Boko Haram : 14 morts, 09 neutralisés et des villages dans la stupeur

Dans la nuit du 16 au 17 septembre 2026, Boko Haram a frappé Madegoua. Le ministère de la Défense annonce quatorze civils tués et neuf terroristes « neutralisés ». Mais sur le terrain, des dizaines de villages du Logone-et-Chari se vident.

Les victimes de Madegoua

Le 18 septembre, le communiqué officiel tombe. Il décrit avec précision l’attaque : une dizaine d’éléments d’ISWAP, arrivés à moto vers deux heures du matin, ouvrent le feu sur des civils endormis à Madegoua, à onze kilomètres de Makary. Treize morts sur place, un quatorzième à l’hôpital de Mada, deux blessés graves. Le texte insiste sur la « promptitude » de l’intervention du Secteur n°1 de la Force multinationale mixte et sur l’opération transfrontalière menée la même nuit à Siraja, côté nigérian, où neuf terroristes auraient été « définitivement mis hors d’état de nuire ». Les condoléances présidentielles sont transmises, la détermination réaffirmée « sous la très haute impulsion » du chef de l’État.

Villages qui se vident
À quelques kilomètres de là, un autre récit s’écrit. Depuis l’attaque, les villages de Makary et de Waza se vident. Samké, Ndjikina, Malia, Salé, Bladolé, Mada 1 et 2, Layola, Toukoumaya, Choloba, Zigagué, Zigué, Touga, Kola, Bilé Kotoko, Bilé Mousougoum, Tagawa… La liste est interminable. À Tildé, la panique est telle que des familles dorment dans des salles de classe. D’autres improvisent des abris de paille et de bâches dans les chefs-lieux. Les plus nantis vendent leur bétail pour rejoindre Ngong, dans le Nord, où des proches les attendent et où des parcelles restent disponibles.

Le contraste est brutal. D’un côté, le langage institutionnel de la maîtrise opérationnelle et de la souveraineté défendue. De l’autre, le langage des pieds qui fuient. Les populations locales, pourtant présentées comme soutenant les forces de défense, ne restent pas. Elles réclament un « renforcement rapide et conséquent » du dispositif sécuritaire et une assistance digne. Le communiqué, lui, ne dit mot de cet exode. Il ne s’interroge pas non plus sur les raisons pour lesquelles une attaque d’une telle ampleur a pu se produire à onze kilomètres d’un poste de la Force multinationale.

Une guerre devenue mode de gestion de la périphérie
Dans l’Extrême-Nord, la guerre contre Boko Haram n’est plus seulement une affaire militaire. Elle est devenue un mode de gestion des villages. On neutralise, on communique, on réaffirme la détermination. Mais les villages continuent de se vider. Les infrastructures locales absorbent une pression qu’elles n’ont jamais été conçues pour supporter. Les services sociaux craquent. Les maladies opportunistes et les intempéries aggravent la situation.

Le chef de l’État est cité comme source d’impulsion. C’est la règle. Mais sur le terrain, la question n’est plus celle de l’impulsion. C’est celle de la protection réelle, durable, et du prix que les populations frontalières continuent de payer pendant que le récit officiel s’écrit à Yaoundé. Les habitants, eux, mesurent chaque nuit la fragilité de leur survie.

Tom

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