Barth?lemy Boganda, l??lu de Dieu et l??lu du peuple

D?fenseur du panafricanisme, il r?ve des ?tats-Unis de l?Afrique latine qui devaient comprendre les pays de l?Afrique ?quatoriale fran?aise plus l?Angola et le Congo belge mais son projet suscite peu d?enthousiasme. Youlou et les autres y ?taient oppos?s. Partisan des grands ensembles f?d?raux, il accepte que le MESAN participe, en juillet 1958, au congr?s de Cotonou qui aboutit, sous l?impulsion de Senghor, ? la naissance du Parti du regroupement africain (PRA).

Barth?lemy Boganda a termin? sa vie comme il l?a commenc?e, c?est-?-dire de mani?re tragique. Nous sommes dans la moiti? des ann?es 1910. Boganda n?a pas encore 10 ans. Les populations africaines sont soumises aux travaux forc?s organis?s par les colons et les soci?t?s concessionnaires fran?aises pour la collecte du caoutchouc. Quiconque s?y soustrait ou n?apporte pas ce qui est exig? par le colon est s?v?rement ch?ti?. C?est ce qui arrive aux parents du jeune Boganda. Ils sont battus ? mort par des miliciens de la Compagnie foresti?re Sangha-Oubangui (CFSO) pour n?avoir pas apport? suffisamment de caoutchouc.  

Devenu orphelin, Boganda est recueilli par le lieutenant Meyer, administrateur de Mba?ki (Sud-Ouest de Centrafrique). Il atterrit ensuite chez Gabriel Herriau, pr?tre spiritain dont le champ d?apostolat allait jusqu?? Mba?ki. Apr?s ses ?tudes primaires ? Mba?ki, Boganda est envoy? au petit s?minaire de Kisantu (Congo belge). En octobre 1931, il arrive au Cameroun pour poursuivre sa formation au grand s?minaire Saint-Laurent de Mvoly?-Yaound?. Il y aura pour compagnons Andr?-Marie Mbida, futur Premier ministre camerounais, et l?abb? Fulbert Youlou qui sera le premier pr?sident du Congo-Brazzaville. L?ordination sacerdotale de Boganda a lieu en 1938. Il est, ? 28 ans, le premier pr?tre autochtone d?Oubangui-Chari. ? Bambari, il va s?appliquer ? d?montrer en actes que l??vang?lisation est ins?parable de l??ducation et de l?action sociale. Les actes qu?il pose en faveur des populations attirent de plus en plus de monde dans son ?glise. Ce ?succ?s? n?est pas vu d?un bon ?il par les spiritains fran?ais de Bambari, parce que Boganda est en train de r?ussir l? o? eux ont lamentablement ?chou?. Cette jalousie vient s?ajouter au racisme des pr?tres blancs qui pr?f?raient voir Boganda manger ? la cuisine avec le cuisinier plut?t qu?? leur table. Les m?mes pr?tres blancs ne se privaient pas de l?appeler ?sale cochon de n?gre?.

En juin 1946, il quitte Grimary pour la mission Saint-Pierre-Claver de Bangassou. Cette affectation, qui ressemble ? une sanction, avait ?t? d?cid?e par les PP. Hemme et Morandeau dont tout le monde connaissait les accointances avec les milieux coloniaux. C?est le d?but de la rupture de Boganda avec les spiritains install?s en Oubangui. Mgr Marcel Grandin, qui a vite per?u chez lui la volont? d?am?liorer les conditions de vie des populations, l?encourage ? se lancer en politique. En novembre 1946, Boganda se pr?sente aux ?lections l?gislatives du 2e coll?ge ? l?Assembl?e de l?Union fran?aise sous l??tiquette du Mouvement r?publicain populaire (MPR). C?est l?abb? Pierre (Henri Grou?s de son vrai nom) qui l?accueille dans le groupe parlementaire d?mocrate chr?tien du MPR. Il est ?lu d?put?. ? l?Assembl?e, il d?fend les int?r?ts des indig?nes tout en critiquant la politique coloniale fran?aise en Afrique. Mais la politique fran?aise en Outre-Mer ne change pas. Boganda d?cide alors de cr?er la Soci?t? coop?rative de l?Oubangui-Lobaye-Less? (Socoulol?) dont le but est d?obtenir une meilleure r?mun?ration des produits des indig?nes. Les d?put?s et administrateurs coloniaux font bloc contre ce projet. En 1949, Boganda cr?e son propre parti politique, le MESAN, qui ambitionne de ?nourrir, v?tir, gu?rir, instruire, loger? les Africains. La hi?rarchie catholique locale et le monde politique fran?ais commencent ? s?inqui?ter de la forte personnalit? et de l?influence grandissante de ce jeune pr?tre. En 1947, Mgr Grandin trouve la mort dans un accident de la circulation. Mgr Cucherousset lui succ?de. Tr?s vite, Boganda se rend compte qu?il ne peut s?entendre avec le nouvel ?v?que. Boganda adresse au Vatican un long courrier o? il attaque le c?libat des pr?tres. Il estime notamment que maintenir cette r?gle dans les ?glises africaines est ? la fois absurde et dangereux. Mgr Pietro Parolin, ambassadeur du Vatican au Venezuela et futur num?ro deux du Saint-Si?ge donnera raison ? Boganda en affirmant, dans ?El Universal? du 11 septembre 2013, que le c?libat des pr?tres ?n’est pas un dogme mais un pr?cepte dont il est possible de discuter car c’est une tradition eccl?siastique qui date du XIIe si?cle?. En 1949, il fait part ? ses sup?rieurs de son intention d??pouser son assistante parlementaire, la Fran?aise Michelle Jourdain. Le 25 novembre 1949, Mgr Joseph Cucherousset le sanctionne de la peine de suspense a divinis qui lui interdit d?exercer tout minist?re presbyt?ral et de porter la soutane. La rupture avec le dioc?se est consomm?e. La r?ponse de Boganda ? Mgr Cucherousset ne se fait pas attendre. Dans une missive, il consid?re que la d?cision prise contre lui est politique, raciste et arbitraire. Il ajoute que ?vivre avec une femme est plus digne que faire un v?u auquel on manque constamment?. La missive se termine par ces mots : ?L?habit ne fait pas le moine, la soutane ne fait pas l?ap?tre ni le pr?tre. Je reste l?ap?tre de l?Oubangui et de l??glise.? En 1950, Barth?lemy Boganda prend ses distances avec le MRP. En 1956, il devient maire de Bangui. Bien que le MESAN ait rafl? la totalit? des 50 si?ges, il refuse d?entrer dans le premier gouvernement local issu de ce scrutin. L?ann?e suivante, il est r??lu d?put? par 31631 voix sur les 65641 suffrages exprim?s, loin devant les 21637 voix du candidat du Rassemblement du peuple fran?ais (RPF) soutenu par l?administration et les missions catholiques. Commentant sa victoire, Boganda fera remarquer que ?l?administration, l??glise et les colons s’acharnent contre lui, afin de l’emp?cher de d?noncer les injustices et les abus dont sont victimes les Oubanguiens?. Son journal ?Terre africaine?, ?dit? ? Bangui, d?noncera aussi les fraudes commises par l?administration pendant le scrutin pour faire gagner son adversaire. 

