Pour certains Fran?ais, la colonisation fut une chose positive. Ils sont persuad?s que leurs anc?tres auraient cr??, en Afrique, des routes, ?coles, dispensaires et chemins de fer.
?Arracher la vraie ind?pendance, laquelle ind?pendance devrait rimer avec responsabilit?
et amour de la patrie, telle est peut-?tre la mission de notre g?n?ration. Pour r?ussir une telle mission, il est n?cessaire que les souverainistes africains soient clairs, vrais et cons?quents avec eux-m?mes. Cela veut dire rompre avec la duplicit?, la na?vet? et l?amusement sans fin, s?occuper vraiment du peuple en mettant ? sa disposition les infrastructures les plus ?l?mentaires, s?appuyer comme la R?publique Centrafricaine, le Burkina, le Mali et le Niger sur un alli? fort et craint pour se d?barrasser de ceux qui nous pourrissent la vie depuis 1960?

En effet, l?agriculture, sur laquelle reposerait le succ?s de certains pays, n?a jamais ?t? motoris?e. Les travaux champ?tres se font toujours avec la machette ou la daba.
Ceux qui ont ?tudi? ? l’?cole occidentale n?ont jamais ?t? capables de fabriquer un v?lo ou une aiguille. Quand une machine tombe en panne, il faut payer le billet d?avion, aller-retour, du Blanc pour qu?il vienne la r?parer. Dans l?administration comme ? l??cole, on n?utilise que les langues du Blanc (fran?ais, anglais, portugais).
Certains N?gres sont fiers de faire leur th?se sur les penseurs occidentaux, oubliant que ces penseurs ont r?fl?chi et ?crit sur les probl?mes de leur temps et milieu. Ils sont heureux de citer G?rard Genette, Emmanuel Kant, ?mile Durkheim, Kelsen Hans, John Maynard Keynes; mais ils ont honte de parler des travaux de Tchundjang Pouemi, de Jean-Marie Adiaffi, de Mongo Beti, de Cheikh Anta Diop, de Ngugi Wa Thiong?o ou de Joseph Ki-Zerbo. Ces ?peaux noires, masques blancs?, ont oubli? que s?ouvrir ? l?ext?rieur ne signifie pas n?cessairement se renier, que ?rien n?est plus ali?nant qu’une image de soi et de sa place dans le monde qui se nourrit des d?sirs et du discours des autres? (Aminata Traor?) et que ?ce n?est qu?en enfon?ant ses racines dans la terre nourrici?re que l?arbre s??l?ve vers le ciel?. (Birago Diop).
Dans d?autres domaines, les choses ont carr?ment empir?: les h?pitaux, o? il faut payer avant d??tre consult? et soign?, sont devenus des mouroirs, les houphou?tistes autoproclam?s n?ont pas emp?ch? que les grandes ?coles et avenues de Yamoussoukro tombent en ruine; les internats n?existent plus dans notre pays et peu de nouveaux coll?ges ont ?t? ajout?s ? ceux laiss?s par le colon.
Ceux qui ont gouvern? la France depuis 1960 s?entendent bien avec les nouveaux dirigeants dont les biens mal acquis (propri?t?s, voitures luxueuses, comptes bancaires) en France se chiffreraient en centaines de millions d?euros, si l?on en croit l?enqu?te de Fabrice Arfi de ?Mediapart?. L?Alg?rie aurait d?j? r?cup?r? une bonne partie de ces biens mal acquis. ?Nous te laissons d?poser ici l?argent vol? ? ton peuple. Tu nous en donnes un peu pour nos campagnes ?lectorales et nous ferons tout pour que tu conserves le pouvoir dans ton pays. Tant que tu sers nos int?r?ts, tant que tu es favorable au franc CFA et au maintien de nos bases militaires en Afrique, tu peux te soigner ici avec ta famille, tu peux m?me briguer un troisi?me mandat?, voil? comment raisonnent les successeurs du colon quand ils s?adressent ? nos pantins de pr?sidents; et voil? qui montre que la France est toujours parmi nous, avec nous et contre nous.
Pourquoi ne s?en alla-t-elle jamais? Pourquoi s?agrippe-t-elle tant ? nos pays? Pourquoi refuse-t-elle de nous l?cher? Parce qu?elle deviendrait rapidement plus pauvre que le Portugal dont les ressortissants sont d?sormais oblig?s d?aller chercher du travail ? Luanda.
