CNC-Médias : après les cartons rouges, retrouver le chemin du dialogue

Le feuilleton du Conseil national de la communication (CNC) et des médias camerounais s’allonge. Mais il serait temps d’en changer le scénario.

À la 48e session extraordinaire du CNC, réunie le 29 septembre à Yaoundé, les sanctions sont tombées : un mois de suspension pour Vision 4, un mois pour Boney Philippe, six mois pour Martial Owona et un mois pour Jean-Claude Fouda Abega. Le régulateur rappelle ainsi son autorité et les obligations qui s’imposent aux professionnels de la presse. Le message est net. Peut-être même suffisamment net pour qu’il soit désormais possible de passer à la suite.
Car le problème n’est plus seulement de savoir qui a franchi la ligne rouge. Il est de savoir comment éviter que chaque nouvel incident ne rallume l’incendie. Un reportage jugé injurieux, une sanction, une déclaration à l’antenne, une convocation non honorée, puis une nouvelle sanction : la mécanique est connue.

Elle peut continuer longtemps. Trop longtemps. À force de répondre à la tension par la tension, le régulateur et les médias risquent de s’enfermer dans un feuilleton dont personne ne maîtrise vraiment le dernier épisode.
Le droit doit naturellement être respecté. Les médias ne peuvent s’affranchir des règles professionnelles, pas plus qu’un régulateur ne peut se passer de procédures et de garanties. Mais la régulation n’est pas seulement une affaire de sanctions. Elle est aussi une pédagogie. Une manière de rappeler la règle avant qu’elle ne devienne une punition. Une invitation au dialogue avant que le désaccord ne devienne affrontement.

L’épisode Vision 4 devrait donc pouvoir servir de point d’arrêt plutôt que de nouveau départ. Après les décisions, pourquoi ne pas rouvrir le dialogue ? Autour d’une table, sans caméra, sans plateau, sans petites phrases. Le CNC, les responsables des médias et les organisations professionnelles ont suffisamment de raisons de se parler. Ils ont surtout intérêt à ne pas laisser les tensions s’installer comme une habitude.
Les deux autres dossiers examinés lors de la session montrent d’ailleurs qu’une procédure peut aussi connaître une sortie moins spectaculaire : non-lieu après désistement pour la plainte de Paule Assoumou Koki contre « Le Grand Titre », irrecevabilité de celle de Me Armand Teadjio Dongmo contre « Actu Cameroun » pour non-respect des délais. Toutes les affaires ne finissent donc pas au carton rouge.

Il faut maintenant retrouver cette respiration dans les relations entre le régulateur et les médias. La presse a besoin d’un arbitre crédible, mais l’arbitre a aussi besoin d’une presse responsable. L’un ne prospère pas durablement contre l’autre. Et le public, lui, n’a aucun intérêt à voir se multiplier les suspensions, les convocations et les communiqués. Il attend surtout une information libre, professionnelle et digne de confiance.
Le CNC peut donc faire de cette nouvelle séquence autre chose qu’un épisode supplémentaire. Une occasion de rappeler la règle, mais aussi de rouvrir la porte. Aux médias de saisir cette main. Aux journalistes de mesurer le poids de leurs mots. Au régulateur de privilégier, chaque fois que le droit le permet, la prévention au bras de fer. Car dans ce feuilleton, le véritable apaisement ne consistera pas à savoir qui aura eu le dernier mot. Il consistera à faire en sorte qu’il n’y ait plus besoin de dernier mot.

Jean-Claude Djéréké

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