Au sein de l?opinion publique nationale et internationale, l??lection pr?sidentielle de cette ann?e donne lieu ? une inflation de pronostics et de conjectures sur l?avenir du pays et de la sous-r?gion.

Fin d?cembre 2024, entre les voitures qui assurent la desserte Yaound?-Soa, certains voient errer une journaliste luxembourgeoise qui, plusieurs minutes de suite, aborde quelques ?tudiants en leur demandant: ?Quelle id?e vous faites-vous du contexte successoral port? par la prochaine ?lection pr?sidentielle au Cameroun?? ?A quelle question voulez-vous que je r?ponde exactement??, s?embarrasse un ?tudiant. ?Je pense que derri?re votre question se cache une big question qui irrigue votre enqu?te?, ajoute le jeune homme. Ce dernier, manifestement, a compris: la journaliste luxembourgeoise esp?rait que le cop?s d?veloppe un raisonnement fond? sur cha?ne d?arguments capables d?aboutir ? la formulation d?une ?id?e force? sur l?opportunit? ou non de la candidature de Paul Biya ? sa propre succession ? la t?te du Cameroun.
Pas besoin d?un coup de g?nie pour le deviner. Ici comme ailleurs, tout a eu lieu avec le fait que, faute d?un mot plus adapt?, les uns et les autres se font une repr?sentation de la prochaine ?lection pr?sidentielle au Cameroun. Sur ce plan, les sc?narios-catastrophes ne manquent pas, le plus spectaculaire ?tant celui de la sollicitation (par un ?v?que de l??glise catholique romaine apparemment m?tin? d??sot?risme) du ?diable? pour diriger le Cameroun. Parce que, selon le pr?lat, dans les ?mes des Camerounais, les raisins de la col?re sont, chaque jour, plus gros et plus lourds. ?De fait, tout sujet relatif au contexte particulier du scrutin th?oriquement pr?vu en octobre 2025 ne devient non pas or, mais norm?, suivant des imp?ratifs m?lodramatiques?, avance Pr Belinga Zambo. Le g?ostrat?ge camerounais dit avoir fait quelques constats: ?La pression a d?cadenass? des langues. Ici, on sp?cule sur le taux de change du destin de chacun de ces pays. L?, le jeu de miroir o? les apparences (vraies ou fausses) tissent une toile complexe a d?j? commenc?. Tout ? c?t?, la parole de quelques citoyens aux desseins sans scrupule fait na?tre un leadership populiste nouveau ou revigor?. Plus loin, des affiches transmettent la parole de ceux que les Camerounais vont regarder dans les yeux tout au long de la campagne ?lectorale. Chaque jour, le discours proph?tique s?emballe et les sermons sur la n?cessit? de faire du Cameroun une grande nation d?mocratique se font entendre. Entre temps, partout dans le pays, des profils se pr?sentent comme de s?v?res sto?ciens pr?occup?s seulement de l?int?r?t g?n?ral. Et derri?re les surench?res rh?toriques s??panouissent des hordes d?acteurs politiques qui disent incarner les aspirations d?une population de plus en plus d?senchant?e par les ?lites gouvernantes?.
Pour le dire ? sa fa?on, Mbatal Tingane abr?ge: ?2025 en Afrique centrale, l??lection pr?sidentielle au Cameroun est sans doute l??v?nement politico-m?diatique qui happera l?attention de toute la sous-r?gion?. En l?affirmant lors d?une conf?rence qu?il a anim?e le 16 d?cembre 2024 ? l?Universit? de Ndjamena, le sociopolitiste tchadien mise sur quelques points cl?s. ?Premi?rement, cette ?lection g?n?re davantage de bruit m?diatique que les deux derni?res ?lections pr?sidentielles dans ce pays. Deuxi?mement, jusqu?ici, l?aspect les plus d?battu est la candidature probable ou improbable du pr?sident Paul Biya. Troisi?mement, l?avant-campagne est omnipr?sente aux yeux des Camerounais, quelle que soit leur mani?re de s?informer. Quatri?mement, les sc?narios potentiels des lendemains de cette ?lection ?talent des incertitudes dont la port?e pourrait ?tre transfrontali?re. Tout cela bride les bien des certitudes, au point de pousser plus d?un observateur vers des pentes tr?s glissantes, parce que justement, les incertitudes sont nombreuses et il en existe de toutes sortes?,
Aux mains de la science politique, avise Mbatal Tingane, une telle grille de lecture convoque la succession de Paul Biya comme une ?pr?sidentielle face ? l?inconnu et pas juste face ? l?incertain?. En effet, d?apr?s l?universitaire tchadien, ?l?action irrationnelle produite par le d?bat entre camps qui, de plus en plus se regardent en chiens de fa?ence, prouve d?j? que les intentions des uns et des autres sont confi?es ? des algorithmes incertains?. ?Et 2025 est, ? cet ?gard, un record au Cameroun?, appuie Pr Belinga Zambo.
