsque les ?tats-Unis emploient des m?thodes coercitives, qu?elles soient militaires ou ?conomiques, leur r?putation et la l?gitimit? de leur leadership s??moussent.
Autre question ? prendre en consid?ration: l?ampleur de la responsabilit? et du co?t ? assumer par le leader. A-t-il atteint l?objectif pr?alablement d?fini? C?est la r?ponse ? cette question qui devrait servir ? ?valuer son action. Pour juger efficace le leadership international, il est imp?ratif qu?il ait rempli son objectif. Dans un monde de plus en plus complexe, les populations s?attendent ? ce que les dirigeants internationaux rel?vent ces d?fis. Et le leader doit trouver la meilleure fa?on d?am?liorer l?efficacit? de son leadership. L?id?al, c?est un leadership international qui r?ussisse ? r?gler les probl?mes et ? parvenir au d?veloppement durable.
En jetant le regard sur le rapport de force qui semble opposer le Cameroun ? d?autres pays de la Cemac, il ne faut pas perdre de vue que ce sont des partenaires oblig?s mais leur rivalit? et leur m?fiance r?ciproque se nourrissent d?une m?me ambition, le leadership dans la Cemac. Toutefois, en zone Cemac, le ph?nom?ne n?appara?t pas encore aussi ?vident qu?il peut l??tre ailleurs.
Cette situation est-elle le r?sultat de la crise ?conomique qui tourmente les pays de la Cemac?
L?ascension de la puissance ?conomique du Cameroun constitue l?un des faits majeurs des vingt derni?res ann?es. La r?silience de l??conomie camerounaise est un s?rieux crit?re ? prendre en compte, ? rebours de l?image trompeuse, mais renforc?e par la crise, d?un Cameroun affaibli et glissant inexorablement vers un d?clin programm?. Bien s?r, la crise ?conomique affecte tr?s durement le Cameroun et s?ajoute, dans une sorte de ?double peine?, ? la crise de gouvernance locale. Pour autant, le pays conserve de remarquables atouts; l?analyse des futurs ?quilibres en zone Cemac doit donc les prendre pleinement en compte, sans c?der au ?d?clinisme? qui oppose trop souvent un Cameroun an?mi? et vieillissant ? d?autres pays vus comme dynamiques et conqu?rants.
Ne pensez-vous pas que compte tenu de la fragilit? des sc?narios ?conomiques ? court terme, la puissance ?conomique du Cameroun pourrait devenir bien modeste par rapport ? son poids strat?gique dans la zone Cemac?
Oui! On pourrait l?envisager puisque de ces sc?narios ?conomiques d?pendront les ?quilibres g?opolitiques de demain. Il s?agit de l?interaction entre l??conomie et la strat?gie, car chaque ?tat qui a domin? dans un ensemble sous r?gional s?est efforc? d?accro?tre sa richesse et sa puissance, de devenir ? la fois riche et fort, ou de le rester.
Puisqu?on y est, au-del? des formules, quelles sont les implications de ces logiques de puissance pour la future configuration ?conomique et strat?gique de la Cemac?
Partenaires ?conomiques oblig?s mais rivaux strat?giques, les pays de la Cemac restent divis?s par le poids du pass? mais surtout par leurs ambitions. Aucun ne peut pr?tendre pour l?instant ? une supr?matie globale dans la r?gion. Est-il illusoire ou pr?matur? d?envisager que le leadership puisse ?tre partag? dans un v?ritable partenariat qui contribuerait grandement ? la prosp?rit? et ? la stabilit? de l?ensemble de la r?gion?
En tout ?tat de cause, ce d?bat sur l?avenir de la Cemac ne devrait pas laisser nos dirigeants indiff?rents, sous peine de se laisser marginaliser dans la redistribution des cartes qui va s?op?rer.
Votre mot de fin?
Nous pensons ici que Le Cameroun a besoin d?un nouveau mod?le de leadership sous-r?gional. Un nouveau mod?le, ? m?me d?orienter sa participation ? la gouvernance sous r?gionale, un mod?le capable de permettre ? la Cameroun d?exercer sa comp?tence en la mati?re et, corr?lativement, d??viter les malentendus qui identifient le leadership ? la domination, ? l??go?sme, ? la coercition et au paternalisme.
Propos rassembl?s par JRMA