Pour survivre, pour faire partie des grandes nations, la France a besoin de mettre ? la t?te de nos pays des hommes de paille, des b?ni-oui-oui, dont la mission premi?re est de l?aider ? piller nos richesses. Les insoumis comme Ruben Um Nyob?, F?lix-Roland Moumi?, Sylvanus Olympio, Thomas Sankara ou Modibo Ke?ta furent assassin?s ou renvers?s avec l’aide de certains Africains indignes et stupides. Ainsi fonctionne la fameuse Fran?afrique dont le Togolais Kofi Yamgnane semble avoir donn? la meilleure d?finition lorsqu?il parle de ?relations bilat?rales incestueuses entre certains chefs d??tat africains et le chef de l??tat fran?ais, relations qui pr?sentent de multiples facettes: le soutien ou la tol?rance vis-?-vis de r?gimes politiques dictatoriaux, parfois install?s par le gouvernement fran?ais lui-m?me, malgr? le rejet de la majorit? des habitants; les circuits mafieux d?argent; le d?ni de l?Histoire; des politiques de solidarit? qui s?effritent; des interventions militaires improvis?es et l?absence totale de respect des peuples africains et de leurs dirigeants?. (cf. ?Afrique. Introuvable d?mocratie?, Paris, ?ditions Dialogue, 2013).
Cette histoire de ?Je pars mais je continue ? agir dans vos pays ? travers mes marionnettes? dure depuis 64 ans. Et aucun changement positif n?est intervenu dans la vie des populations. En revanche, les pseudo-ind?pendances ont enrichi la France et ses esclaves. Et cette richesse gagn?e sur le dos du peuple donne ? ces derniers l’illusion qu?ils sont importants et qu?ils ont r?ussi. Or peut-on fanfaronner, faire de grands discours sur la souverainet?, se pavaner dans de grosses cylindr?es, se donner des titres quand tout vous ?chappe et que ce sont d?autres, l?ancien colonisateur en l?occurrence, qui contr?lent votre ?conomie, votre monnaie, votre sant?, votre ?ducation, votre arm?e et m?me votre politique?
Non, nos pays ne sont pas encore ind?pendants et seuls des inconscients peuvent danser et se r?jouir le jour o? De Gaulle nous octroya ces fausses ind?pendances, car ?tre ind?pendant, c’est avoir la libert? de nouer des relations avec qui on veut, disposer de sa propre monnaie, ne pas avoir une arm?e ?trang?re sur son sol, d?cider par soi-m?me et pour soi-m?me. Certains soutiennent que, en 1960, nous avons arrach? l?ind?pendance politique. Ce n?est pas vrai pour tous les individus qu?on appelle abusivement ?p?res de la nation?. Hormis Ahmed S?kou Tour? qui refusa que la France continue ? contr?ler la Guin?e, les autres ne voulaient pas couper le cordon ombilical avec la France. Senghor, l?un d?entre eux, ?tait ouvertement hostile ? l?ind?pendance comme le montre bien son discours de 1950 au Parlement europ?en de Strasbourg: ?Au si?cle polytechnique de la bombe atomique, le nationalisme appara?t d?pass? et l?ind?pendance n?est qu?une illusion?. En 1956, il r?cidive en affirmant que ?parler d?ind?pendance, c?est raisonner la t?te en bas et les pieds en l?air, ce n?est pas raisonner, c?est poser un faux d?bat?. (cf. Marcien Towa, ?L?opold S?dar Senghor: N?gritude ou servitude??, Yaound?, CLE, 1971).
?Chaque g?n?ration doit, dans une relative opacit?, d?couvrir sa mission, l?accomplir ou la trahir?, disait Frantz Fanon qui, avant Jacob Desvarieux et les Kassav, avait jet? un pont entre les Antilles et l?Afrique. Arracher la vraie ind?pendance, laquelle ind?pendance devrait rimer avec responsabilit? et amour de la patrie, telle est peut-?tre la mission de notre g?n?ration. Pour r?ussir une telle mission, il est n?cessaire que les souverainistes africains soient clairs, vrais et cons?quents avec eux-m?mes. Cela veut dire rompre avec la duplicit?, la na?vet? et l?amusement sans fin, s?occuper vraiment du peuple en mettant ? sa disposition les infrastructures les plus ?l?mentaires, s?appuyer comme la R?publique Centrafricaine, le Burkina, le Mali et le Niger sur un alli? fort et craint pour se d?barrasser de ceux qui nous pourrissent la vie depuis 1960.
Le peuple n?accordera sa confiance qu?aux leaders qui auront compris que les discours sur l?ind?pendance r?elle doivent ?tre toujours en accord avec les actes.
Jean-Claude Dj?r?k?