Paul Biya, candidat ? sa propre succession ou pas? En r?f?rence ? l?obscure parole de l?homme, la question risque de rester sans r?ponse pendant quelques mois encore. Dans ce brouillard, une belle ?claircie tout de m?me: ?Le calendrier ?lectoral pr?voit l’organisation de l’?lection pr?sidentielle et des ?lections r?gionales?. Paul Biya l?a clairement dit lors de son message ? la nation le 31 d?cembre 2024. On en sait donc un peu plus sur le calendrier politique de 2025 au Cameroun.
Au Gabon, la transition qui a d?but? depuis fin ao?t 2023 suite ? la chute du r?gime Bongo et assur?e par le r?gime militaire dirig? le g?n?ral Brice Oligui Nguema se termine cette ann?e. ?Selon une fuite attribu?e au Comit? pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) et qui a ?t? confirm?e par plusieurs de nos sources, l??lection pr?sidentielle gabonaise se tiendra le 22 mars prochain. La date du scrutin, auquel Brice Clotaire Oligui Nguema n?a pas encore officialis? sa candidature ? m?me si elle ne fait gu?re de doute ?, est donc avanc?e de cinq mois?, informe Jeune Afrique dans sa version num?rique du 9 janvier 2025. Tout cela permet de proposer une r?flexion sur les enjeux des scrutins pr?sidentiels pr?vus au Gabon et au Cameroun au courant de cette ann?e.
Dans le m?me temps, sur la foi de quelques exp?riences ant?rieures, d?autres experts s?emploient ? expliquer qu?en Afrique centrale, les r?sultats des scrutins pr?sidentiels ont parfois g?n?r? des engrenages de causes et d?effets parfois tr?s incertains entre pays limitrophes. ?On l?a par exemple observ? en 2016 au Gabon, o? sous la forme d?une chronique des mois qui ont suivi l??lection pr?sidentielle, le pays est devenu le site d?une protestation politique ? fort impact sur la libre circulation des personnes et des biens. On l?a ?galement vu au Congo-Brazzaville o?, en 2017, des tensions ont fait leur lit ? la fronti?re avec le Gabon?, ?tale l?activiste politique congolais, Apolite Makinga. A en croire ce dernier, ?ce qui va se passer au Cameroun par exemple, aura des r?percussions chez ses cinq voisins?.
?Ce pays ?tant consid?r? comme le poumon ?conomique d?Afrique centrale, nombreuses sont les donn?es qui font penser au d?clin ou au regain, dans le court ou le long terme, de la croissance dans la sous-r?gion. Puisqu?en fait, il a souvent ?t? d?montr? que la r?ussite du processus ?lectoral pr?sidentiel dans un pays phare est ?galement promoteur d?un degr? relativement ?lev? de d?veloppement ?conomique et de d?veloppement humain dans les grands ensembles sous r?gionaux?, postule une source ? la Banque des Etats de l?Afrique centrale (Beac). En se fondant sur le parall?lisme de la r?ussite de l??lection pr?sidentielle au Cameroun en 2025 et le d?veloppement socio-?conomique de la Cemac, notre interlocuteur mobilise trois types d?arguments: ?l?attrait des capitaux gr?ce ? l?essor de la libre circulation des biens et des personnes, la redistribution des ressources gr?ce ? une multi-activit? men?e dans la paix et l??mergence d?une v?ritable comp?titivit? du tissu ?conomique sous r?gional?. De quoi conforter la conclusion de l??conomiste centrafricain Samuel Denzia: ?dans l?espace Cemac, le succ?s de ce qui va se passer au Cameroun nous m?nera ? la prosp?rit? de tous; son ?chec nous m?nera ? la ruine de tous?.
Jean-Ren? Meva?a Amougou