D?fenseur du panafricanisme, il r?ve des ?tats-Unis de l?Afrique latine qui devaient comprendre les pays de l?Afrique ?quatoriale fran?aise plus l?Angola et le Congo belge mais son projet suscite peu d?enthousiasme. Youlou et les autres y ?taient oppos?s. Partisan des grands ensembles f?d?raux, il accepte que le MESAN participe, en juillet 1958, au congr?s de Cotonou qui aboutit, sous l?impulsion de Senghor, ? la naissance du Parti du regroupement africain (PRA). C?est le Professeur Abel Goumba qui conduisait la d?l?gation du MESAN. Le parti de Boganda s?affilie ? ce rassemblement f?d?raliste qui sera aussit?t accus? de faire concurrence au RDA d?Houphou?t. Le 1er d?cembre 1958, l?ind?pendance de l?Oubangui-Chari est proclam?e mais Boganda ne pourra pas diriger la nouvelle R?publique parce qu?il meurt dans un accident d?avion, le 29 mars 1959, entre Berb?rati et Bangui. Les conditions de sa mort demeurent suspectes jusqu?aujourd?hui. Beaucoup de Centrafricains se demandent s?il n?a pas ?t? ?limin? par la France dont il avait commenc? ? s??loigner. M?me en France, on n?exclut pas la th?se de l?assassinat. Ainsi, Pierre Kalck, ancien administrateur colonial fran?ais, affirme que Boganda aurait re?u, d?but 1959, des lettres de menaces de mort post?es depuis le Congo belge, qu?un colis pi?g? aurait ?t? d?pos? par un jeune homme dans l?avion avant son d?collage et qu?une explosion serait survenue en plein vol selon les enqu?teurs venus de Paris (cf. ?Barth?lemy Boganda?, Paris, S?pia, 1995).

Quoi qu?il en soit, Boganda n?aura pas eu le temps d?appliquer ses id?es g?n?reuses. Lui qui voulait ?lib?rer l?Afrique et les Africains de la servitude et de la mis?re?, lui qui mettait ses compatriotes en garde contre ?la division, le tribalisme et l??go?sme?, lui qui ?tait attach? au principe selon lequel ?tout ?tre humain est une personne? ou ?un homme en vaut un autre? (Zo kwe zo en sango), ne put diriger la R?publique centrafricaine pour laquelle il se d?pensa sans compter. Comme Mo?se, il ne put entrer dans la terre promise apr?s avoir affront? Pharaon et apr?s avoir fait passer son peuple de l?esclavage ? la libert?. Quelle triste fin pour une si belle ?me ! ? ses obs?ques, c?est ? juste titre que le p?re Charles Feraille disait de lui : ?Avant de devenir l??lu du peuple, Barthel?my Boganda avait ?t? l??lu de Dieu.? Boganda n?est plus l? physiquement mais il demeure pr?sent dans les valeurs qui ?taient les siennes. C?est en incarnant ces valeurs que les Centrafricains pourront mieux honorer sa m?moire car telle est la signification de son nom : ?Je suis ailleurs, je ne suis nulle part.?

Jean-Claude DJEREKE 

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