Entre vie ch?re, questions s?curitaires et catastrophes humanitaires dans laquelle cogitent ses ouailles, Yaouda se jette en conjecture pour condamner, avec v?h?mence, la volont? affirm?e des tenants du pouvoir central ? vouloir ? tout prix soutenir une candidature de Paul Biya aux prochaines ?ch?ances ?lectorales. Il n?est pas aller du dos de la cuill?re pour demander ? ses fid?les de prendre leurs responsabilit?s.

Les m?dias camerounais sont en ?bullition depuis que la sortie ?pistolaire de l??v?que de Yagoua, Mgr Barthelemy Yaouda Hourgo, fait jaser. La vid?o qui circule sur la toile est revisit?e des milliers de fois par jour. Dans cet extrait, il d?non?e la pr?carit? dans laquelle se trouvent les camerounais. Il est all? jusqu?? convoquer le diable parce que, estime-t-il, ?on ne va pas souffrir plus que ?a encore. On a d?ja souffert. Le pire ne viendra pas. M?me le diable qu?il prenne d?abord le pouvoir au Cameroun et on verra apr?s?. Des d?clarations tr?s am?res, rapidement battus en br?ches par les pontes du r?gime et une partie de l??piscopat favorable au r?gime. Ces derniers ont vite fait d?inscrire cette sortie dans la logique des affirmations intuitu personae qui n?engageait en rien la vision globale de l?Eglise. Avant Yaouda, les ?v?ques de Ngaound?r? et Douala avaient d?j? fait des d?clarations sur le mal ?tre qui r?gne entre les gouvernants et leurs administr?s.
Les ?v?ques pr?cit?s sont des fils de Kirdis, originaires du Nord-Cameroun. Les Kirdi sont cette majorit? populaire animiste qui s?est convertie au christianisme et ? l?islam dans un pass? recent. Il faut admettre que cette cat?gorie sociale est actuellement mal en point politiquement. Elle est phagocyt?e dans des consid?rations politiques absurdes soutenues par les d?tenteurs du pouvoir actuel. Ces consid?rations font croire aux camerounais que dans le Grand-Nord, seuls les musulmans sont susceptiblement aptes ? pr?sider aux destin?es des institutions phares du pays. Malgr? les avanc?es enregistr?es sous le Renouveau, l?islam demeure la religion politique dans cette partie du pays. Tout jeune homme du Nord qui souhaite r?ussir en politique devrait se convertir ? l?islam. Et les non musulmans suffoquent sous le fardeau de cette cat?gorisation. Comme sous le r?gne de l?ancien pr?sident, Ahmadou Ahidjo, la gandoura et la chechia continuent de d?finir le prototype type du leader politique nordiste. Plusieurs hommes d??glises d?envergure avaient d?ailleurs ?t? signataire du m?morandum des chr?tiens et animistes du Mayo-Sava en 1997 d?non?ant la faible repr?sentativit? des fils de montagnes dans les hautes sph?res de l?Etat.
Alors qu?Ahidjo et ses sbires soufflaient la pluie et le beau de temps dans les contr?es du Nord, certaines entit?s sociales dont les animistes et les chr?tiens du Nord ?taient presque tous rel?gu?s ? un statut de citoyens de seconde classe. Ils ?taient purement et simplement cat?goris?s sous la tristement c?l?bre appellation de ?moutons du Nord? dont plusieurs analystes politiques continuent de s?en pr?valoir. Le r?gime de Biya semble aujourd?hui faire de plus en plus confiance aux musulmans au d?triment des non musulmans qui se sont pourtant toujours battus pour lui. Surtout ? une certaine ?poque o? le d?part d?Ahidjo laissait sur le carreau une ?lite islamo – peule d?sabus?e.
La pauvret? et la mis?re sont visibles sur les visages des populations. L?accaparement des privil?ges qu?offre l?Etat par une caste d??lites ne favorise pas, non plus, l??panouissement escompt? de la majorit? des camerounais. L?Etat lui-m?me est intimid? dans sa fonction r?galienne d?interventionniste asserment? par ses propres r?gulateurs. Seuls les fils, petits-fils, fr?res, beaux-fr?res et ceux qui ont ?jet?s la honte au chien? et font des salamalecs aux pontes du r?gime sont promus. Au regard des recentes catastrophes humanitaires dont les inondations des mois de Juillet et Aout ayant entrain? la destruction des cultures et des habitations des populations de Yagoua, les perp?tuelles incursions des combattants de Boko Haram dans les villages des Monts Mandara, l?observateur assiste impuissant au d?labrement soci?tal de cette communaut?. Des jeunes diplom?s d?universit?s ? qui ont oblige l?agriculture sur des terres rocailleuses fuient leurs villages et deviennent de vendeurs ? la sauvette dans les art?res des grosses agglom?rations. Dans le canton de Ould?m?, commune de Tokomb?r?, d?partement du Mayo-Sava ? l?Extr?me-Nord du Cameroun, o? est n? l??v?que de Yagoua, les populations croulent sous le poids de la mis?re. Yaouda semble ?tre l??lite la plus importance de ce village.
Il faut admettre que les religieux, en tant que pasteurs et autorit?s morales, ont le devoir de se prononcer pour la construction d?une soci?t? juste. Et d?ailleurs les ?v?ques du Cameroun ont ? plusieurs reprises d?ja exprim? leurs pr?occupations concernant les conditions de vie des populations. Ils se sont parfois prononc?s quant ? la mont?e de l?ins?curit? dans les r?gions de l?Extr?me-Nord et dans le NoSo en raison des conflits arm?s et de la criminalit?. Ils ont attir? l?attention des gouvernants sur les difficult?s ?conomiques auxquelles ?taient confront?s les camerounais, estimant que le ch?mage et la vie ch?re devenaient une gangr?ne sociale.
La sortie de l??v?que de Yagoua ne doit pas ?tre inscrite, comme beaucoup le suppose, dans la l?thargie des d?rapages verbaux que d?aucuns s??vertuent ? lui attribuer. Il faudra tout simplement se poser les bonnes questions. Ce discours peut aussi ?tre consid?r? comme un seau d?eau vers? pour r?veiller certains administrateurs indifferents aux souffrances de leurs compatriotes.