Après l’achèvement du précédent programme en juillet 2025, Yaoundé attend toujours le feu vert du Fonds monétaire international pour un nouvel accord. Derrière cette attente se profile surtout un enjeu : convaincre les bailleurs que le Cameroun peut financer ses ambitions sans fragiliser davantage ses équilibres budgétaires.

Le prochain programme économique et financier entre le Cameroun et le Fonds monétaire international (FMI) ne devrait pas être une simple reconduction du précédent. À en croire les conclusions de la consultation au titre de l’Article IV, achevée le 25 mars 2026, le nouveau cadre devra s’attaquer à plusieurs fragilités structurelles de l’économie camerounaise. En première ligne : les finances publiques.
La consolidation budgétaire constituera ainsi l’un des principaux piliers du futur accord. Pour Yaoundé, l’équation est délicate : préserver les dépenses nécessaires au développement tout en contenant les déficits et en améliorant la qualité de la dépense publique. Le FMI devrait donc maintenir une vigilance particulière sur la trajectoire budgétaire, dans un contexte où les besoins d’investissement demeurent considérables.
Autre priorité : élargir l’assiette fiscale, notamment à travers l’accroissement des recettes non pétrolières. Il s’agit de réduire la vulnérabilité des finances publiques aux fluctuations des cours des matières premières. La mobilisation des recettes intérieures apparaît d’autant plus stratégique que l’État doit simultanément honorer ses engagements financiers et préserver des ressources pour les infrastructures, l’éducation, la santé ou encore l’énergie.
La maîtrise de la dette publique figurera également au cœur des discussions. Le prochain programme devrait accorder une place importante au suivi des risques budgétaires, notamment ceux liés aux entreprises publiques et aux engagements susceptibles de peser à terme sur les comptes de l’État. L’objectif est de maintenir une trajectoire d’endettement compatible avec les capacités de remboursement du pays, sans assécher les financements nécessaires à l’investissement.
Faire mieux avec l’argent public
Le FMI devrait également pousser plus loin le chantier de l’efficacité de la dépense publique. La question n’est plus seulement de savoir combien l’État dépense, mais ce que ces dépenses produisent concrètement. Gestion des investissements publics, sélection des projets, exécution budgétaire et rendement des dépenses devraient donc être davantage scrutés.
L’apurement des arriérés constitue une autre priorité. Leur accumulation fragilise la trésorerie des entreprises, perturbe le fonctionnement de l’économie et peut transformer les engagements de l’État en une dette diffuse envers le secteur privé. Une meilleure gestion de ces passifs devrait ainsi participer à restaurer la confiance entre l’administration et ses fournisseurs.
Le prochain programme devrait aussi s’intéresser à la gouvernance des entreprises publiques. Leur situation financière représente un risque potentiel pour le budget de l’État. Le FMI pourrait donc encourager une amélioration de leur gouvernance, de leur performance et de la transparence de leurs comptes, afin de limiter les interventions budgétaires imprévues.
La gouvernance en embuscade
Les réformes de gestion des finances publiques et de gouvernance complètent ce tableau. Elles touchent à la transparence, au contrôle des ressources publiques et à la crédibilité de la politique économique. Le secteur financier devrait également rester sous surveillance, notamment pour préserver sa stabilité et renforcer sa capacité à accompagner l’économie.
L’enjeu dépasse en réalité la seule relation entre Yaoundé et Washington. Pour le Cameroun, un nouvel accord avec le FMI constitue aussi un signal adressé aux autres partenaires financiers. L’existence d’un programme peut faciliter la mobilisation d’appuis budgétaires et de financements destinés aux investissements publics, comme l’a rappelé le ministre des Finances Louis Paul Motaze lors de la préparation du budget 2027.
Mais pour obtenir ce précieux label de confiance, Yaoundé devra donc démontrer sa capacité à tenir ses engagements. Le prochain programme pourrait ainsi ressembler moins à un carnet de chèques qu’à une feuille de route de discipline. Après les financements, le FMI devrait surtout demander des comptes.